Conflit étudiant: l'incertitude règne chez les enseignants du collégial

CP  |  Par Publication: 30/04/2012 14:46 Mis à jour: 2/05/2012 10:25

MONTRÉAL - Le deuxième round de négociations dans le secteur de l'éducation pourrait opposer le gouvernement Charest aux enseignants collégiaux, qui sont nombreux à se demander ce qu'il adviendra d'eux une fois que le bras de fer entre Québec et les étudiants aura pris fin.

Reprise de cours les samedis, prolongement de la durée des séances de cours, diminution du nombre de journées prévu à la session d'hiver: les pistes de solution sont nombreuses. Certaines pourraient s'avérer coûteuses. Et aucune n'est simple.

Il est inutile de les explorer en profondeur à l'heure actuelle, car les scénarios changent «d'heure en heure», a exposé le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne.

Les parties patronale et syndicale n'ont pas officiellement entamé les pourparlers en prévision du retour en classe. La priorité de la Fédération des cégeps demeure la résolution du conflit étudiant qui dure depuis des semaines — en date de lundi, sept établissements collégiaux ont perdu plus de 40 jours de classe, selon Jean Beauchesne.

Chose certaine, un accord devra être conclu; et pour y arriver, il faudra que les deux parties s'entendent sur des modalités qui ne sont pas prévues aux conventions collectives.

«Il faut un accord avec les enseignants, par exemple, pour imputer six ou sept samedis d'ici la fin juin, revoir la semaine d'examens et réaménager des épreuves uniformes du gouvernement, etc. C'est ça la différence entre la mi-avril et maintenant», a expliqué M. Beauchesne.

Les relations sont heureusement cordiales entre la Fédération des cégeps et les deux syndicats qui représentent les enseignants du niveau collégial, assure-t-on de part et d'autre.

Cela n'empêche toutefois pas la partie syndicale de s'inquiéter du sort qui attend ses membres — surtout que ces derniers se sont montrés peu impressionnés face à l'attitude du gouvernement en ce qui concerne la gestion de cette crise, ont indiqué les deux regroupements d'enseignants.

Fera-t-on appel à des volontaires pour enseigner les week-ends, si cette option est retenue? Les heures enseignées la fin de semaine seront-elles calculées comme du temps supplémentaire? Où puisera-t-on les fonds pour débourser les coûts reliés à ces réaménagements?

Quoi qu'il advienne, le Conseil du trésor, qui tient les cordons de la bourse, aura un rôle important à jouer pour ce qui est de la suite des choses, selon Jean Trudelle, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN). Ce syndicat représente la majorité des enseignants actuellement en congé forcé.

«Moi, je me croise les doigts. Je ne peux présumer de rien, parce que ça dépend de l'attitude du Conseil du trésor, qui n'est pas le ministère de l'Éducation... mais qui est aussi le gouvernement libéral», a affirmé M. Trudelle.

«On ne va certainement pas, nous, bloquer les choses, a-t-il poursuivi. On n'est pas là pour ça du tout. Mais si vous me demandez si (un conflit est à redouter), pour moi, tout ça va dépendre du gouvernement.»

De son côté, le président de la Fédération des enseignantes et enseignants des cégeps (FEC-CSQ), Mario Beauchemin, craint notamment que ne se reproduise à plus grande échelle le scénario qui s'est déroulé lors de la grève de 2005 au collège Bois-de-Boulogne.

Cette année-là, rappelle M. Beauchemin, des enseignants avaient dû enseigner la fin de semaine, et ils avaient été rémunérés à même l'«enveloppe E», normalement consacrée au financement du salaire des enseignants. Un grief a été déposé et il est toujours en suspens.

«Si on prend de l'argent dans cette enveloppe-là pour financer les reprises (...) on risque de la mettre en situation déficitaire», a-t-il expliqué. Cela pourrait se traduire par des suppressions d'emploi et un alourdissement de la charge de travail, croit M. Beauchemin.

Reste qu'il serait «assez surprenant qu'il y ait une grève sur la grève», avance Mario Beauchemin.

Jean Beauchesne est du même avis. «Ils (les syndicats) vont tout faire pour nous aider à terminer les sessions avec le moins de dommages possible», dit-il.

Profs en colère

Les enseignants des cégeps en grève sont inquiets, certes, mais ils sont aussi en colère. Furieux de voir la légitimité des votes de leurs étudiants constamment remise en question, furieux de voir les injonctions se multiplier.

C'est toutefois l'impression d'être complètement absents de l'écran radar de la ministre de l'Éducation qui les irrite, a fait valoir Mario Beauchemin.

«Elle (Line Beauchamp) n'essaie même pas de les rassurer, c'est comme si c'était une quantité négligeable. On considère qu'en tant que ministre de l'Éducation, il y a un manque de leadership assez flagrant», a déploré le leader syndical.

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Publié par Geoffrey Dirat  |