Le Canada offre un accueil mitigé à Conrad Black

AFPQC  |  Par Publication: 05/05/2012 13:18 Mis à jour: 05/05/2012 14:23

L'ancien magnat de la presse Conrad Black, arrivé vendredi au Canada après avoir été libéré d'une prison américaine, a reçu un accueil mitigé mais non hostile dans son pays d'origine dont il n'est plus citoyen.

En fils fidèle, le grand quotidien conservateur National Post, que Black avait fondé en 1998, avant de devoir le vendre trois ans plus tard, lui a offert son soutien plein et entier.

"Sans lui, vous ne tiendriez pas ce journal dans vos mains ou ne liseriez pas ces mots sur notre site web", écrivent les responsables du journal dans un éditorial collectif.

"En revanche, le paysage médiatique canadien aurait ressemblé à cette oligarchie défraîchie du centre-gauche que M. Black a révolutionné quand le National Post est né en 1998", poursuivent-ils.

Ils ne sont pas les seuls à saluer le retour de M. Black, citant notamment la femme de lettres célèbre Margaret Atwood, connue pour ses opinions progressistes. Mme Atwood, précisent-ils, a "récemment loué M. Black pour sa conversion +sur le chemin de Damas+ à la cause de la réforme des prisons".

Le quotidien de référence canadien The Globe and Mail rend compte sur un ton neutre du retour à Toronto de l'ancien magnat des médias, appelé dûment Lord Black, titre britannique pour lequel il avait jadis renoncé à sa citoyenneté canadienne.

Le ministère de l'Immigration "a surpris beaucoup de gens" en accordant un permis de séjour provisoire d'un an à un homme qui avait fait 42 mois de prison pour fraude et obstruction à la justice, relève le Globe.

"Très peu d'ex-prisonniers peuvent demander avec succès au gouvernement canadien un permis de séjour, mais selon des documents obtenus par le Globe, les fonctionnaires croient que Lord Black ne présente pas de risque pour les Canadiens, en partie parce que sa grande notoriété le mettra sous surveillance", poursuit le journal.

Son voyage de retour des Etats-Unis où il avait purgé une peine de prison pour fraude et obstruction à la justice, "a bénéficié d'un régime très privilégié et a été facilité par de nombreuses exceptions au protocole habituel", juge le Globe.

La forte personnalité de l'homme d'affaires reçoit aussi un hommage en demi-teinte d'une commentatrice du quotidien montréalais La Presse.

"Quoi qu'on pense de la façon par laquelle il a siphonné les actionnaires de l'éditeur de journaux Hollinger International pour financer son train de vie princier, quoi qu'on pense de son arrogance, aucun homme d'affaires n'a débattu avec autant d'énergie des questions d'intérêt public au pays. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, c'est un homme entier", écrit Sophie Cousineau.

Le ton est très différent dans les colonnes du Toronto Star, qui dénonce la décision des autorités canadiennes de laisser entrer un "criminel" et cite largement le leader de l'opposition Thomas Mulcair intervenu en ce sens au parlement vendredi.

Qu'a-t-il, Conrad Black, pour bénéficier de telles faveurs, se demande le journal? "L'argent, pour commencer", répond-il. "Black lui-même dit avoir environ 80 millions de dollars. Il a aussi des amis haut placés. Et sinon des amis, au moins des acolytes", ajoute le quotidien.

Depuis son arrivée dans sa somptueuse résidence située dans un quartier chic de Toronto, Conrad Black, 67 ans, ne s'est pas montré en public et a refusé pour le moment de rencontrer les médias.

Il pourrait en avoir l'occasion le 28 mai prochain à Toronto: son livre intitulé "A Matter of Principle", critiquant le système judiciaire américain, est bien placé sur la liste des ouvrages candidats au prix National Business Book Award.

via/emp

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Publié par Geoffrey Dirat  |