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"Aucune chance" que Pékin laisse partir Chen Guangcheng, selon Wei Jingsheng

03/05/2012 11:31 EDT | Actualisé 03/07/2012 05:12 EDT

Il n'y a "aucune chance" que le gouvernement chinois autorise Chen Guangcheng à quitter la Chine, car cela créerait un dangereux précédent pour Pékin, a estimé jeudi le "père" de la dissidence chinoise, Wei Jingsheng, depuis son exil aux Etats-Unis.

Lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP, M. Wei, arrivé aux Etats-Unis en 1997 après avoir passé 18 ans dans les geôles chinoises, a jugé que la diplomatie américaine avait agi à la légère en laissant sortir mercredi de son ambassade à Pékin le dissident aveugle qui s'y était réfugié pendant six jours.

"A présent, la situation est beaucoup plus difficile: Chen Guangcheng n'est plus sous la protection du gouvernement des Etats-Unis et il n'y a aucune chance que le gouvernement chinois le laisse partir", a observé Wei Jingsheng.

Les Etats-Unis ont expliqué que Chen Guangcheng, 40 ans, avait accepté de quitter l'ambassade après avoir obtenu des garanties pour sa sécurité de la part du régime chinois. Mais le dissident, qui s'est fait connaître en dénonçant les stérilisations et les expropriations forcées, a ensuite fait savoir à la presse étrangère qu'il craignait que sa sécurité soit menacée et qu'il souhaitait s'expatrier.

Une telle issue est inacceptable pour Pékin, estime M. Wei. "Cela créerait un précédent aux yeux du gouvernement chinois, cela signifierait qu'il accepte que n'importe quel dissident puisse s'exiler après avoir frappé à la porte d'une ambassade et reviendrait à accepter une ingérence américaine dans les affaires chinoises", a-t-il expliqué.

"Je pense que le gouvernement américain a fait une grave erreur en laissant Chen Guangcheng sortir de l'ambassade. Il n'aurait pas dû faire confiance aussi rapidement au gouvernement chinois et aurait dû obtenir des garanties concrètes et par écrit. Ce faisant, il a mis M. Chen en danger", a observé Wei Jingsheng.

Ce dernier s'est dit "très fier" de Chen Guangcheng et de ce qu'il a fait malgré son handicap. "C'est un vrai héros", a-t-il déclaré à propos du défenseur des droits de l'homme qui s'est échappé le 22 avril de son domicile du Shandong (est) où il était de facto assigné à résidence après avoir purgé quatre ans de prison.

M. Wei a observé que l'affaire Chen survenait à un moment "critique" pour la Chine, quelques mois avant le début de la transition politique entre la génération du président Hu Jintao et la suivante, vraisemblablement autour du vice-président Xi Jinping.

La récente purge de Bo Xilai, ancienne étoile montante du Parti communiste au pouvoir, a constitué le plus gros bouleversement à la tête du régime depuis une vingtaine d'années.

"Il y a beaucoup d'opinions différentes au sein du régime", a noté l'opposant en exil. Hu Jintao et son Premier ministre Wen Jiabao "seraient peut-être prêts à laisser partir Chen Guangcheng afin de se débarrasser du problème, mais d'autres dirigeants ne sont pas forcément du même avis".

Wen Jiabao, qui s'est prononcé à plusieurs reprises en faveur de la démocratie, "est déjà accusé d'être un traître" par certains membres de la direction chinoise, selon M. Wei. "S'il accepte les demandes des Etats-Unis et cède sur Chen Guangcheng, ils diront qu'il capitule face aux étrangers".

Wei Jingsheng, 61 ans, est un ancien électricien du zoo de Pékin considéré comme le père de la dissidence chinoise pour avoir réclamé la liberté en 1979 sur une affiche lors du mouvement dit du "Mur de la démocratie". Il a purgé en deux fois 18 années de prison en Chine avant d'être mis dans un avion pour les Etats-Unis en 1997, officiellement pour raisons de santé. Il dirige une fondation pour la démocratie qui porte son nom.

bar/sf

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