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A Homs, les votants veulent réformer le régime, les autres le changer

05/05/2012 10:01 EDT | Actualisé 05/07/2012 05:12 EDT

Dans l'artère principale de Hadara, au coeur de la ville syrienne de Homs, les murs sont couverts d'un patchwork d'affiches électorales pour le scrutin législatif de lundi.

Mais à quelques kilomètres de là, dans l'ancien bastion rebelle de Bayada, personne n'ira aux urnes: le quartier est totalement désert et chaque maison porte les stigmates de l'assaut lancé par l'armée en mars.

"J'irai voter car je soutiens les réformes proposées par le président Bachar al-Assad pour lutter notamment contre la corruption. Je suis sûr que le nouveau Parlement luttera contre ce fléau", assure Houssam, 24 ans, qui habite le quartier de Hadara, largement alaouite, la confession du chef de l'Etat.

Sur la place, des garçons et filles dansent la traditionnelle dabké, une fête organisée pour "remercier" le président d'organiser les élections.

Dans le quartier sunnite de Bayada, il n'y a que des chats errants, des pigeons qui picorent des restes laissés par les habitants dans leur fuite, des arbres broyés, des portes défoncées... Seul le grincement des rideaux de fer sortis de leurs rails rompt un silence lugubre.

"Il n'y pas d'élections ici", lance Abou Chaker, 27 ans, en montrant les destructions autour de lui. "De quelles élections vous parlez? Où est la population? Je refuse tout cela tant que l'on ne pourra pas revenir chez nous", insiste ce menuisier, remplissant sa camionnette d'affaires récoltées chez lui.

Il s'agit du premier scrutin "multipartite" depuis l'abolition par référendum en février de l'article 8 de la Constitution sur la primauté du parti Baas.

Mais si les nouveaux partis sont théoriquement autorisés, ils ont eu peu de temps pour s'organiser pour le scrutin, qualifié de "mascarade" et boycotté par l'opposition qui réclame la fin du régime au pouvoir depuis 1963.

Dans le gouvernorat de Homs, plus de 450 candidats sont en lice pour 23 sièges. La moitié sont présentés par des partis, le reste sont des candidats indépendants.

Samira, une mère de famille de 52 ans de Hadara, votera "pour la sécurité" et "contre la corruption": "Je ne veux pas le changement du régime mais le changement à l'intérieur du régime, car je soutiens le président".

"En Syrie, il y a bien sûr de la corruption, mais c'est nous qui allons agir pour nous en débarrasser. J'espère que la sécurité reviendra. Avant, on pouvait sortir le soir. Regardez maintenant, les rues sont vides à cause de la peur des terroristes. Mais avec le président, nous allons reconstruire le pays", assure-t-elle.

Coeur industriel du pays, le gouvernorat compte 2,3 millions d'habitants, dont plus d'un million dans la ville de Homs. Comme la capitale Damas, cette métropole est multiconfessionnelle avec une majorité sunnite et d'importantes minorités alaouite et chrétienne.

Ce tissu s'est déchiré après le déclenchement en mars 2011 d'un mouvement de contestation inédit contre le régime et surtout sa répression, qui a fait selon des militants plus de 11.000 morts. Si les sunnites ont dans leur immense majorité soutenu la révolte, la plupart des minorités ont préféré le régime.

C'est à Fayrouzé, bourg chrétien à la lisière de Homs, que Ghoussoub Sleimane Khalil, ingénieur de 40 ans, a installé son quartier général de campagne.

"Le pays connaît une crise importante avec l'arrivée en force des idées salafistes, facilitée par la corruption. Il y a aussi des gangs armés. Nous allons combattre la corruption et les idées salafistes", lance le candidat de "Un coeur pour une nation", une liste constituée par d'anciens membres de la jeunesse du Baas.

Mais pour un officier de l'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs et qui tient encore quelques quartiers de Homs, "ce sera un Parlement de menteurs, moi je ne voterai que pour le Parlement issu du sang des martyrs".

Le gouverneur de Homs, le général à la retraite Ghassan Abdal Al, reconnaît que la participation devrait être "plus faible dans la ville (de Homs) car beaucoup d'habitants sont partis". "Un grand nombre de ceux qui sont restés vivent dans des conditions difficiles, et le scrutin n'est pas une priorité".

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