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Israël: rejet de l'appel de deux détenus palestiniens en grève de la faim

07/05/2012 10:39 EDT | Actualisé 07/07/2012 05:12 EDT

La Cour suprême d'Israël a rejeté lundi l'appel de deux détenus palestiniens en grève de la faim depuis 69 jours contre leur maintien en détention administrative, selon des sources concordantes.

Les appels de Thaër Halahla, 34 ans, et Bilal Diab, 27 ans, en grève de la faim depuis le 29 février, ont été rejetés, a annoncé à l'AFP leur avocat Jamil al-Khaldi.

Me Khaldi a déploré qu'en matière de détention administrative, la justice laisse "le dernier mot aux services de renseignements. Il a ajouté que ses clients, soupçonnés d'appartenance au mouvement radical Jihad islamique, "poursuivraient leur combat jusqu'au bout".

"De toute évidence, une grève de la faim ne peut pas être un critère à elle seule en ce qui concerne la période de détention administrative", a affirmé la Cour dans son arrêt.

Le juge Elyakim Rubinstein a néanmoins attiré l'attention des autorités militaires sur une clause permettant la libération conditionnelle d'un détenu au cas où "son état de santé serait aggravé par son maintien en détention au point de mettre ses jours en danger", considérant la question digne d'être examinée en l'espèce sur avis médical.

"La détention administrative ne satisfait aucun juge, mais elle est nécessaire lorsque le dossier repose sur des renseignements confidentiels dont la divulgation mettrait en danger les sources et les moyens dont ils ont été obtenus", souligne-t-il, en référence au réseau d'informateurs des services de sécurité israéliens, considérés comme des "collaborateurs" par les Palestiniens.

Le juge Rubinstein propose, pour "respecter les droits des détenus sans nuire à la sécurité", que le dossier puisse être examiné par un "juriste agréé par les détenus, qui recevrait l'accréditation de sécurité nécessaire" pour y avoir accès.

Le Jihad islamique a condamné dans un communiqué une décision qui revient à "exécuter les deux prisonniers après l'échec des tentatives pour briser leur volonté et arrêter leur bataille héroïque" et met en garde "le gouvernement de l'occupation contre les conséquences" de leur mort éventuelle.

Le ministre palestinien des Prisonniers Issa Qaraqaë a déclaré à l'AFP que cette décision aurait "d'importantes répercussions sur les détenus dans les prisons israéliennes, ainsi qu'à l'extérieur".

L'ONG Médecins pour les droits de l'Homme-Israël (PHR-Israël) a dénoncé "la décision de la Cour suprême qui équivaut à une peine de mort". "Leur vie est en danger et leurs familles n'ont toujours pas le droit de les voir", selon une porte-parole, Amani Daïf.

Au moins un tiers des quelque 4.700 détenus palestiniens d'Israël (dont près de 310 en détention administrative) sont actuellement en grève de la faim, selon l'administration pénitentiaire israélienne et des sources officielles palestiniennes.

Ce mouvement collectif a été lancé 17 avril, date de la Journée des prisonniers palestiniens.

Selon l'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'Tselem, citant des chiffres de l'administration pénitentiaire, 31% des prisonniers en détention administrative ont passé de six mois à un an derrière les barreaux et environ 34% d'un à deux ans.

B'Tselem juge dans un communiqué "la manière dont Israël utilise la détention administrative manifestement illégale", appelant l'armée israélienne à "relâcher tous les détenus administratifs ou les inculper".

Un responsable de sécurité israélien a indiqué à l'AFP que l'administration pénitentiaire répondrait prochainement aux revendications des prisonniers.

Les détenus réclament l'abolition de l'isolement carcéral et de la détention administrative, une disposition controversée héritée du mandat britannique sur la Palestine qui permet l'incarcération sans inculpation ni jugement pour des périodes de six mois renouvelables indéfiniment.

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