NOUVELLES

Syrie: les observateurs dans le coeur de la rébellion à Homs

04/05/2012 04:45 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

Dans l'ancienne salle des mariages du quartier rebelle de Khaldiyé à Homs, le chef des observateurs de l'ONU, le général Robert Mood, présente ses condoléances au commandant rebelle Abou Qouteiba pour ceux qui sont morts depuis le début des violences en Syrie.

Les décors champêtres sur les murs de cette salle en sous-sol qui, jusqu'au déclenchement de la contestation contre le régime de Bachar al-Assad accueillait noces et banquets, tranchent avec le sérieux de la réunion.

Pour la première fois depuis son arrivée en Syrie, le général onusien rencontre le dirigeant militaire des quartiers rebelles de la ville pour l'informer de sa mission.

Bien qu'il ait fait défection, ce chef local de l'Armée syrienne libre (ASL) a gardé le treillis et les épaulettes de l'armée régulière comme tous ses adjoints présents autour de la table.

A l'extérieur, le crépitement des armes automatiques se mêle au bruit sourd des obus de mortier. Quelques minutes plus tard, des hommes armés stoppent leur fourgonnette et descendent le corps d'un combattant enveloppé d'un linceul blanc.

Il appartenait à la brigade Al Farouk, l'une des unités combattantes les plus redoutables de la rébellion. Son chef Abdel Razzak Tlass, barbe noire et en survêtement, porte jusqu'à la mosquée Khaled Ibn Walid la dépouille de son compagnon d'armes, abattu selon lui par un franc-tireur de l'armée.

"L'armée viole le cessez-le-feu alors que l'ALS s'y conforme. Chaque jour il y a des morts et des blessés à cause de ses francs-tireurs", dit à l'AFP cet ancien officier après avoir récité la prière des morts.

Selon lui, "les attaques ont souvent lieu la nuit quand les observateurs de l'ONU sont rentrés dans leur hôtel. Il faut que la communauté internationale fasse pression sur le régime pour que la situation s'améliore", assure-t-il.

Chaque nuit, la ville est tenue en éveil par le bruit des armes. De part et d'autre de la place de l'Horloge, jadis coeur animé de Homs, devenue aujourd'hui la ligne de démarcation, les adversaires s'accusent mutuellement de ranimer la violence.

Mais il est vraisemblable que les tirs viennent des deux côtés, au vu des vitres brisées, des façades grêlées par les balles et les obus.

Dans l'arrondissement mitoyen de Hamidiyé, des jeunes gens sont en faction aux carrefours, kalachnikov à l'épaule. Sur les sacs de sable censés les protéger est planté l'étendard des opposants, le drapeau de Syrie après son indépendance du mandat français en 1946.

Ce quartier chrétien, pris il y a deux mois par les rebelles, est désormais quasiment vide. "Je me suis enrôlé pour défendre nos maisons, nos femmes, nos enfants. Un de mes frères et deux cousins ont été tués et plusieurs membres de ma famille sont en prison", explique Abou Mohammad, 31 ans, qui était orfèvre avant de rejoindre l'ASL, il y a 14 mois.

Le quartier est totalement cerné par l'armée régulière et parfois une seule rue sépare les adversaires.

"Nous avons commencé à manifester pacifiquement contre ce régime, il a répondu par les armes. Il a bombardé nos maisons et déchiré nos familles. On a fini par prendre les armes pour nous défendre", lance Wadaï, un combattant de 18 ans.

"Je n'ai pas peur de la mort. Nous allons gagner la guerre. Nous nous battons pour notre liberté, pour nos droits".

A l'église orthodoxe Notre Dame de la Ceinture, quelques chrétiens viennent en silence inspecter les dégâts subis par leur lieu de culte.

L'un d'eux, Abdel Karim, montre les impacts d'obus mais un insurgé l'interpelle. "Dis aux journalistes qui a tiré, dis-leur que ce sont les forces de Bachar". "Je ne sais pas d'où sont venus les tirs", répond le chrétien. "Pourquoi as-tu peur de dire que c'est Bachar qui a bombardé l'église", insiste Ghanem 24 ans. "Je n'ai pas peur mais je ne sais pas qui a tiré", rétorque Abdel Karim.

"Va-t-en trouillard, va rejoindre Fayrouzé", un village chrétien à la sortie de Homs. Le chrétien s'en va sans demander son reste.

sk/ram/sw

PLUS:afp