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Le profit de SNC-Lavalin chute à 67,1 millions $ au premier trimestre

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SNC LAVALIN
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TORONTO - Le géant mondial de l'ingénierie SNC-Lavalin traverse une période d'intenses bouleversements; des allégations de corruption ont durement porté atteinte à sa réputation et la mystérieuse disparition d'une somme de 56 millions $ suscite bien des interrogations.

Malgré tout, les clients ont toujours confiance en l'entreprise, ont affirmé jeudi ses dirigeants.

Lors de l'assemblée annuelle des actionnaires, qui se déroulait à Toronto, les dirigeants de la firme montréalaise ont voulu rassurer les investisseurs les plus nerveux. Dans la foulée des récents scandales, le code d'éthique a été mis à jour et les règles en matière de gouvernance d'entreprise ont été resserrées, a-t-on annoncé.

«Je ne dis pas qu'il n'y a eu aucun dommage, bien entendu», a déclaré le président du conseil d'administration, Gwyn Morgan, à l'issue de la réunion.

«Reste que certains de nos très hauts dirigeants agissaient en marge du code d'éthique, à l'extérieur du cadre et sans communiquer avec les autres membres de la haute direction ou du conseil d'administration», a-t-il ajouté.

L'entreprise estime que ses clients n'ont pas perdu confiance en elle. La firme n'a perdu aucun contrat de prolongation de projet et aucune soumission ne lui a été retirée.

SNC-Lavalin est sur la sellette depuis des mois après qu'une enquête menée à l'interne a révélé que son grand patron, Pierre Duhaime, avait autorisé le versement de commissions irrégulières de 56 millions $ à des agents commerciaux en Afrique du Nord.

La vérification judiciaire effectuée à l'interne n'a pas permis de déterminer qui avait touché cet argent, ni à quoi il avait servi, a indiqué Gwyn Morgan.

«Ce n'est pas que l'argent manquait dans les coffres de l'entreprise, a dit M. Morgan. Il avait déjà été comptabilisé. Le problème, c'est de savoir où il a été versé. Il y a beaucoup d'informations que nous ne détenons toujours pas.»

Les scandales ont évidemment durement affecté le prix de l'action de SNC-Lavalin. Depuis janvier, l'action a perdu environ 34 pour cent, ce qui a effacé 3,3 milliards $ de sa valeur boursière.

Jeudi, à la Bourse de Toronto, le cours de l'action a reculé de 74 cents pour clôturer à 37,31 $.

Des hauts dirigeants de l'entreprise, dont l'ancien chef de la direction Pierre Duhaime, ont remis leur démission ou ont été congédiés depuis que les déboires de l'entreprise ont éclaté au grand jour en février.

M. Duhaime avait approuvé les paiements suggérés par l'ancien vice-président à la division construction de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa. M. Ben Aïssa est actuellement incarcéré en Suisse, où il est accusé de fraude, de corruption et de blanchiment d'argent en lien avec ses activités en Afrique du Nord.

Quant à Pierre Duhaime, il a touché une indemnité de départ de 5 millions $. Gwyn Morgan a défendu le versement de ce montant, plaidant que l'entreprise avait le choix entre contester le contrat en cour ou allonger les 5 millions $.

«C'était dans le meilleur intérêt de la compagnie de ne pas contester son contrat», a-t-il plaidé.

Actionnaires mécontents

Malgré la tourmente, les 11 administrateurs de SNC-Lavalin ont été aisément réélus lors de l'assemblée de jeudi. Un seul des actionnaires présents, John Hanson, a ouvertement exprimé sa frustration.

«Plusieurs de ces choses auraient pu être prévues et auraient très bien pu ne jamais se produire, a-t-il plaidé. Il faut améliorer la communication au sommet et dans l'ensemble de la compagnie.»

Le chef de la direction par intérim, Ian Bourne, lui a répondu que des mesures avaient déjà été mises en place.

Ian Bourne et Gwyn Morgan ont dû se porter à la défense du comportement de la compagnie, qui a été remis en question par les principaux actionnaires de SNC-Lavalin — Jarislowsky Fraser et la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Ces derniers ont demandé à la firme d'ingénierie de poser des gestes concrets et de faire preuve d'une plus grande transparence.

Les dirigeants ont fait valoir que le conseil d'administration avait réagi aussitôt que les problèmes avaient fait surface en déclenchant une enquête interne judiciaire approfondie. Les enquêteurs ont notamment épluché 1,8 million de courriels au cours de l'investigation.

D'après Gwyn Morgan, toutes les informations recueillies ont été remises aux autorités compétentes en mars. SNC-Lavalin collabore toujours aux enquêtes en cours, qui ont notamment mené à une importante perquisition de la Gendarmerie royale du Canada au siège social montréalais de l'entreprise le 13 avril.

«Nous nous engageons à aller jusqu'au bout de toute infraction à la loi et de tout détournement de fonds qui pourrait s'être produit», a affirmé M. Morgan.

Il a confirmé que SNC-Lavalin avait bel et bien reçu, en décembre, une lettre anonyme contenant des allégations, mais que des preuves étaient nécessaires avant d'aller plus loin.

Bénéfice en baisse

Même si l'année 2012 s'annonce la plus exigeante pour la compagnie vieille de 101 ans, M. Bourne s'attend à ce que ses résultats financiers soient semblables à ceux de 2011.

La société espère obtenir une bonne partie des quelque 300 milliards $ de contrats qui seront disponibles dans les années à venir dans la région du Moyen-Orient.

«Nous étudions en ce moment de quelle façon nous pourrions retourner en Libye, par exemple, en partant du principe que le gouvernement là-bas a toute une série de projet qui étaient en cours et qui ont été interrompus», a dit M. Bourne.

SNC-Lavalin, qui compte 28 000 employés répartis dans 100 pays, a retiré de son carnet de projets quelque 900 millions $ en projets libyens, conséquence de la guerre civile dans le pays d'Afrique du Nord.

L'entreprise ne semble pas perdre de contrats en raison des scandales. En fait, son carnet de projets valait 10,1 milliards $ à la fin mars, en hausse de 400 millions $ par rapport à la fin de 2011. La société détenait aussi des réserves d'argent de 1,1 milliard $ à la fin mars.

SNC-Lavalin a affiché jeudi un bénéfice net de 67,3 millions $, soit 44 cents par action, pour son premier trimestre, en baisse par rapport à celui de 78,8 millions $, ou 50 cents par action, pour la même période l'an dernier.

Son chiffre d'affaires a presque atteint 1,8 milliard $, contre 1,6 milliard $ l'an dernier.

En excluant 5,4 millions $ en dépenses qui font l'objet d'une enquête et le montant de 5 millions $ versé à M. Duhaime, les résultats de ses activités de base auraient été conformes aux attentes des analystes, a noté Pierre Lacroix, de Desjardins Marchés des capitaux.

Selon Maxim Sytchev, de la firme AltaCorp Capital, les problèmes très publics de SNC font de son action un investissement intéressant puisque son modèle d'affaires reste intact tandis que ses actions s'échangent à un cours moitié moins élevé que l'évaluation de ses pairs aux États-Unis.

Selon M. Bourne, le conseil croit que la valeur du titre «va s'occuper d'elle-même» si SNC continue de livrer ses projets et fait croître son carnet dans les prochains trimestres.

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