La femme d'un ancien proche de Kadhafi condamnée pour esclavage domestique

AFPQC  |  Par Publication: 25/04/2012 09:48 Mis à jour: 25/04/2012 15:30

L'épouse de l'ex-chef de cabinet de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi a été condamnée mercredi en France à deux ans de prison avec sursis pour avoir employé quatre Tanzaniens "dans des conditions de travail et de vie indignes", dans sa résidence secondaire.

Kafa Kachour Bashir, une Franco-libanaise de 56 ans qui vivait plusieurs mois par an en France, devra s'acquitter en outre d'une amende de 70.000 euros, a indiqué l'avocat des quatre employés à l'AFP, Me Mehdi Benbouzid.

Mme Bashir était poursuivie pour "soumission de personnes vulnérables à des conditions de travail ou d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine", "travail dissimulé" et "aide au séjour irrégulier et emploi d'étrangers démunis de titre de travail", ses employés ne disposant pas de contrat de travail.

Lors de l'audience devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse (est) mi-mars, le procureur de la République avait requis cette peine de deux ans de prison avec sursis et une amende de 50.000 euros.

A la barre, les quatre Tanzaniens, deux soeurs quadragénaires et un couple de trentenaires, embauchés en Libye et qui étaient privés la plupart du temps de leurs passeports, avaient raconté leurs conditions de vie et de travail dans la luxueuse villa de Mme Bashir, située à Prévessin-Moëns.

Ils avaient notamment décrit leurs repas constitués de restes, l'amplitude de leurs horaires, l'absence de congés, le tout pour des salaires quasi-nuls.

Mme Bashir, absente du tribunal, contestait tous ces faits. Son avocat, Me Marcel Ceccaldi, avait appelé à la "prudence" et au "doute" dans cette affaire, se demandant notamment si les quatre employés n'avaient accablé Mme Kachour que pour rester en France et y bénéficier des avantages sociaux.

Sa cliente, pour moitié Libanaise, riche et proche par son mari de l'ancien pouvoir libyen, ne pouvait être qu'"esclavagiste", avait-il raillé, mettant en garde contre "le climat compassionnel" autour des victimes.

Les deux soeurs se sont vu attribuer chacune 20.000 euros au titre du préjudice moral, alors que les deux membres du couple recevront chacun 1.200 euros.

Pour les victimes, la décision du tribunal est "une grande satisfaction", parce qu'elles ont vécu "des vies de servitude", a commenté leur avocat, Me Benbouzid. "Mes clients ressentent un immense soulagement. Ils avaient le sentiment à la fin de l'audience de ne pas avoir été crus. Ils sont soulagés qu'on reconnaisse que ce sont des êtres humains et non des menteurs", a-t-il ajouté.

L'affaire avait éclaté à la suite des déclarations d'un autre employé, originaire du Niger, qui avait réussi à s'échapper, comme le feront plus tard les deux soeurs. Arrêté en 2009 en situation irrégulière, il avait alors raconté aux enquêteurs les conditions de travail à la villa.

Le couple avait été découvert lors d'une perquisition dans la villa en mai 2009.

hg/jlo/nou

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