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Pour le chef des observateurs, le régime syrien doit faire le premier pas

03/05/2012 03:40 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

Le chef des observateurs de l'ONU en Syrie, le général Robert Mood, a estimé jeudi que c'était à l'armée syrienne de faire le premier pas pour arrêter les violences, après une nouvelle flambée à Alep (nord) où des manifestations d'étudiants ont été réprimées dans le sang.

Au moins quatre étudiants ont été tués et 200 autres arrêtés jeudi à l'aube dans la cité universitaire d'Alep, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Après une nuit et une matinée de manifestations violemment réprimées et de mise à sac de chambres étudiantes par les forces du régime, l'Université à annoncé sur son site internet une suspension des cours jusqu'au 13 mai.

Une mesure dictée par le fait que "ni la direction ni les forces de sécurité ne semblent en mesure de contrôler la situation" dans une université qui s'est fortement mobilisée contre le régime ces derniers mois, a estimé le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation anti-régime, a affirmé à l'AFP Mohammad al-Halabi, militant sur place.

"Ils ont poursuivi les étudiants dans les couloirs. J'ai vu plusieurs dortoirs incendiés", a témoigné de son côté Abou Taym, étudiant de 22 ans.

Certains "ont préféré se jeter du troisième et du quatrième étage plutôt que de se faire arrêter", a rapporté Abou Omar, un porte-parole des étudiants-militants sur place.

Plus tard, "ils nous ont fait descendre devant le dortoir des filles et nous ont obligés à nous déshabiller et à nous mettre à plat ventre", dit Abou Taym ajoutant qu'"ils se sont mis à marcher sur nous en proférant des insultes".

Vingt-huit étudiants ont été blessés, dont trois grièvement, et 200 autres arrêtés, a précisé l'OSDH.

Ces incidents, qui ont déclenché des manifestations de solidarité dans plusieurs universités du pays, pourraient être un tournant dans la mobilisation à Alep, centre économique du nord du pays gagné peu à peu par la contestation anti-régime.

Des défilés ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, notamment à Damas, à Deraa, berceau de la contestation dans le sud, et à Deir Ezzor (est), selon des militants.

Dans un contexte de violations permanentes du cessez-le-feu censé être en vigueur depuis le 12 avril, le chef des observateurs de l'ONU, le général Robert Mood, a estimé jeudi que c'était à l'armée syrienne de faire le premier pas pour cesser les violences.

"Quel est le premier qui doit retirer son doigt de la gâchette? Qui doit faire le premier pas? Mon idée, c'est que c'est le plus fort qui doit le faire", a-t-il dit à la presse à Homs (centre) précisant qu'il faisait référence "au gouvernement (syrien) et à l'armée".

Il a souligné par ailleurs que la mission de l'ONU -dont les premiers membres ont été déployés le 16 avril pour faire appliquer le plan de l'émissaire international Kofi Annan- n'avait rencontré aucune entrave dans ses déplacements et vu des "signes positifs" de la part des forces gouvernementales dans certains endroits.

"Dans certains endroits spécifiques, nous avons constaté plus d'efforts de la part des forces gouvernementales syriennes. Nous avons donc vu des signes positifs sur le terrain", a-t-il indiqué.

A partir de vendredi, 8 observateurs militaires seront déployés à Deraa (sud), 12 à Homs, 8 à Hama et 4 à Idleb (nord-ouest), a-t-il précisé.

Par ailleurs, sept civils, dont une femme et un enfant, ont été tués par les troupes dans la province d'Idleb (nord-ouest), selon l'OSDH, tandis qu'un civil, un soldat et un déserteur ont péri dans celle de Homs (centre).

Au total, plus de 600 personnes, en majorité des civils, sont morts en Syrie depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon le même source.

Ces nouvelles violences se sont ajoutées à l'arrestation de militants, notamment celle de deux fils de l'éminent opposant Fayez Sara, et à l'assassinat par des inconnus du fils d'Ali Haidar, chef alaouite (confession du clan Assad au pouvoir) d'un parti pro-régime. Selon des militants toutefois, le fils de M. Haidar était, lui, un partisan de la contestation.

Le plan Annan prévoit notamment l'instauration d'un cessez-le-feu, la libération des détenus, le droit de manifester pacifiquement et la libre circulation des médias et des humanitaires.

Le nombre des observateurs chargés d'évaluer le respect du cessez-le-feu devrait passer à 100 d'ici un mois, avant d'atteindre 300 membres, conformément à une résolution du Conseil de sécurité.

Depuis le début de la contestation en mars 2011, plus de 11.100 personnes, en majorité des civils, ont péri dans les violences, selon l'OSDH.

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