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Soudans: calme à la frontière après la menace de sanctions de l'ONU

05/05/2012 09:31 EDT | Actualisé 05/07/2012 05:12 EDT

Les combats à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud marquaient toujours une pause samedi après la menace de sanctions brandie par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui cherche à éviter une nouvelle guerre dévastatrice.

Un expert soudanais basé à l'étranger estimait cependant qu'il existait une opposition aux exigences de l'ONU au sein des hauts responsables soudanais.

Khartoum comme Juba se sont dit prêts à faire la paix après l'adoption par le Conseil de sécurité mercredi d'une résolution leur donnant 48 heures pour cesser les hostilités sous peine de sanctions, et leur demandant de reprendre des négociations "sans condition".

Au lendemain de l'expiration du délai, le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, Philip Aguer, a déclaré samedi ne pas avoir reçu d'informations sur d'éventuels combats.

L'armée sud-soudanaise se trouvait vendredi "en position défensive et (avait) reçu comme instructions aujourd'hui (...) de ne pas bouger pour respecter le cessez-le-feu", a-t-il assuré.

Vendredi, le ministère soudanais des Affaires étrangères avait assuré que le Soudan avait cessé les combats en territoire sud-soudanais, conformément à la résolution, mais que ses forces continuaient à lutter contre les troupes de Juba accusées de se trouver en territoire soudanais.

Depuis fin mars, des combats inédits depuis l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, ont opposé les armées des deux pays le long de la frontière dont le tracé n'a pas encore été entièrement défini.

La crise a culminé en avril quand l'armée sud-soudanaise a occupé pendant 10 jours Heglig, une zone pétrolière frontalière qui fournit la moitié du brut soudanais depuis la partition mais reste revendiquée par Juba.

La zone est de nouveau aux mains de Khartoum, mais les deux pays continuent à s'accuser d'attaques. Et l'ONU, estimant que la situation constituait une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales", a adopté mercredi une résolution exigeant d'eux qu'ils cessent les hostilités dans les 48 heures.

Même si le ministère soudanais des Affaires étrangères estime que les autorités "pourraient faire avec" la résolution de l'ONU, il existe une opposition au texte au sein du Parti du congrès national (NCP, au pouvoir), selon Magdi El Gizouli, chercheur au Rift Valley Institute.

M. Aguer a lui aussi estimé que les autorités de Khartoum étaient divisées entre ceux qui veulent la guerre et ceux qui veulent la paix, "contrairement au Soudan du Sud qui a accepté la résolution".

Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Ali Karti, a déclaré vendredi sur la Radio Omdurman, une station officielle, que "certaines personnes" au Soudan s'opposaient au plan de paix et voulaient "causer des problèmes au pays".

Il a envoyé des courriers à l'ONU et à l'Union africaine pour saluer leurs initiatives visant à faire cesser les violences.

Autre sujet de tensions, les deux pays s'accusent mutuellement de soutenir des rebelles sur le territoire de l'autre, une pratique qui doit cesser selon la résolution de l'ONU.

Selon M. Gizouli, le Soudan avait jusqu'à présent l'habitude de qualifier d'insurgés les rebelles du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, deux Etats soudanais frontaliers du Sud et théâtres de combats depuis l'été 2011, mais depuis l'occupation de Heglig, il parle d'"armée étrangère".

"Il s'agit d'une grande différence dans leur rhétorique", a-t-il insisté.

La chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Asthon, a appelé samedi les deux Soudans à reprendre "immédiatement les négociations".

L'escalade fait craindre un conflit à grande échelle entre les deux voisins, faisant resurgir le spectre de la guerre civile Nord/Sud (1983-2005, deux millions de morts) qui a abouti à la partition.

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