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Ottawa veut vendre des pièces de sa collection d'art pour économiser

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REINE TABLEAU
Le ministère des Affaires étrangères avait provoqué un scandale au Québec l'été dernier en retirant deux tableaux d'Alfred Pellan accrochés dans le hall de son quartier général à Ottawa pour les remplacer par un portrait de la reine Elizabeth II. | PC

OTTAWA - Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a finalement annulé, lundi, la vente prévue de tableaux de la belle collection du ministère signés par quelques-uns des artistes les plus réputés du pays, dont Jean-Paul Riopelle, Paul-Émile Borduas et Clarence Gagnon.

Mais 21 des 22 tableaux qui devaient être vendus avaient quand même été décrochés déjà des murs des ambassades, consulats et résidences officielles du Canada à l'étranger, et sont actuellement entreposés à Gatineau.

Premier événement du genre dans l'histoire du ministère, cette vente devait participer aux mesures d'austérité exigées par le gouvernement Harper, qui comprennent notamment la fermeture de plusieurs missions diplomatiques à l'étranger.

Certaines de ces toiles ornent depuis les années 1940 les missions diplomatiques canadiennes à l'étranger, et avaient été achetées alors que leurs auteurs n'étaient pas encore les célébrités qu'ils sont ensuite devenus.

Une oeuvre de Jean-Paul Lemieux intitulée «La Fille au chapeau de fourrure» avait été acquise directement auprès du peintre en 1963 pour la somme de 600 $, et est maintenant estimée à 300 000 $ — quoiqu'un autre tableau de Lemieux se soit récemment vendu 2,34 millions $ aux enchères.

Le but du ministère était de vendre les tableaux à des musées et à des institutions publiques en leur faisant bénéficier d'une réduction de 30 pour cent. Le projet était en branle depuis deux ans et faisait partie d'une stratégie visant à réduire les dépenses du ministère des Affaires étrangères. Les détails de la vente ont été consignés dans des documents obtenus par La Presse Canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Une note interne rédigée l'été dernier démontre que le processus de vente était bien entamé.

«Les 22 oeuvres, sauf une, sont entreposées» (à Ottawa), écrivait en août 2011 le responsable de la collection d'oeuvres d'art du ministère. «Le seul tableau manquant sera ramené de Tunisie en septembre.»

Le ministère était extrêmement réticent à discuter de cette vente, en dépit des plans de communication détaillés élaborés en coulisses. «Aucune des 20 pièces n'a été vendue ou donnée», déclarait simplement la semaine dernière le porte-parole des Affaires étrangères Jean-François Lacelle.

Mais lundi, quand La Presse Canadienne a publié les détails de la vente, le porte-parole de M. Baird s'est empressé d'annoncer que toute l'entreprise avait été annulée. «Nous n'avons aucune intention de vendre ces tableaux, a dit Joseph Lavoie. C'était une suggestion que le ministre a choisi de ne pas suivre.»

Une source gouvernementale a ajouté que M. Baird est un amateur d'art et qu'il désirait protéger les investissements des contribuables.

La valeur des 22 tableaux ciblés a été évaluée à 4,0 millions $. Cent quarante autres tableaux avaient été désignés pour une seconde vente. Cette démarche devait rapporter 3 millions $ par année de 2011 à 2014, puis 1 million $ par année ensuite.

Le ministère des Affaires étrangères avait provoqué un scandale au Québec l'été dernier en retirant deux tableaux d'Alfred Pellan accrochés dans le hall de son édifice principal à Ottawa pour les remplacer par un portrait de la reine Élizabeth II. Ces deux toiles devaient aussi être vendues, mais elles ont finalement été retirées de la liste.

Parmi les autres oeuvres retenues figurait une peinture à l'huile de Riopelle achetée en 1959 pour 900 $ qui en vaudrait maintenant 300 000 $. Selon les documents, le tableau sans titre est accroché à Washington depuis son acquisition. La fille de l'artiste, Yseult, qui gère le catalogue de son père, a affirmé à La Presse Canadienne qu'elle n'était même pas au courant de l'existence de ce tableau.

Deux créations du mentor de Riopelle, Paul-Émile Borduas, étaient également dans le lot. L'une d'entre elles, «La Cathédrale enguirlandée», a longtemps été accrochée à l'ambassade canadienne en Tunisie. Un Jean Dallaire, «Nature morte aux poissons», acquise en 1959, figurait aussi sur la liste.

L'historien de l'art bien connu François-Marc Gagnon, de l'université Concordia, a estimé que le tableau de Riopelle pourrait valoir 1 million de dollars et plus s'il était offert aux enchères, puisque son oeuvre est convoité par les collectionneurs de la planète.

«Ils sont vraiment importants, surtout Borduas et Riopelle, parce qu'ils sont apparus au début du mouvement d'art abstrait non figuratif au Canada, a-t-il expliqué. De cette manière, ils sont très importants dans l'histoire de l'art au Canada pour le développement de l'art moderne ici (...) Ils ont fait connaître l'art canadien à travers le monde, autant à Paris qu'à New York. Ce sont des gens qui ont fait une contribution très importante à notre histoire, sans aucun doute.»

L'une des pièces les plus importantes de la liste est un paysage d'hiver réalisé par Clarence Alphonse Gagnon estimé à 500 000 $. La vente devait comprendre aussi des toiles de peintres nés à l'extérieur du Québec, dont Jack Bush, Edwin Holgate, David Milne et William Kurelek.

David Tuck de la galerie torontoise Wynick/Tuck a expliqué que les ambassades ont souvent été le principal moyen pour les artistes canadiens de se faire connaître à l'étranger parce que le Canada ne compte pas autant de musées et de collectionneurs que des pays comme les États-Unis.

«C'est très décevant de voir leur engagement dans ce dossier diminuer, et je pense sincèrement que ce sera contreproductif à long terme», a indiqué M. Tuck. «L'argent tiré des exportations culturelles est une importante source de revenus pour les économies culturelles développées, et c'est un secteur dans lequel le Canada a encore beaucoup à faire, alors je pense qu'il s'agit ici d'un recul.»

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