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L'Afrique de l'Ouest dénonce la "défiance" des juntes au Mali et Bissau

03/05/2012 09:56 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

Des chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest ont dénoncé l'attitude de "défiance" des deux juntes militaires au Mali et en Guinée-Bissau, à l'ouverture jeudi à Dakar d'un sommet extraordinaire, le second en une semaine, consacré aux crises qui déstabilisent ces deux pays et la région.

"La situation n'évolue pas de manière positive dans les deux pays", a déclaré le président sénégalais Macky Sall à l'ouverture du sommet, en présence d'une dizaine de chefs d'Etat sur les quinze pays membres de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), dont l'Ivoirien Alassane Ouattara et le Burkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne.

Président en exercice de la Cédéao, M. Ouattara a dénoncé "l'attitude de défiance des deux juntes" qui "nous amène à faire un pas supplémentaire vers la mise en oeuvre des décisions de notre organisation".

Ce sommet se tient une semaine après celui du 26 avril à Abidjan, à l'issue duquel la Cédéao avait décidé d'envoyer des troupes dans les deux pays et de fixer à un an les périodes de transition avant la tenue d'élections présidentielle et législatives.

"La région ne saurait tolérer cette défiance perpétuelle des militaires bissau-guineens qui, au mépris des règles constitutionnelles, tentent d'imposer leur volonté a leur peuple", a renchérit le président de la commission de la Cédéao, Désiré Kadré Ouédraogo, en appelant à "d'avantage de fermeté".

"Cette fermeté doit également être de mise dans le cas du Mali ou les affrontements de ces dernieres 48 heures tentent non seulement de remettre en cause le processus de transition mais aussi de détourner l'attention sur la restauration de l'intégrite territoriale du pays", a-t-il ajouté.

Le président malien Amadou Toumani Touré (ATT), réfugié à Dakar, a été renversé le 22 mars par une junte menée par le capitaine Amadou Haya Sanogo.

Ce dernier avait, sous la pression de la Cédéao, rapidement accepté de rendre le pouvoir à des civils qui ont pris la tête d'organes de transition pour un an, jusqu'à l'organisation d'élections présidentielle et législatives.

Mais le capitaine Sanogo et ses hommes n'ont jamais vraiment renoncé à leur pouvoir et se sont comportés comme les maîtres de Bamako, procédant à de nombreuses arrestations dans les milieux d'affaires, politiques et militaires, visant des personnalités considérées comme proches d'ATT.

Le capitaine avait rejeté les décisions prises lors du sommet d'Abidjan le 26 avril.

Lundi et mardi, des militaires restés fidèles à l'ancien président ont vainement tenté de reprendre le contrôle de lieux stratégiques tenus à Bamako par les ex-putschistes, aéroport, radio-télévision nationale (ORTM) et leur quartier-général à Kati, près de la capitale, lors de combats qui ont fait au moins une vingtaine de morts et des dizaines de blessés.

En Guinée-Bissau, pays secoué par des convulsions politiques et militaires depuis son indépendance du Portugal en 1974 après une guerre de libération, devenu une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe, un nouveau coup d'Etat militaire a eu lieu le 12 avril.

Leurs auteurs, dont le chef d'état-major de l'armée Antonio Indjaï, ont depuis eu une attitude ambiguë.

Il ont accepté dans un premier temps les décisions de la Cédéao prise à Abidjan d'envoyer à Bissau une force militaire ouest-africaine et de mettre en place une transition d'un an dirigée par les civils. Mais trois jours plus tard, lors d'un réunion à Banjul, la Cédéao a décidé d'imposer des sanctions contre la Guinée-Bissau affirmant que le général Indjaï avait tout refusé.

Et mardi la junte a dit accepter "toutes les exigences" de l'Afrique de l'Ouest sur le retour du pouvoir aux civils, à l'exception du rétablissement dans ses fonctions de président par intérim Raimundo Pereira.

Ce dernier avait été arrêté lors du coup d'Etat avec d'autres dirigeants du pays, dont l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior, qui ont été libérés il y a six jours et ont trouvé refuge à Abidjan.

L'UE a adopté jeudi des sanctions contre six responsables du coup d'Etat dans ce pays, tout en demandant le "retour immédiat à l'ordre constitutionnel".

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