NOUVELLES

Au Rwanda, des familles déchirées fuient les combats dans l'est de la RDC

08/05/2012 05:00 EDT | Actualisé 07/07/2012 05:12 EDT

"J'étais à la maison avec mes enfants quand j'ai entendu explosions, coups de feu et vu tout le monde fuir," raconte Rema Mukankusi, depuis un camp de réfugiés du Rwanda près de la frontière congolaise. Elle aussi est partie, mais a perdu la trace de son mari et de quatre de ses six enfants.

Comme des milliers d'autres, Rema Mukankusi a voulu échapper aux combats qui opposent, dans le Nord-Kivu, des soldats loyalistes de l'armée de la République démocratique du Congo (FARDC) et des mutins, ex-membres de l'ancienne rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un temps intégrés aux FARDC.

Partie du village de Kirolirwe, dans la région de Masisi où se déroulent le gros des affrontements, cette mère de famille de 58 ans a mis, avec les deux enfants qu'elle a pu emmener avec elle, trois jours pour atteindre le Rwanda.

En chemin, elle a souvent dû se cacher, sans nourriture, dans la forêt. Jusqu'à ce qu'elle croise, sur la fin du trajet, un camion de la Mission de maintien de la paix de l'ONU au Congo (Monusco).

Frontalière du Rwanda, la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, est instable depuis près de 20 ans. De multiples groupes armés - congolais mais aussi rwandais - y attaquent continuellement les populations civiles, provoquant régulièrement la fuite de dizaines de milliers de personnes.

Comme Rema Mukankusi, près de 6.000 Congolais ont déjà traversé la frontière pour rejoindre, à une vingtaine de km de là, le centre de transit rwandais de Nkamira, affirme le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Les combats entre mutins et loyalistes font rage depuis fin avril dans l'est congolais. Les mutins sont proches du général Bosco Ntaganda, ex-chef d'état-major du CNDP recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d'enfants soldats.

Eric Harerimana, 30 ans, dit avoir fuit Mushaki, dans la province de Masisi, après une attaque de positions des FARDC. Il montre des cicatrices, des bleus et affirme avoir été battu par les soldats loyalistes qui l'accusaient de liens avec les mutins.

"Les FARDC m'ont arrêté et m'ont volé 200 dollars. Il m'ont emprisonné trois jours," raconte-t-il. "Jeudi, j'ai donné 50 dollars à un colonel nommé Faustin, ils m'ont ensuite battu mais libéré. Je me suis alors enfui au Rwanda".

"Nous sommes débordés par le nombre de réfugiés qui arrivent," explique Straton Kamanzi, responsable du camp de Nkamira. "Les équipements que nous avons sont insuffisants." D'une capacité de 2.600 places, Nkamira est géré par les autorités rwandaises en partenariat avec le HCR et le Programme alimentaire mondial (PAM).

Il grouille d'enfants, certains avec leurs parents, d'autres ayant suivi des voisins dans leur fuite et sont livrés à eux-mêmes.

La situation dans l'est congolais inquiète aussi les autorités de Kigali, qui estiment que la sécurité du Rwanda est autant menacée que celle des Congolais.

Pour le porte-parole de l'armée rwandaise, Joseph Nzabamwita, les combats entre mutins et loyalistes profitent aux rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), également basés dans l'est de la RDC, qui "se réorganisent".

Ces dernières années, le Rwanda a participé à des opérations militaires conjointes avec l'armée congolaise pour traquer les FDLR, qui multiplient les exactions dans l'est congolais et que le gouvernement rwandais qualifie de "terroristes".

Mais Kigali assure cette fois n'avoir pas l'intention d'envoyer de troupes de l'autre côté de la frontière. Le Rwanda est juste prêt à jouer "les médiateurs de paix entre la RDC et les rebelles", assure M. Nzabamwita.

En attendant, la population prise au piège des combats fuit par dizaines de milliers la région de Masisi.

Selon une estimation provisoire du HCR la semaine dernière, les heurts actuels dans l'est de la RDC ont déjà provoqué le déplacement d'au moins 20.000 personnes, dont beaucoup à l'intérieur même du pays.

"Il y a une guerre au Congo qui nous a forcés à fuir," raconte, elle aussi depuis Nkamira, Mukakarimba, son petit garçon dans les bras, qu'elle protège de la pluie cinglante. Elle aussi a perdu la trace de son mari et de son deuxième enfant dans sa fuite.

"Nous étions tous ensemble dans la forêt quand nous avons dû prendre la fuite," poursuit, en pleurs, cette mère de 37 ans. "Je ne sais pas ce qui leur est arrivé."

str-aud/hv/ayv/sba

PLUS:afp