Pédophilie: le cardinal irlandais Brady a tout caché

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DUBLIN - Le cardinal Sean Brady, primat d'Irlande, a exclu de démissionner mercredi, après la diffusion d'un documentaire de la BBC l'accusant d'avoir aidé à couvrir les actes de pédophilie d'un prêtre qui a agressé des enfants pendant une vingtaine d'années, entre 1970 et 1990.

Le père Smyth, également soupçonné d'avoir commis des agressions sexuelles sur des dizaines d'enfants aux États-Unis, a été condamné à la prison en Irlande du Nord en 1994 pour s'en être pris à cinq filles et à deux garçons. En 1997, il a été extradé vers l'Irlande, où il a écopé de 12 ans de prison pour des actes de pédophilie commis entre 1958 et 1990. Il est mort d'une crise cardiaque en détention un mois plus tard.

L'affaire a brisé le silence qui entourait la pédophilie dans l'Église irlandaise et a éveillé les soupçons sur des centaines de prêtres, religieuses et autres responsables de l'institution.

Le cardinal Brady, âgé de 72 ans, a affirmé que l'on avait exagéré son rôle dans les auditions de deux adolescents victimes de Brendan Smyth. Son évêque aurait dû alerter la hiérarchie en recevant son rapport, s'est-il défendu.

«Je me sens trahi du fait que ceux qui, au sein de l'Église, possédaient l'autorité pour stopper Brendan Smyth, ne l'aient pas fait sur la foi des éléments que je leur ai fournis», a-t-il déclaré, reconnaissant toutefois avoir participé à une «culture inutile (...) du silence dans la société et l'Église qui appartient heureusement à une époque révolue».

Il n'a pas évoqué le fait que personne dans l'institution n'ait prévenu la police ou que, en tant qu'avocat canoniste dans les entretiens avec les deux garçons, il leur ait fait signer des serments de confidentialité les engageant à ne parler à personne de ce qu'ils avaient subi. Il a déjà fait valoir par le passé que ces serments étaient destinés à protéger les droits des enfants, pas la réputation de l'Église catholique.

Interrogé par la radio irlandaise RTE, Mgr Brady a déclaré que l'idée de démissionner lui avait «traversé l'esprit», mais qu'il avait fait ce qu'on attendait de lui «dans la mesure de (ses) moyens».

«Je pense que ce n'était pas mon rôle de suivre» le dossier Brendan après avoir transmis le rapport à l'évêque, a-t-il affirmé.

Le groupe irlandais One in Four, qui soutient les enfants victimes de pédophilie, a appelé à la démission du primat, estimant que «le documentaire suggère que de nombreux enfants auraient pu être protégés du prédateur sexuel si le cardinal Brady n'avait pas été aussi soucieux de protéger l'Église».

Les affaires de pédophilie dissimulée par l'Église catholique ont entraîné la démission de quatre évêques irlandais depuis le milieu des années 1990, mais d'autres responsables religieux ont refusé de démissionner, avec le soutien du Vatican.

La plus récente enquête sur la question, publiée l'an dernier, a révélé qu'en 2008, un évêque du comté de Cork ne signalait toujours pas des prêtres soupçonnés de pédophilie, contrairement aux règles établies par l'église en 1996. L'Irlande a fermé son ambassade au Vatican, officiellement pour des raisons budgétaires.

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