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La crise économique qui frappe la Grèce profite à l'extrême droite

02/05/2012 01:16 EDT | Actualisé 02/07/2012 05:12 EDT

ATHÈNES, Grèce - La grave crise financière et économique qui frappe la Grèce profite à l'extrême droite, de nombreux Grecs se sentant abandonnés par les partis traditionnels. Le parti Aube dorée, qui promet de «nettoyer» le pays, est crédité d'environ 5 pour cent des suffrages dans les élections législatives anticipées qui auront lieu dimanche.

Les membres de l'Aube dorée ont redoublé d'efforts pour obtenir de nouveaux suffrages pendant la campagne électorale, se rendant notamment dans les cafés et les magasins pour présenter leur programme. Ils ont distribué des prospectus promettant d'assurer la sécurité dans les quartiers minés par la délinquance et d'expulser les immigrés.

Les frontières de la Grèce, affirment-ils, doivent être bouclées avec des mines terrestres pour empêcher l'arrivée de clandestins dans un pays qui est devenu le point d'entrée pour 90 pour cent des migrants illégaux de l'Union européenne. Les autorités estiment qu'environ un million de migrants vivent dans ce pays de onze millions d'habitants.

L'Aube dorée, un parti populiste, collecte de la nourriture et des vêtements pour les nécessiteux et assure que la classe politique devra rendre des comptes pour la crise. La plupart des Grecs subissent durement les conséquences de très sévères mesures d'austérité prises dans le cadre du plan de sauvetage international du pays, qui vit sa cinquième année de récession.

«L'Aube dorée s'élève contre ce système de pouvoir corrompu. Tous ceux qui sont responsables du gaspillage d'argent public doivent aller en prison. C'est notre priorité», affirme Ilias Kasidiaris, 31 ans, ancien membre des forces spéciales de l'armée grecque.

Autour de lui, les bureaux du parti, dans le centre d'Athènes, bourdonnent d'activité, avec de nombreux visiteurs et une liste d'adhérents qui s'allonge au fil de la journée. Dans le fond d'une salle, on vend des t-shirts et des casquettes portant le logo rouge du parti, qui n'est pas sans évoquer la croix gammée.

Positionné fermement à l'extrême droite depuis sa création il y a 20 ans, l'Aube dorée n'a engrangé que 0,23 pour cent des voix lors des élections de 2009, mais il devrait désormais franchir aisément le seuil des 3 pour cent requis pour entrer au Parlement. De récents sondages d'opinion le créditent d'environ 5 pour cent des intentions de vote.

L'Aube dorée a une face sinistre qu'il cache à peine et on lui a attribué la responsabilité d'attaques violentes contre des immigrés. Les dirigeants du parti affirment ne pas avoir connaissance de tels incidents.

«Nous ne faisons rien, nous protégeons les Grecs», souligne Epaminondas Anyfantis, un candidat de 59 ans à l'allure affable. «Maintenant, si en protégeant les Grecs, un étranger reçoit une claque, un coup de pied ou autre chose, je pense que c'est dans le cadre de la protection des Grecs (...) parce que les Grecs, actuellement, sont arrivés à un point où ils demandent à l'Aube dorée de les protéger.»

Alors que certains quartiers d'Athènes ressemblent à des ghettos, où des consommateurs de drogues dures se font ouvertement des injections et où les agressions et les cambriolages sont monnaie courante, beaucoup de Grecs ne font plus confiance à la police.

Giorgos Vardzis, qui vit dans la petite ville côtière d'Artemida, a pris les numéros de téléphone de membres de l'Aube dorée en cas d'urgence. «Qui d'autre devrais-je appeler, la police? Quand vous demandez l'aide de la police parce que vous vous faites tuer, vous vous faites tuer d'abord, et ensuite la police vient», lance-t-il.

De leur côté, les immigrés sont de plus en plus inquiets. «Nous sommes très préoccupés», a reconnu Javed Aslam, chef de la communauté pakistanaise en Grèce, lors d'une manifestation antiraciste organisée récemment. «C'est très mal. Imaginez un parti politique avec des armes, des couteaux, ils sortent sur les routes, et ce serait de la politique? Ce n'est pas de la politique.»

Le parti de l'Aube dorée est dirigé par Nikolas Mihaloliakos, qui a remporté un siège au conseil municipal d'Athènes en 2010 et qui a choqué les Grecs en faisant un salut fasciste lors de sa première apparition dans cette enceinte. Le parti rejette néanmoins l'étiquette néo-nazie qu'on lui colle souvent.

«Nous sommes des nationalistes grecs. Rien de plus et rien de moins que cela», affirme Ilias Kasidiaris.

Mais ils ne cachent pas leur admiration pour certaines mesures prises par Hitler, affirmant qu'elles ont permis d'éliminer le chômage en Allemagne. Les membres du parti font souvent le salut fasciste lors de défilés et de manifestations, affichent des slogans nationalistes et brûlent des torches.

Et ils profitent du mécontentement à l'égard des partis qui dominent la scène politique grecque depuis des décennies, Nouvelle Démocratie (conservateur) et le PASOK (socialiste). Les autorités, qui s'inquiètent de cette situation, ont durci leur discours et pris de nouvelles mesures contre les clandestins, espérant récupérer des voix allant vers l'extrême droite. Mais beaucoup de Grecs veulent traduire leur rancoeur dans les urnes par un vote de protestation.

«Nos enfants n'ont pas de travail. Ils ont diminué la retraite de mon mari», déplore Evlambia Spantidaki, qui habite dans la ville côtière d'Artemida, près d'Athènes. «À une époque, j'ai voté Nouvelle Démocratie. J'ai changé et j'ai voté pour le PASOK. Mais maintenant, rien, aucun d'eux.» Dimanche, elle votera pour l'Aube dorée.

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