Le dissident chinois Chen Guangcheng, qui a quitté mercredi l'ambassade des Etats-Unis à Pékin, a obtenu que Barack Obama se prononce publiquement en faveur de l'arrangement passé avec la Chine pour sa sortie de l'ambassade, a révélé un de ses amis associé aux négociations.
Jerome Cohen, expert du Council on foreign relations, a indiqué lors d'une téléconférence de presse à Washington qu'il avait été associé de près aux tractations engagées entre M. Chen et la diplomatie américaine pendant les six jours que l'avocat aveugle a passés à l'ambassade des Etats-Unis.
M. Chen a fini par accepter de quitter les lieux sous la promesse de pouvoir étudier librement le droit dans une université chinoise en compagnie de son épouse, a rapporté le sinologue, qui a parlé par téléphone à deux reprises à l'opposant durant ces six jours.
"Nous avons posé pour condition que le président Obama lui-même fasse part de son intérêt en proclamant le soutien des Etats-Unis pour cet arrangement avec la Chine", a indiqué M. Cohen.
"Je suis convaincu qu'Obama, en regard de la campagne électorale, aura rapidement l'occasion de faire une telle déclaration", a ajouté le sinologue.
Après sa sortie de l'ambassade, M. Chen a été conduit dans un hôpital de Pékin où il devait être réuni avec sa famille, dix jours après avoir quitté secrètement son domicile du Shandong (est) où il était placé de facto en résidence surveillée depuis 19 mois, après sa sortie de prison.
Chen Guangcheng s'est fait connaître en dénonçant les excès de la politique de l'enfant unique: stérilisations et avortements forcés.
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, qui se trouve actuellement à Pékin, a déclaré peu après que les Etats-Unis allaient rester "engagés" aux côtés du militant des droits de l'homme "dans les jours, semaines et années à venir" et laissé entendre qu'ils seraient vigilants sur le respect des garanties promises par la Chine pour dénouer la crise.
M. Cohen a précisé que la déclaration attendue du président Obama serait similaire à celle de Mme Clinton.
M. Cohen, expert en droit chinois, a qualifié l'arrangement passé entre les deux pays de "pari", estimant qu'il s'agissait à la fois du "plus audacieux et imaginatif jamais vu" dans l'histoire de leurs relations.
"Nous ne savons pas comment cela va marcher. Mais nous pensons que cela vaut mieux que toutes les autres options possibles et Chen est du même avis", a-t-il assuré, tout en se disant confiant dans le respect des promesses de Pékin.
"Des engagements ont été pris. Je serais surpris que le gouvernement chinois ne les tienne pas", a-t-il dit.
M. Cohen a expliqué qu'il avait passé en revue avec ce dernier les autres possibilités qui s'offraient à M. Chen: s'exiler aux Etats-Unis ou bien rester indéfiniment à l'ambassade, comme l'astrophysicien Fang Lizhi qui était resté sur place plus d'un an après l'écrasement du "Printemps de Pékin" en 1989, avant d'être réduit à l'exil.
Les deux hommes ont convenu que l'exil n'était pas une solution, car les dissidents exilés ne jouent plus de rôle effectif dans la contestation, a observé le sinologue.
M. Cohen, qui s'est présenté comme un "bon ami" de Chen Guangcheng, a précisé qu'il se rendrait prochainement en Chine et espérait à cette occasion rencontrer le militant. "Ce sera un test" de la disposition des autorités chinoises à respecter la liberté du dissident, a observé M. Cohen.
bar/sj
AFPQC | Par AFP Publication: 2/05/2012 13:25 Mis à jour: 2/05/2012 14:38