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L'OIT prévoit 202 millions de chômeurs dans le monde cette année

30/04/2012 11:40 EDT | Actualisé 30/06/2012 05:12 EDT

GENÈVE - Le chômage va augmenter pour toucher au total 202 millions de personnes dans le monde cette année, soit 6,1 pour cent de la population active, selon le rapport annuel de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui met en garde contre le «piège de l'austérité» en train de se refermer en Europe.

L'accent mis uniquement sur l'austérité budgétaire par nombre de pays de la zone euro «accentue la crise de l'emploi et pourrait même conduire à une autre récession en Europe», a averti Raymond Torres, principal auteur du rapport publié lundi. «L'austérité n'a pas produit davantage de croissance», a-t-il observé devant la presse.

L'OIT dresse un sombre tableau de la situation «alarmante» de l'emploi dans le monde, soulignant qu'il n'y a «pas de reprise en vue» dans un avenir proche. Cette année, six millions de personnes supplémentaires devraient être frappées par le chômage, qui touchait 196 millions de personnes dans le monde à la fin de 2011. L'aggravation devrait se poursuivre en 2013, avec une augmentation du chômage des jeunes et du chômage de longue durée.

«Au cours de l'année écoulée, les marchés du travail ont subi les effets du ralentissement de la croissance mondiale», note l'IOT, qui rappelle que depuis la crise financière mondiale de 2008-2009, «environ 50 millions d'emplois font toujours défaut» par rapport à la situation antérieure. L'organisation juge «peu probable que l'économie mondiale croisse à un rythme suffisant ces deux prochaines années pour, simultanément, combler le déficit d'emplois actuel et fournir du travail à plus de 80 millions de personnes qui devraient arriver sur le marché du travail au cours de la même période».

«Les tendances sont particulièrement préoccupantes en Europe, où le taux de chômage a augmenté dans près de deux-tiers des pays depuis 2010, mais la reprise du marché du travail est aussi au point mort dans d'autres économies avancées, comme le Japon ou les États-Unis», prévient l'agence des Nations unies.

Pour l'OIT, «la dégradation de la situation illustre le piège que représente l'austérité pour les économies avancées, et tout d'abord pour l'Europe». «Dans les pays qui ont poussé le plus loin l'approche austérité-plus-dérégulation, principalement ceux d'Europe du Sud, la croissance de l'économie et de l'emploi a continué de se dégrader», constate-t-elle dans le résumé du rapport.

Et «dans de nombreux cas, les mesures adoptées n'ont pas non plus réussi à stabiliser leur position budgétaire», ajoute l'organisation. Ces politiques «sont incapables de stimuler l'investissement privé», explique le rapport, qui juge que «le piège de l'austérité est en train de se refermer».

L'IOT met aussi en garde contre les politiques de dérégulation qui «ne permettront pas de relancer la croissance ni l'emploi à court terme -un horizon pourtant crucial en période de crise».

«En période de récession, une réglementation moins contraignante pourrait conduire à davantage de licenciements sans contribuer pour autant à la création d'emplois», redoute-t-elle. «De même, un affaiblissement de la négociation collective enclencherait sans doute une spirale à la baisse des salaires, retardant d'autant la reprise», dit-elle.

Mais une «approche alternative existe», assure l'OIT, précisant qu'elle «suppose que l'on considère les politiques favorables à l'emploi comme bénéfiques pour l'économie et que l'on refuse de laisser la finance donner le ton de l'élaboration des politiques».

L'OIT prône ainsi un renforcement des «institutions du marché du travail, (...) afin que les salaires augmentent au même rythme que la productivité».

Elle juge aussi «primordial de restaurer les conditions du crédit et de créer un environnement économique plus favorable aux petites entreprises». «C'est urgent, surtout dans les pays de la zone euro, où la politique de la Banque centrale européenne qui consiste à fournir des liquidités aux banques n'a pas réussi à relancer le crédit pour l'économie réelle», assure-t-elle. Elle estime qu'il serait «peut-être aussi opportun de taxer davantage les entreprises qui ne réinvestissent pas leur profits et/ou d'alléger la fiscalité sur les entreprises qui mettent l'accent sur l'investissement et la création d'emplois».

Enfin, l'OIT pense qu'il «est possible de promouvoir l'emploi tout en respectant des objectifs budgétaires», via une modification de la composition des dépenses et des recettes. «Plus fondamentalement, il est grand temps de se tourner vers une stratégie de croissance et d'emploi», insiste l'agence onusienne.

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