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Toni Morrison propose un voyage dans les années 1950 avec son roman «Home»

07/05/2012 06:16 EDT | Actualisé 07/07/2012 05:12 EDT

GRAND-VIEW-ON-HUDSON, États-Unis - Voilà près de 40 ans que l'auteure américaine Toni Morrison vit sur les bords de la rivière Hudson dans un ancien hangar à bateaux reconverti en maison.

«C'est intéressant et apaisant, ça change constamment», dit-elle au sujet du paysage qu'elle contemple depuis son salon. «Et la nuit, avec les étoiles et la lune, c'est magnifique.»

Nous sommes samedi et l'écrivaine de 81 ans semble très détendue avec sa blouse grise, son pantalon noir, ses pantoufles et le foulard mauve qui retient ses tresses grises.

On pourrait presque la confondre avec une voisine ordinaire qui s'apprête à aller jardinner jusqu'à ce que l'on aperçoive les photos d'elle avec James Baldwin, Gabriel Garcia Marquez, Elie Wiesel et d'autres célébrités ou que l'on apprenne que la table en bois à côté de son fauteuil apparaît dans l'adaptation cinématographique de «Beloved», roman qui lui a valu le prix Pulitzer en 1988.

Toni Morrison a eu sa part de reconnaissance durant la longue existence. Les juges du prix Nobel l'ont honorée tout comme Oprah Winfrey, dont le club de lecture a permis à la romancière de vendre des millions de bouquins.

La Toni Morrison Society organise des conférences sur son oeuvre et a créé un prix littéraire qui porte son nom. Barack Obama, qui lui avait demandé son soutien lors des élections de 2008, lui remettra sous peu la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile aux États-Unis.

L'auteure verra également sa pièce «Desdemona», fruit de sa collaboration avec le metteur en scène Peter Sellars ainsi que la chanteuse et compositrice malienne Rokia Traoré, être présentée à Londres durant les Jeux olympiques d'été.

Mme Morrison vient aussi tout juste de publier un nouveau roman, «Home», récit bref et poétique sur Frank Money, un vétéran de la guerre de Corée qui revient en sol américain dans les années 1950, traumatisé par son expérience au front.

Par le passé, l'écrivaine a souvent utilisé la fiction pour donner une vision personnelle de l'histoire, que ce soit la guerre civile dans «Beloved», les années 1920 dans «Jazz» ou l'époque coloniale dans «Un don». Avec «Home», elle a voulu ajouter un peu de réalisme, notamment au sujet de la guerre et du racisme, aux clichés des années 1950.

«J'ai vraiment essayé de retirer le voile qui pèse sur les années 1950», explique-t-elle. «On nous dit que c'était le bon temps, la fin de la guerre, le soldat Bill, les gens avaient du travail, la télévision était pleine d'histoires heureuses, et voilà.»

Avec l'argent que lui a donné un pasteur, Frank Money part de la côte du Pacifique pour se rendre à Chicago puis à sa ville natale de Lotus, en Géorgie, «le pire endroit au monde». Prévenu que le Nord est aussi raciste que le Sud, l'ancien soldat ne tarde pas à découvrir un monde de violence et de ségrégation surveillé par une police indifférente à ce types d'injustices. Au point où il est presque soulagé d'arriver chez lui.

Née en Ohio, Toni Morrison n'a jamais vécu en Géorgie. Pour écrire «Home», elle a dû puiser dans les récits de son père, originaire de l'État, et dans ses souvenirs d'étudiante en théâtre partie en tournée dans le Sud au début des années 1950.

Loin de s'asseoir sur ses lauriers, elle essaie de se lancer des nouveaux défis avec chaque livre. Dans son plus récent, elle fait discuter le héros directement avec l'auteur.

Pour sa prochaine oeuvre, elle veut mettre en scène un intellectuel noir, ce qui tranchera avec ses personnages précédents, pour la plupart illettrés.

«Quand je ne suis pas en train de penser à un roman ou en train de l'écrire, ça ne va pas vraiment bien», confie-t-elle. «Le XXIe siècle n'est pas une époque très agréable. J'ai besoin de l'écriture pour rester stable sur le plan émotif.»

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