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Salamworld: un nouveau «Facebook halal»

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Les musulmans du monde entier auront bientôt leur propre réseau social. Un groupe d'hommes d'affaires Russes et Kazakhs lanceront, en juillet prochain, Salamworld, un réseau social dédié aux musulmans présenté comme la nouvelle alternative «halal» (permise, en arabe) au géant Facebook.

«Une société virtuelle offrant des services halal», c'est par cette formule que se décrit le nouveau réseau social Salamworld. À travers une vidéo faisant office de page d'accueil au site Internet toujours en construction, Salamworld prétend enfin offrir le réseau social alternatif qu'attend la jeunesse musulmane.

«Salamworld répond aux besoins des jeunes musulmans modernes. […] Un espace où les jeunes pourront s'éduquer, socialiser et s'amuser sans être témoins de contenus offensants», affirme la vidéo. Si Salamworld n'est pas le premier à tenter de percer le marché du «cyberhalal», ses fondateurs, eux, espèrent qu'il sera le nouveau phénomène web de l'été.

La start-up turque, dont les quartiers généraux ont élu domicile sur les côtes du Bosphore, à Istanbul, s'est en effet donné comme mission d'unir les musulmans du monde entier à travers une plateforme respectant les valeurs de l'Islam. Peu de chances donc de tomber sur des photos d'utilisatrices légèrement vêtues ou de voir circuler la dernière vidéo de Madonna.

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L'arrivée de réseaux sociaux à caractère religieux est-il une bonne idée?

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Le site, qui sera offert en huit langues dont le français, l'anglais, l'arabe, le perse et le russe, prévoit contrôler son contenu à l'aide de filtres et d'agents modérateurs qui pourront supprimer les contenus jugés non conformes aux valeurs de la religion musulmane. «Les contenus de certains sites ne sont pas sécurisés en plus d'être "haram" (interdits, en arabe). Nous ne voulons pas que nos jeunes soient exposés à ces idées, auxquelles ils ne sont pas familiers», expliquait l'un des fondateurs du site, Abdulvahed Niyazov, dans une entrevue accordée au quotidien turque Hürriyet Daily News en février dernier.

Le porte-parole de Salamworld en Turquie Yavuz Selim Kurt, qui insiste sur le caractère apolitique du site, explique que le nouveau réseau social misera surtout sur la participation de nombreuses personnalités politiques, religieuses et culturelles du monde musulman pour se démarquer de ses compétiteurs. Les utilisateurs de Salamworld pourront en effet entrer directement en contact avec différents leaders musulmans, à travers les profils personnels de ces derniers.

Selon le porte-parole, plusieurs d'entre eux, dont l'ancien premier ministre de Malaisie Mahathir Muhammed, le compositeur anglais Sami Yusuf, le président du Conseil national de transition ‪Mustafa Abdul Jalil‬ ainsi que le journaliste Rizwan Ahmed Khan de la chaîne de télévision arabe Al Jazeera auraient d'ailleurs participé au sommet global de la compagnie organisé à Istanbul en février dernier.

Réseaux sociaux halal, un concept viable?

Les créateurs de Salamworld, qui estiment à 300 millions le nombre d'utilisateurs d'Internet musulmans dans le monde, se sont donné comme objectif d'atteindre le cap des 50 millions de membres d'ici trois ans. Un pari qui ne semble pas gagné d'avance si l'on se fie au destin d'autres réseaux sociaux du même genre.

En effet, le site musulman Muxlim, basé en Finlande, a définitivement fermé ses portes au début de l'année après avoir essuyé d'importantes pertes financières. L'outil de recherche IMHalal.com, créé aux Pays-Bas, a connu le même sort en 2011 dû à un manque d'investisseurs. D'autres sites tels que Ikhwanbook, lancé en Egypte par l'organisation islamique et politique des Frères Musulmans ou encore le site pakistanais MillatFacebook n'ont pas non plus rencontré le succès escompté.

«Je ne crois pas au succès ni à la pertinence des réseaux sociaux musulmans tout simplement parce que la plupart des musulmans ne sont pas intéressés à être limités à leur sphère religieuse. Nous utilisons les réseaux sociaux de la même manière que tout le monde. L'intérêt d'Internet est d'être confronté à de nouvelles idées et personnes et non d'être chaperonné», pense Fatemeh Fakhraie, auteure et blogueuse iranienne, également fondatrice de Muslimah Media Watch, un site Internet dédié à l'analyse de l'image de la femme musulmane dans les médias.

Les créateurs de Salamworld eux, ne semblent pas inquiétés par les échecs financiers de leurs prédécesseurs. En plus des dizaines de millions de dollars déjà investis dans le projet, Salamworld prévoit l'ouverture prochaine de nouveaux bureaux en Europe, en Amérique du nord et en Asie.