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Ben Laden voulait tuer Obama et relancer Al-Qaïda

04/05/2012 09:53 EDT | Actualisé 04/07/2012 05:12 EDT

WASHINGTON - Oussama ben Laden voulait recentrer l'action d'Al-Qaïda sur les Etats-Unis en assassinant Barack Obama et reprochait à certains groupes djihadistes de nuire à l'image de son réseau en tuant des civils musulmans, selon des lettres publiées par l'armée américaine un an après la mort du chef terroriste.

Le Centre de lutte contre le terrorisme de l'armée américaine a diffusé sur Internet jeudi une sélection de 175 pages de correspondance en arabe s'étendant de septembre 2006 à avril 2011, accompagnée d'une traduction anglaise et d'une note du général en retraite John Abizaid.

Ces écrits ont été saisis par le commando qui a tué Ben Laden dans une maison d'Abbottabad, dans le nord du Pakistan, le 2 mai 2011, à l'issue de dix ans de traque après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Selon les experts qui ont analysé les documents, le chef terroriste n'était pas informé des opérations courantes des divers groupes se réclamant d'Al-Qaïda. Il se montrait d'ailleurs très critique envers certains.

"Je compte publier un communiqué disant que nous entrons dans une nouvelle phase pour corriger (les erreurs) que nous avons commises. Ce faisant et avec l'aide de Dieu, nous pourrons retrouver la confiance d'une grande partie de ceux qui ont perdu confiance dans les djihadistes", écrit Oussama ben Laden en 2010.

Jusqu'à sa fin, il a voulu s'attaquer aux Américains, fomentant des complots parfois improbables pour tuer des dirigeants des Etats-Unis. Il souhaitait particulièrement s'en prendre aux avions transportant le général en retraite David Petraeus, directeur de la CIA et ex-commandant des forces en Afghanistan, et même au président Barack Obama, en misant sur "l'impréparation totale" du vice-président Joe Biden à assurer l'intérim et la crise qui s'en suivrait selon lui.

Ben Laden écrit par ailleurs que le "contrôle des enfants" est crucial pour la sécurité des fugitifs. Il recommande de n'apprendre aux enfants que la langue locale et de les garder à la maison "sauf nécessité absolue, pour des soins médicaux par exemple".

Le rapport publié avec la correspondance montre également qu'il reprochait aux groupes affiliés à Al-Qaïda leur incapacité à rallier les populations à leur cause, l'échec de leurs campagnes médiatiques et la mort de trop nombreux musulmans innocents dans des attaques mal préparées, notamment au Pakistan.

Les proches de Ben Laden était également frustrés en 2010 de voir les Etats-Unis se focaliser sur leur problèmes économiques sans établir de lien avec les attentats d'Al-Qaïda. "Ils oublient ou ignorent la guerre et son rôle dans l'affaiblissement de l'économie", s'agace son porte-parole, Adam Gadahn.

Les lettres révèlent aussi des relations difficiles avec l'Iran, qui a assigné à résidence plusieurs commandants d'Al-Qaïda exilés sur son sol après l'invasion de l'Afghanistan par les Etats-Unis fin 2001. Certains, dont des membres de la famille de Ben Laden, on retrouvé leur liberté depuis, mais pas tous. Atiyah Abd al-Rahman, devenu N 2 du réseau à la mort de Ben Laden puis tué dans une frappe aérienne américaine, se plaint ainsi de l'absence de négociations et de communication avec les Iraniens.

Ben Laden, quant à lui, conseille au chef d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), Nasir al-Wuhayshi, de renoncer à l'instauration d'un Etat islamique au Yémen pour "recentrer ses efforts sur les attaques contre les Etats-Unis". En ce qui concerne le ralliement des milices somaliennes Shabab, il ne semble pas intéressé. Il critique leur façon de gouverner les zones sous leur contrôle et leur reproche d'appliquer la loi coranique trop strictement, par exemple en coupant les mains des voleurs.

La correspondance suggère aussi qu'Al-Qaïda surveillait soigneusement les télévisions américaines, exercice apparemment très frustrant. "Nous ne pouvons nous appuyer sur aucune chaîne pour nos messages", conclut Adam Gadahn, suggérant de ne plus rien envoyer à Fox News pour qu'"ils crèvent de rage".

Rien dans les documents publiés n'évoque directement de sympathisants d'Al-Qaïda au gouvernement pakistanais mais de tels éléments seraient probablement classés secret défense. Ben Laden évoque des "frères pakistanais de confiance" mais ne dit rien qui suggère que des responsables auraient été informés de sa présence à Abbottabad. AP

st/v

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