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La souche de choléra présente en Haïti a évolué, signe que la maladie s'implante

03/05/2012 07:07 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

PORT-AU-PRINCE, Haïti - La souche de choléra présente en Haïti a évolué, ont rapporté des chercheurs jeudi, signe que la maladie pourrait être en train de s'implanter durablement dans le pays, moins de deux ans après y être apparue.

Ce constat est contenu dans une étude publiée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), la principale agence de santé publique aux États-Unis. L'étude montre que la bactérie du choléra en Haïti se transforme à mesure que les survivants développent une certaine immunité à la souche d'origine, qui aurait été involontairement importée du Népal par des casques bleus.

Les experts du choléra soulignent que cette évolution était attendue et s'est déjà produite dans d'autres épidémies de choléra à travers le monde.

«Cela suggère que l'épidémie en cours en Haïti pourrait être en train d'entrer dans sa prochaine phase, puisque ces changements sont constatés là où le choléra est endémique», a commenté le docteur Edward T. Ryan, un spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital général du Massachusetts, qui n'a pas participé à l'étude.

Cette évolution signifie que les Haïtiens pourraient être plus facilement infectés une deuxième fois par la bactérie dans sa nouvelle version, parce qu'ils ne sont pas totalement immunisés s'ils ne prennent pas des précautions comme se laver les mains fréquemment ou désinfecter l'eau potable.

Dans l'étude publiée par les CDC, les co-auteures, Joan M. Brunkard et Deborah F. Talkington, affirment que les chercheurs des laboratoires américains de santé publique ont découvert que deux souches isolées du choléra collectées les 12 et 13 mars dans la région de l'Artibonite, en Haïti, sont différentes de la souche Ogawa présente en Haïti quand la maladie a été détectée dans le pays pour la première fois, en octobre 2010.

Les CDC ont ensuite confirmé que les deux souches isolées étaient de type Inaba, l'autre principale souche du choléra.

Il y a peu de différences entre ces deux souches en ce qui concerne la sévérité ou la durée de l'infection, souligne le rapport.

Les responsables de la santé publique en Haïti surveillent attentivement les taux d'infection par le choléra alors que le pays entre dans la saison des pluies, une période qui favorise la transmission de la maladie. Le choléra se transmet principalement par l'eau contaminée.

Jusqu'à maintenant, les autorités ont constaté un légère hausse du nombre de nouveaux cas, mais rien de comparable à la saison des pluies l'an dernier, où le nombre de cas avait explosé.

L'Organisation panaméricaine de la santé prévient qu'entre 200 000 à 250 000 personnes pourraient contracter la maladie cette année en Haïti, la majorité pendant la saison des pluies et des ouragans, qui atteint son apogée vers la fin de l'été et le début de l'automne.

Haïti est présentement le pays qui compte le plus grand nombre de cas de choléra dans le monde. Au moins 534 000 personnes y ont déjà été infectées et 7000 autres en sont mortes depuis octobre 2010. Le taux d'infection serait plus élevé que les chiffres officiels parce que les cas ne sont pas tous rapportés aux autorités.

Dans une tentative de freiner la propagation de la maladie, l'organisation américaine Partners in Health a lancé une campagne pour vacciner 100 000 Haïtiens contre le choléra, soit un pour cent de la population, principalement à Port-au-Prince et dans la région rurale au nord de la capitale.

«La bonne nouvelle, c'est que le vaccin contre le choléra qui est testé en Haïti fournit une protection contre les deux versions de la bactérie», a indiqué le docteur Ryan.

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