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Ben Laden était déçu par les groupes affiliés à Al-Qaïda et voulait tuer Obama

03/05/2012 06:22 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

WASHINGTON - Dans des documents saisis par les militaires américains lors de l'assaut du repaire d'Oussama ben Laden au Pakistan, l'an dernier, le chef terroriste se dit déçu par les groupes affiliés à Al-Qaïda, condamne leurs opérations jihadistes dans les pays musulmans et exige qu'ils concentrent leurs actions meurtrières contre les États-Unis.

Ces révélations, qui surviennent dans la foulée du premier anniversaire de la mort de Ben Laden, sont contenues dans une série de documents rédigés ou signés par l'ancien chef d'Al-Qaïda et de hauts responsables du mouvement terroriste. Les documents ont été rendus publics jeudi par le Centre de lutte contre le terrorisme de l'Académie militaire de West Point, dans l'État de New York.

«Je prévois diffuser un communiqué pour dire que nous lançons une nouvelle phase pour corriger (les erreurs) qui ont été commises», a écrit Oussama ben Laden en 2010.

«De cette façon, nous pourrons reconquérir, si Dieu le veut, la confiance d'un large partie de ceux qui ne font plus confiance aux jihadistes».

Dans une lettre de 45 pages adressée aux hauts responsables d'Al-Qaïda, Ben Laden demande que l'organisation mette sur pied des équipes commando pour tuer le président américain Barack Obama et le général David Petraeus durant leurs visites en Afghanistan et au Pakistan, mais affirme que le vice-président américain, Joe Biden, devrait être épargné parce qu'il «n'est pas du tout préparé à assumer la présidence».

Laisser Joe Biden accéder à la présidence «plongerait les États-Unis dans une crise», explique le chef terroriste.

«La raison pour laquelle nous devons nous concentrer sur eux, c'est qu'Obama est à la tête des infidèles et le tuer pousserait automatiquement Biden à assumer la présidence pour le reste du mandat, comme c'est la norme là-bas», poursuit Ben Laden.

«Quant à Petraeus, il a été l'homme de l'heure dans la dernière année de la guerre (en Afghanistan), et le tuer altérerait le cours de la guerre.»

Le reste de la lettre, qui fait partie des 17 documents rendus publics jeudi, montre que Ben Laden déplorait qu'Al-Qaïda ait perdu le soutien de la majorité du monde musulman parce que de nombreux musulmans sont morts dans les attentats terroristes perpétrées au Moyen-Orient.

L'invasion de l'Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis «a rempli les musulmans de sympathie envers leurs compatriotes moujahidines (ceux qui combattent au nom de l'islam)», écrit encore Ben Laden.

Mais après «l'élargissement de la guerre (contre le terrorisme) et la dispersion des moujahidines dans plusieurs régions, certains de nos frères sont devenus totalement absorbés par le combat contre l'ennemi local, et d'autres erreurs ont été commises».

«Des limites claires doivent être établies afin qu'aucun musulman ne devienne victime (des attentats), sauf quand c'est absolument nécessaire», poursuit l'ancien chef d'Al-Qaïda.

Les États-Unis et leurs citoyens devraient être la cible numéro un, affirme Oussama ben Laden.

«À cette étape de notre guerre contre nos ennemis, les États-Unis posent une plus grande menace à la communauté musulmane que n'importe quel autre ennemi. L'Amérique est la tête des infidèles», écrit-il.

«Si telle est la volonté de Dieu, la tête de l'Amérique peut être coupée. Une fois que la tête aura été enlevée, il sera plus facile de couper les ailes de l'Amérique.»

Dans un rapport qui accompagne les documents, des experts du Centre de lutte contre le terrorisme estiment que «Ben Laden n'était pas, comme plusieurs le pensaient, le chef qui tirait les ficelles pour lancer dans l'action les groupes jihadistes à travers le monde».

«Ben Laden avait peu de contrôle sur les groupes affiliés à Al-Qaïda. Ben Laden était accablé par ce qu'il considérait comme l'incompétence de ses "affiliés"», estiment les analystes.

Oussama Ben Laden n'était pas au courant du projet du groupe Tehrik-e-Taliban Pakistan, une ramification d'Al-Qaïda, de perpétrer un attentat à Times Square, à New York, en mai 2010. Dans une lettre, il se dit déçu que l'auteur de l'attentat raté, Faisal Shahzad, condamné à la prison à vie par la suite, n'ait pas réussi son attaque.

Les documents comprennent aussi une lettre d'Abou Yahya al-Libi, le numéro deux d'Al-Qaïda à l'époque, qui sermonne Tehrik-e-Taliban Pakistan pour ses attaques contre les musulmans.

Il prévient que les chefs d'Al-Qaïda «vont prendre des mesures publiques» si les dirigeants du mouvement n'adoptent pas «des mesures claires, pratiques, immédiates et sérieuses» pour réformer leurs méthodes et se dissocier «de ces erreurs viles qui violent la loi islamique».

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