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Syrie: l'opposition appelle au boycott des législatives

06/05/2012 04:31 EDT | Actualisé 05/07/2012 05:12 EDT

BEIRUT - A la veille du scrutin, les responsables de l'opposition syrienne en exil ont appelé dimanche les Syriens à boycotter les élections législatives organisées lundi en Syrie, qu'ils considèrent comme une manoeuvre cynique du président Bachar el-Assad pour s'accrocher au pouvoir.

Le régime alaouite présente ce scrutin comme une preuve de sa volonté de procéder à des réformes démocratiques. Ce vote destiné à pourvoir les 250 sièges du Parlement intervient trois mois après l'adoption d'une nouvelle Constitution permettant, du moins en théorie, la formation de nouveaux partis politiques pouvant se présenter face au Baas au pouvoir depuis 1963.

Selon les responsables électoraux, près de 15 millions d'électeurs, sur les environ 23 millions d'habitants, seront appelés aux urnes lundi, pour un scrutin auquel participeront 11 nouveaux partis à côté des dix partis du Front national progressiste, alliance dominée par le parti Baas.

Mais les adversaires de Bachar el-Assad estiment que des réformes engagées sans leur participation sont une farce et que des élections ne peuvent se tenir sous la menace des armes.

"Nous pensons que les élections n'ont aucune crédibilité en plein coeur d'une situation où le régime tue la population", a expliqué depuis Paris Bassam Kodmani, une porte-parole du Conseil national syrien, la principale organisation de l'opposition en exil. "C'est une insulte au processus démocratique".

"Nous sommes contre ces élections parce qu'elles n'ont aucune des caractéristiques d'une élection libre", a également déclaré à Bruxelles Haytham Manna, qui dirige le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), un des principaux mouvements de l'opposition.

"C'est une sorte de plaisanterie. C'est de la propagande de la part du régime", a renchéri à Londres Haitham Maleh, un avocat défendant les droits de l'homme et ancien haut responsable du Conseil national syrien. "La vraie opposition n'ira pas voter."

Sur le terrain en Syrie, les militants opposés au régime alaouite dénonçaient aussi une parodie d'élections et disaient avoir vu peu de préparatifs pour le scrutin dans les fiefs de l'opposition.

A Dael, dans le sud du pays, les habitants ont empêché que des affiches électorales soient collées pour mettre à la place des portraits des 20 personnes tuées dans la ville depuis le début du soulèvement il y a plus d'un an. "Ce sont nos candidats au Parlement", expliquait Adel, un militant local qui n'a pas voulu donner son nom de famille par crainte de représailles.

Un autre militant, Fares Mohammed, rapportait depuis Zabadani, au nord-ouest de Damas, que les habitants comptaient organiser une grève générale pour dénoncer les élections. "Tout le monde ici refuse les élections", a-t-il assuré par téléphone.

Selon les Nations unies, plus de 9.000 personnes ont été tuées en Syrie dans l'année qui a suivi les premières manifestations contre le régime en mars 2011. Le soulèvement pacifique a évolué ces derniers mois en insurrection armée face à la sanglante répression menée par le régime.

Les élections interviennent un peu plus de trois semaines après l'entrée en vigueur, le 12 avril dernier, d'un cessez-le-feu censé ouvrir la voie à une solution politique à la crise, dans le cadre d'un plan proposé par Kofi Annan, l'émissaire de l'ONU et la Ligue arabe.

Si elle a permis de diminuer le niveau général des violences, selon les observateurs de l'ONU, la trêve est régulièrement violée par les deux camps. Les forces du régime continuent d'attaquer les fiefs de l'opposition et d'arrêter des opposants, tandis que des fusillades et des attentats à la bombe ont visé les militaires. Actuellement une quarantaine d'observateurs militaires, non-armés, de l'ONU sont déployés sur le terrain, un contingent qui doit normalement atteindre l'effectif complet de 300 membres d'ici la fin du mois. AP

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