La CLASSE présente sa contre-offre: financez l'enseignement plutôt que la recherche

CP  |  Par Publication: 3/05/2012 10:33 Mis à jour: 3/05/2012 17:26

MONTRÉAL - La CLASSE maintient sa demande de gel des droits de scolarité mais en présentant à son tour une contre-proposition, jeudi, elle a suggéré d'autres avenues pour financer l'enseignement universitaire à la hauteur souhaitée par le gouvernement du Québec.

Les sommes requises proviendraient principalement d'un transfert d'une partie des fonds consacrés à la recherche — soit 142 millions $ — vers l'enseignement. L'organisation étudiante justifie ce détournement de fonds par le fait que 26,2 pour cent des budgets des universités québécoises va à la recherche, comparativement à 21,5 pour cent dans le reste du Canada.

La somme de 142 millions $ représente la moitié de cet écart.

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) fait valoir qu'il y a eu une explosion des fonds dédiés à la recherche commercialisable alors que les universités devraient se concentrer d'abord sur l'enseignement.

«C'est le symptôme, selon nous, d'une dangereuse dérive de nos universités qui, de plus en plus, servent de sous-traitants aux entreprises pour effectuer de la recherche et du développement, a déclaré le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois. Ces activités ne correspondent pas à la mission fondamentale des universités.»

La Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) a pour sa part très mal accueilli cette proposition qui, selon elle, n'aurait d'autre effet que d'affaiblir les universités. Dans un communiqué, la CREPUQ affirme que la suggestion de transférer des fonds de la recherche vers l'enseignement témoigne d'une méconnaissance des sources multiples de financement de la recherche et des conditions liées à leur obtention.

La CLASSE demande également l'interdiction de la publicité faite par les universités, ce qui dégagerait une somme additionnelle de 18 millions $.

«Les fonds publics ne doivent pas servir à faire de la publicité commerciale pour les universités», a ajouté M. Nadeau-Dubois.

À l'instar des fédérations étudiantes universitaire (FEUQ) et collégiale (FECQ), la CLASSE propose aussi un gel des salaires et de l'embauche des cadres et du rectorat, ainsi qu'un moratoire sur la construction et l'agrandissement de campus satellites.

Enfin, les porte-parole de la CLASSE ont fait part jeudi de leur demande pour la tenue d'états généraux de l'éducation dès cet automne, un exercice au cours duquel ils souhaiteraient mettre de l'avant leur argumentaire en faveur de la gratuité complète. Cette mesure pourrait être financée, selon eux, par une taxe sur le capital des institutions financières qui atteindrait progressivement 0,7 pour cent sur cinq ans.

Par ailleurs, la CLASSE ne s'oppose pas à la nomination d'un médiateur au conflit, même si elle n'en réclame pas un, mais pose deux conditions à sa participation à une médiation, soit qu'elle ait son mot à dire dans le choix d'un éventuel médiateur et que celui-ci n'ait pas le pouvoir d'imposer une décision exécutoire.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a exprimé sa déception face à ces propositions, accusant la CLASSE de demeurer campée sur ses positions.

«La position reste la même, c'est de défendre le principe de la gratuité complète pour aller à l'université, a déclaré la ministre. Vous constatez comme moi que ça n'a pas bougé. (...) Ça ne facilite pas un règlement et un rapprochement.»

La gratuité n'est cependant pas au nombre des demandes actuelles de la CLASSE, qui entend la défendre lors d'états généraux. La porte-parole de la CLASSE, Jeanne Reynolds, accuse la ministre Beauchamp exactement des mêmes maux.

«Elle maintient sa hausse, elle reste ferme sur sa hausse. Elle fait quelques aménagements techniques qui, finalement, ne lui coûtent absolument rien», a-t-elle dit.

Quant à l'apparente ouverture de la ministre Beauchamp aux deux fédérations étudiantes pour discuter de la création d'un organisme chargé de surveiller la gestion des universités, Mme Reynolds a dit qu'elle ne croyait pas que la FEUQ et la FECQ accepteraient de participer à ce processus sans la CLASSE et que, de toute façon, il n'y avait là rien de neuf.

Un porte-parole de la FEUQ a d'ailleurs confirmé à La Presse Canadienne que, bien qu'un appel du cabinet de la ministre ait été logé à la fédération mercredi, on n'avait rien fait de plus que de demander des précisions sur sa proposition de Commission d'évaluation des universités du Québec.

«C'était le premier coup de fil que nous avions depuis la fin de la table de discussion, a écrit Mathieu Le Blanc, attaché de presse de la FEUQ, dans un courriel. Il n'y a pas eu d'autres appels depuis ce temps. Selon nous, rien ne laisse présager une reprise des discussions.»

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |