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CORRIGÉ: La torture, invitée attendue au procès du 11-Septembre

03/05/2012 09:30 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

Les cinq accusés des attentats du 11-Septembre ont subi des techniques d'interrogatoire musclées assimilées à de la torture pendant leur détention au secret, un sujet de controverse qui sera immanquablement au menu des audiences qui s'ouvrent samedi à Guantanamo.

Khaled Cheikh Mohammed "était l'un des détenus les plus durs" et "il n'aurait pas parlé" sans nos techniques "rigoureuses": "Nous avons fait ce qu'il fallait pour de bonnes raisons", a révélé Jose Rodriguez, un ancien responsable de la CIA.

Les premiers aveux du Koweïtien, qui a revendiqué la paternité des attentats de 2001, ont été recueillis sous la torture, après 183 simulations de noyade et 7,5 jours d'affilée de privation de sommeil dans une prison secrète de la CIA, selon un rapport du renseignement.

"Il n'avait pas peur de mourir, il a perdu 22 kilos, les manipulations diététiques faisaient partie des techniques", a confié M. Rodriguez sur la chaîne CBS.

Capturé le 1er mars 2003, le cerveau auto-proclamé du 11-Septembre, mieux connu par ses initiales anglaises "KSM", est resté détenu au secret jusqu'à son transfert à Guantanamo en septembre 2006.

"Le programme visait à instiller un sens de désespoir au détenu pour qu'il puisse conclure de lui-même qu'il ferait mieux de coopérer", a encore expliqué l'ancien interrogateur de la CIA.

"KSM a eu droit au menu complet, les autres ont eu quelques plats", a rapporté à l'AFP le colonel Morris Davis, procureur en chef à Guantanamo à l'arrivée des cinq co-inculpés.

"Tous les cinq ont été torturés de manière différente: manipulation de l'environnement, privation de sommeil, températures extrêmes", a ajouté Anthony Romero, directeur de l'Union américaine pour les libertés civiques (ACLU).

"Il est impossible que justice soit faite quand un accusé a subi une simulation de noyade", a-t-il dit à l'AFP.

Tous les observateurs reconnaissent que la question sera soulevée. "Quand la peine de mort est en jeu, la défense a le droit d'utiliser tout élément démontrant qu'ils ont le droit de vivre et cela comprend la torture", a souligné Adam Thurschwell, spécialiste de la peine capitale qui participe à l'équipe de défense.

James Connell, avocat d'un des cinq accusés, a déjà indiqué qu'il appellerait "des témoins pour comprendre ce qu'il s'est passé dans ces prisons secrètes".

Une des règles des tribunaux militaires d'exception "interdit d'utiliser des éléments de preuve recueillis sous la torture, mais il y a des exceptions, c'est à la discrétion du juge", a expliqué à l'AFP l'analyste David Rivkin.

"Aucune déclaration obtenue sous la contrainte ne peut être utilisée" devant une commission militaire, a affirmé à l'AFP l'actuel procureur en chef, le général Mark Martins.

L'accusation avait besoin de déclarations obtenues légalement. C'est chose faite avec le témoignage attendu de Majid Khan, un ancien acolyte de KSM qui a accepté de coopérer en échange d'une réduction de peine.

"S'ils ont d'autres moyens d'obtenir des preuves, cela peut être suffisant pour les déclarer coupables", a déclaré à l'AFP l'amiral Donald Guter, ex-juge militaire représentant Human Rights First.

Kenneth Roth, directeur de l'organisation Human Rights Watch, a déploré que le gouvernement Obama ait "refusé d'enquêter sur les abus commis" par l'administration Bush.

"Dans la guerre contre le terrorisme, la justice n'est pas notre premier objectif, notre boulot est de les empêcher de recommencer", a dit Marc Thiessen, ancien responsable sous George W. Bush. "KSM avait de graves complots en cours, nous devions avoir l'information et il n'y avait pas d'autres moyens", a-t-il dit, "il nous a donné beaucoup de renseignements qu'on n'aurait pas obtenus s'il avait eu un avocat".

"La torture n'est jamais justifiable", a estimé le directeur de l'ACLU, ce procès doit juger "des crimes du 11-Septembre mais aussi des crimes innommables du gouvernement américain qui a utilisé la torture au plus haut niveau".

chv/sf/pm

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