NOUVELLES

Syrie: nouvelle mobilisation antirégime

04/05/2012 07:06 EDT | Actualisé 04/07/2012 05:12 EDT

Des milliers de Syriens manifestaient vendredi à travers le pays pour soutenir la révolte réprimée dans le sang par le régime, même si le bureau de l'émissaire international a dit que son plan de paix était "sur les rails".

La persistance des violences sur le terrain a toutefois poussé les Etats-Unis et la France à exprimer une fois de plus leurs doutes face à la volonté du régime de Bachar al-Assad de cesser le feu comme préconisé par le plan Annan.

Les forces gouvernementales ont en effet tué dix civils, dont un couple et leur enfant, à Alep (nord), Homs et Hama (centre), selon une ONG, faisant fi de la présence d'observateurs de l'ONU chargés de surveiller l'application du cessez-le-feu continuellement violé depuis le 12 avril.

Comme chaque vendredi depuis mars 2011, les manifestants défilaient par milliers à l'appel des militants pro-démocratie pour affirmer leur attachement à la révolte contre le régime, sous le slogan de "notre loyauté (à la révolution) est notre salut".

"La Syrie veut la liberté", "la Syrie saigne", "Bachar, dégage!" lit-on sur les pancartes brandies par les manifestants à Arbine, près de Damas, tandis que des vidéos mises en ligne par des militants montraient des foules rassemblées à Homs, Qamichli (nord-est), Idleb (nord-est) et Deraa (sud).

"Nous résisterons même s'ils occupent toutes les places", affirment des militants à Deraa, en allusion au quadrillage des villes par l'armée. "Le peuple veut mettre à mort Bachar", clame la foule à Idleb.

Les manifestations ont lieu habituellement à la sortie des mosquées après la prière hebdomadaire, malgré la répression et la militarisation de la révolte.

Jeudi, les forces de sécurité ont mené une brutale attaque contre la cité universitaire d'Alep, tuant quatre étudiants et arrêtant 200, après une manifestation antirégime, poussant l'Université à suspendre ses cours jusqu'au 13 mai.

C'était, selon les militants, la répression la plus meurtrière contre ce centre nerveux de la contestation dans la deuxième ville de Syrie, longtemps restée à l'écart de la mobilisation.

"Ils nous ont fait descendre devant le dortoir des filles et nous ont obligés à nous déshabiller et à nous mettre à plat ventre", a affirmé à l'AFP Abou Taym, étudiant de 22 ans. "Ils se sont mis à marcher sur nous en proférant des insultes". Certains étudiants ont "préféré se jeter du 3e et du 4e étage plutôt que de se faire arrêter", selon un militant.

Pour Washington, "ce genre d'agissements, devenus aujourd'hui courants, montrent clairement l'illégitimité de ce régime, et souligne le besoin urgent d'une transition politique" en Syrie, dominée par le clan Assad depuis 40 ans.

"Si le régime continue à se montrer intransigeant, la communauté internationale devra reconnaître son échec" et penser à d'autres mesures.

Condamnant également "l'assassinat" des étudiants à Alep, Paris a constaté que "Damas ne respecte pas ses engagements et poursuit la répression".

Néanmoins, le porte-parole de M. Annan a Genève a dit que le plan était "sur les rails". "Il y a de petits signes sur le terrain. Certaines armes lourdes ont été retirées, certaines sont restées (...) certains actes de violence ont reculé, certains se sont poursuivis".

"Une crise qui a débuté il y a plus d'un an ne peut pas être résolue en un jour ou une semaine", a-t-il dit, en soulignant que M. Annan informerait le Conseil de sécurité de l'ONU de la mise en oeuvre de son plan le 8 mai, par vidéo-conférence à partir de Genève.

Pour le chef de la mission des observateurs, qui surveillent depuis le 16 avril la trêve, le général Robert Mood, c'est à l'armée de faire le premier pas pour arrêter les violences. Le général norvégien s'est rendu à Idleb où selon lui les observateurs seront renforcés, a indiqué la télévision syrienne.

Au total, plus de 600 personnes, en majorité des civils, sont morts en Syrie depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu et plus de 11.100 depuis le début de la révolte, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le nombre des observateurs chargés d'évaluer le respect du cessez-le-feu devrait passer à 100 d'ici un mois, avant d'atteindre 300 membres, conformément à une résolution du Conseil de sécurité.

Le plan Annan prévoit outre la trêve, la libération des détenus, le droit de manifester pacifiquement et la libre circulation des médias et des humanitaires.

Enfin, Burhan Ghalioun, président du Conseil national syrien (CNS), la principale composante de l'opposition, devrait plaider lundi à Pékin la cause de la révolte auprès des autorités chinoises, alliées du régime syrien.

bur-ram/tp

PLUS:afp