Droits de scolarité: Bachand tire un trait et s'en remet aux électeurs

CP  |  Par Publication: 2/05/2012 11:02 Mis à jour: 2/05/2012 18:25

QUÉBEC - Le gouvernement Charest a tiré un trait mercredi sur les pourparlers avec les étudiants, renvoyant aux électeurs la tâche de trancher «d'ici un an» le débat sur les droits de scolarité.

De son côté, la chef péquiste Pauline Marois a refusé d'appeler les étudiants en grève à respecter les injonctions émises par les tribunaux pour la tenue des cours.

À sa sortie d'une réunion du caucus libéral à Québec, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a fermé la porte à une reprise des pourparlers avec les associations étudiantes à qui il reproche de rester campées sur leur position contre la hausse des droits de scolarité.

«Ils ne bougent pas, ils n'ont jamais bougé, a lancé M. Bachand. Une table de discussions est une illusion quand vous avez quelqu'un qui n'a qu'un mandat, le gel des frais de scolarité.»

À son avis, la «solution globale» soumise par le gouvernement vendredi dernier a répondu à l'une des principales revendications du monde étudiant, soit l'accessibilité aux études supérieures pour le plus grand nombre.

«Les éléments qu'ils veulent discuter sont des éléments du conseil des universités auquel on a dit oui. (...) Les autres éléments d'accessibilité, c'est réglé. Il y a 62 millions $ dont ils veulent priver les étudiants parce qu'ils réclament le gel des frais de scolarité», a allégué le ministre.

Reste donc le dossier des droits de scolarité pour lequel les parties défendent des positions aux antipodes.

Devant l'impossibilité d'en venir à une entente, les Québécois seront appelés à décider de la marche à suivre lors du prochain scrutin «d'ici un an», a déclaré le ministre Bachand.

«Il y a une place pour régler ça, c'est lors d'une élection. Il y a un parti qui veut la gratuité, un autre qui veut les geler, il y en a deux qui pensent qu'il faut qu'on finance les universités», a-t-il dit au sujet des positions défendues par les formations politiques représentées à l'Assemblée nationale.

Pendant la période de questions, le premier ministre Jean Charest a pour sa part voulu ajouter de la pression sur le mouvement étudiant en boycott depuis 12 semaines. Il a demandé à sa vis-à-vis de l'opposition de se joindre à lui pour réclamer la tenue de votes secrets dans les cégeps et les universités sur le retour en classe.

«J'ai vu des reportages où des étudiants _ ça les regarde, c'est leurs affaires internes _ votaient sur l'issue de leur année à main levée. On a tous été élus ici, à l'Assemblée nationale, de manière confidentielle. Est-ce qu'elle n'est pas d'accord que ça devrait se faire de manière secrète?» a-t-il soulevé.

Mme Marois n'a pas répondu à la question mais plus tard, en conférence de presse, elle a continué d'exiger la nomination d'un médiateur, le déclenchement des élections et l'abandon de la hausse décrétée par le gouvernement _ une augmentation de 1778 $ sur sept ans.

La chef du Parti québécois a par la suite louvoyé sur la question du respect des multiples injonctions obtenues par les étudiants qui souhaitent retourner en classe. Un grand nombre de ces ordonnances de la cour sont ignorées sous la pression des grévistes.

Jamais «on ne sera contre l'application de nos lois», a laissé tomber Mme Marois, sans pour autant demander aux piqueteurs de respecter l'ordre de la cour.

Loin d'apaiser le climat social, les injonctions «amplifient les tensions» dans les institutions d'enseignement, a-t-elle fait valoir.

Le tribunal «n'est pas la voie à suivre dans un conflit d'une telle importance et qui met en cause une position inacceptable de la part du gouvernement», a souligné la chef du PQ.

Souvent accusée de maintenir le flou sur ses intentions en regard des droits de scolarité, Mme Marois a précisé qu'une fois élu, son gouvernement proposera d'augmenter les frais annuels au rythme de l'inflation.

Cette proposition serait soumise à la table d'un grand sommet de l'éducation où le tiers des sièges seraient réservés aux étudiants. Le forum permettrait de débattre de toutes les options, y compris la gratuité scolaire, a-t-elle assuré.

En matinée, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s'en est pris à ceux qui bloquent l'accès des classes et qui «briment» le droit à l'éducation des étudiants qui veulent suivre leurs cours.

Parmi ceux qui méritent un blâme figurent «ceux qui portent le carré rouge dans les corridors», a dit M. Fournier, faisant allusion aux députés du Parti québécois.

Entre-temps, le gouvernement Charest a reçu l'appui d'une brochette de personnalités, dont Lucien Bouchard, Monique Jérôme-Forget et Joseph Facal, dans le bras de fer qui l'oppose au mouvement de boycott étudiant.

Dans une lettre publiée dans des quotidiens, les signataires expriment leur soutien à la hausse des droits scolaires et demandent que l'ordre soit rétabli.

Ils estiment que la population doit donner son appui à l'État, ultime responsable de la paix publique, de la sécurité des personnes et de l'intégrité des institutions.

Le groupe avance que les Québécois ont compris qu'il fallait trouver un équilibre entre l'effort fourni par l'ensemble des contribuables et celui demandé aux étudiants.

À leurs yeux, l'ampleur des perturbations que subit la société québécoise actuellement n'a aucune mesure avec la portée de la décision gouvernementale.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |