La Haye: l'ex-président du Libéria Charles Taylor reconnu coupable de crimes contre l'humanité

AFPQC  |  Publication: 26/04/2012 07:10 Mis à jour: 26/04/2012 11:49

Charles Taylor

LEIDSCHENDAM (Pays-Bas), 26 avr 2012 (AFP) - L'ancien président du Liberia Charles Taylor a été reconnu jeudi "pénalement responsable" de crimes contre l'humanité durant la guerre en Sierra Leone (1991-2001), devenant ainsi le premier ex-chef d'Etat condamné par la justice internationale.

"La chambre conclut que l'accusé est pénalement responsable (...) d'avoir aidé et encouragé la commission des crimes 1 à 11 compris dans l'acte de l'accusation", a déclaré le juge samoan Richard Lussick lors d'une audience publique à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye, devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL).

Vêtu d'un costume bleu foncé, d'une chemise blanche et d'une cravate rouge, l'ex-président, assis derrière son équipe de défense, prenait des notes sur un carnet au moment où un représentant du greffe a ouvert l'audience, présidée par le juge samoan Richard Lussick, à 11H00.

Le jugement devait être retransmis sur plusieurs écrans au siège du TSSL à Freetown, et radiodiffusé en direct sur des lieux où avaient été perpétrés massacres et exactions dont Charles Taylor, 64 ans, est accusé d'être responsable.

Le procès de M. Taylor avait été délocalisé en 2006 à La Haye par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui craignait que la présence de l'ancien président dans la capitale sierra-leonaise ne soit "une menace pour la paix".

L'ancien président du Liberia (1997-2003) est poursuivi pour avoir créé et mis en oeuvre une campagne de terreur visant à obtenir le contrôle de la Sierra Leone, dans le but d'exploiter ses diamants, lors d'une guerre civile ayant fait 120.000 morts entre 1991 et 2001.

Les troupes de M. Taylor avaient combattu aux côtés des rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF), que l'ex-président dirigeait en sous-main en leur fournissant armes et munitions en échange de diamants, selon l'accusation.

Si M. Taylor est reconnu coupable, sa peine sera déterminée lors d'une audience dans les quatre à huit semaines.

Le TSSL a déjà condamné à Freetown huit accusés pour des crimes commis en Sierra Leone à des peines allant de 15 à 52 ans de prison.

Charles Taylor, qui plaide non coupable, doit répondre de onze chefs d'accusation de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, dont meurtre, violences sexuelles et pillage.

A Monrovia, où le jugement sera également retransmis en direct, le gouvernement du Liberia avait appelé mercredi la population au calme et "à prier pour la nation et la paix".

Souvent drogués, les hommes de Charles Taylor ont perpétré mutilations et actes de cannibalisme. De nombreux civils ont été tués à la machette, des femmes réduites en esclavage sexuel et des enfants de moins de quinze ans enrôlés, selon la même source.

Le procès de M. Taylor s'était ouvert le 4 juin 2007 et achevé le 11 mars 2011. Le délibéré aura duré près d'un an, les juges ayant dû lire plus de 50.000 pages de témoignages et examiner 1.520 éléments de preuve.

L'accusation avait présenté 94 témoins et la défense 21, dont Charles Taylor lui-même, qui avait qualifié de "mensonges" le fait qu'il aurait mangé de la chair humaine.

Il avait toutefois affirmé ne voir aucun problème dans le fait que des crânes humains avaient été exposés à des points de contrôles militaires.

Le mannequin britannique Naomi Campbell et l'actrice Mia Farrow étaient venus témoigner en août 2010 à la demande procureur, entraînant un regain d'intérêt du procès sur la scène internationale.

Le procureur souhaitait les entendre au sujet de diamants du RUF que Mme Campbell avait reçus de M. Taylor après un dîner en Afrique du Sud organisé en 1997 par Nelson Mandela.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |