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Bilinguisme des agents du Parlement: le ministre Moore nuance ses propos

03/05/2012 11:36 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Après s'être dit contre le projet de loi du Nouveau Parti démocratique (NPD) visant à faire du bilinguisme un critère d'embauche pour les agents du Parlement, le ministre James Moore a tempéré sa position jeudi.

La veille, le ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles avait répété à maintes reprises qu'il s'opposait au projet.

Mais jeudi, il a plutôt misé sur le fait que le gouvernement n'a pas encore officiellement pris position. La phrase avait été prononcée la veille, sans plus, après ses nombreux commentaires d'opposition au projet législatif.

L'initiative néo-démocrate vise à rendre obligatoire la maîtrise des deux langues officielles pour 10 postes clés au fédéral, comme celui du vérificateur général et du directeur général des élections.

Le sujet divise le caucus conservateur. Le ministre Maxime Bernier s'est prononcé mercredi en faveur du projet de loi, allant jusqu'à dire espérer que le gouvernement l'appuie.

Mais après le ministre des langues officielles qui s'est positionné contre mercredi, celui de la Francophonie, Bernard Valcourt, ne semble pas plus chaud à l'idée.

«Ce n'est pas dans l'intérêt du pays d'obliger chacun des Canadiens à devenir bilingue. C'est une question de choix», a-t-il fait remarquer en sortant des Communes jeudi.

Le bilinguisme est «préférable», mais pas au point d'en faire une obligation statutaire.

Il indique toutefois ne pas avoir regardé en détail la proposition du NPD et préférer écouter le débat qui aura lieu avant de se prononcer définitivement.

Comme lui, M. Moore maintient qu'il n'est pas certain que cette question doive être réglée par une loi.

«On peut certainement avoir une politique comme gouvernement de respect des langues officielles. Et on l'a», a-t-il ajouté.

Pourtant, l'opposition ne manque pas de faire remarquer que la politique n'est pas efficace, ou est faible, puisqu'un vérificateur général unilingue anglophone a été nommé par le gouvernement conservateur l'automne dernier. Et que des balises législatives pourraient être nécessaires.

Confronté à l'argument, M. Moore a répété: «Nous n'avons pas encore pris de position sur ce projet de loi».

Mais il garde toutefois la porte ouverte.

«On va voir. On va faire nos études, si c'est nécessaire...».

Le plus important est de régler les préoccupations qui existent sur les langues officielles, affirme M. Moore.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Marie-France Kenny, est «triste» que le pays ait besoin d'un projet de loi à ce sujet.

«Mais c'est nécessaire. L'histoire nous l'a démontré», a-t-elle déclaré en référence à la nomination du vérificateur général Michael Ferguson qui ne maîtrise que très peu le français.

«Je crois qu'ils ont peur d'admettre qu'ils se sont trompés quand ils n'ont pas respecté la loi sur les langues officielles au sujet de l'embauche du vérificateur général», a lancé pour sa part le député libéral Stéphane Dion au sujet du refus du gouvernement de déclarer son soutien à l'initiative du NPD.

Questionné à savoir si son refus de soutenir le projet de loi du NPD venait de la crainte de créer un précédent, du fait qu'il ne serait peut-être que le premier d'une longue série, le ministre Moore a laissé tomber: «peut-être.»

Mais selon lui, les débats sur les langues officielles sont extrêmement «calmes» actuellement, tout en demeurant importants.

Pour expliquer la volte-face du ministre Moore, le porte-parole du NPD en matière de langues officielles, Yvon Godin, offre cette explication: il croit que le gouvernement a compris qu'il ne peut continuer à manquer de respect à ce point aux langues officielles.

Devant le caucus conservateur divisé, M. Dion croit d'ailleurs qu'il doit y avoir actuellement de vives discussions sur ce sujet.

En comité parlementaire jeudi, M. Moore a aussi annoncé une vaste consultation des communautés au pays cet été sur la dualité linguistique.

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