Sarkozy contre Hollande: deux stratégies pour attirer les électeurs du FN (VIDÉOS)

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PARIS - À peine annoncés les résultats du premier tour de l'élection présidentielle en France, Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont lancés dans une grande séduction pour récupérer le maximum d'électeurs ayant voté pour le Front national de Marine Le Pen.

Depuis deux jours, les 6,4 millions d'électeurs (17,9 pour cent des suffrages exprimés) de Marine Le Pen sont devenus le principal centre d'attention des deux camps qui s'affrontent en vue du second tour de la présidentielle, qui aura lieu le 6 mai.

Les enquêtes d'opinion montrent que le président sortant, Nicolas Sarkozy, devrait bénéficier de la majorité du report des voix du Front national, mais selon les instituts de sondage, la proportion varie de 60 pour cent à moins de 50 pour cent, ce que ses conseillers estiment insuffisant. De 20 à 30 pour cent des électeurs de Marine Le Pen disent qu'ils choisiront François Hollande au second tour, tandis que les autres, soit un peu plus de 20 pour cent, prévoient s'abstenir ou annuler leur vote.

Lors d'un arrêt de campagne mardi à Longjumeau, dans le département de l'Essonne, Nicolas Sarkozy a poursuivi son offensive en affirmant que le vote pour la candidate du Front national «n'est pas un vote contre la République». Il a consacré la majeure partie de son discours à défendre des thèmes destinés à séduire les électeurs du Front national.

«À partir du moment où Marine Le Pen est autorisée à se présenter, et c'est normal, le vote pour elle n'est pas un vote contre la République, puisqu'il s'exprime à l'intérieur de la République», a déclaré M. Sarkozy, arrivé deuxième au premier tour avec 27 pour cent des voix. «Je dénie donc le droit de faire la leçon de morale à ceux qui ont porté leurs suffrages sur une candidate qui avait le droit de se présenter.»

Le président sortant a critiqué «cette gauche qui donne des leçons parce qu'elle n'habite pas dans les quartiers où l'on souffre, parce qu'elle ne met pas ses enfants dans les écoles où personne ne veut mettre ses enfants». La gauche «n'a aucune leçon de morale à donner», a-t-il dit.

Il a rappelé son refus d'une «Europe passoire» et a insisté sur les «racines chrétiennes» de la France. «Ce ne sont pas des idées de droite, encore moins des idées d'extrême droite. Ce sont des idées de bon sens», a-t-il dit.

Le candidat socialiste François Hollande a quant à lui déclaré qu'il comprenait les électeurs qui ont voté pour le Front national, tout en affirmant qu'il n'acceptait pas leur vote.

«Ces électeurs étaient sans doute déçus de la politique de Nicolas Sarkozy», a-t-il déclaré lors d'une entrevue au téléjournal de 20 h de TF1.

«Il y a eu une colère qui s'est exprimée», a analysé M. Hollande. «Je les entends, je les comprends, même si je n'accepte pas que ça se soit traduit par ce vote d'extrême droite.»

Si le président Sarkozy entend répondre aux électeurs Front national par des engagements précis, le candidat socialiste, lui, n'envisage pas de modifier le programme présidentiel qu'il a présenté en janvier.

«Ce que veulent les Français, c'est un président qui tient son cap, pas une virevolte, pas un zigzag», a estimé François Hollande, arrivé en tête du premier tour avec 28,5 pour cent des voix.

«Je ne vais pas flatter, je ne vais pas séduire, je ne vais concéder, je ne vais pas me renier», a affirmé le candidat socialiste.

Dans le camp de Nicolas Sarkozy, on mise sur le thème de l'immigration, dans la continuité de sa campagne pour le premier tour. Un thème censé différencier clairement les deux candidats, selon l'entourage de Nicolas Sarkozy.

Le président candidat, qui ne manque pas une occasion de rappeler qu'il a fait voter la loi interdisant le port du voile intégral en France, a notamment promis de «diviser par deux» le nombre d'étrangers qui entrent légalement en France chaque année, en durcissant les règles sur le regroupement familial et le mariage avec un citoyen français.

Jusque dans la rhétorique, Nicolas Sarkozy joue sur le terrain de Marine Le Pen. «Je veux parler aux petits, aux sans-grade, aux ruraux qui ne veulent pas mourir, aux travailleurs qui ne veulent pas que celui qui ne travaille pas gagne davantage que lui, aux petits retraités», a-t-il martelé lundi à Saint-Cyr-sur-Loire.

De son côté, François Hollande espère surtout convaincre une partie des électeurs frontistes que «c'est la gauche qui les défend», comme il l'explique mardi dans une entrevue parue dans «Libération». Mardi, le candidat socialiste était d'ailleurs en déplacement à Hirson, dans l'Aisne, un département où Marine Le Pen est arrivée en deuxième position avec 26,33 pour cent des voix, devant Nicolas Sarkozy.

«La désespérance est si grande au sein du peuple qu'il éprouve la tentation de se tourner vers l'extrémisme, pour renverser la table et dire leur fait aux puissants», analysait déjà François Hollande dans son livre, «Changer de destin», paru le 23 février.

«Je leur dis: si vous parlez intolérance, discrimination, xénophobie, ne comptez pas sur moi. Mais s'il s'agit de faire entrer au coeur du pouvoir la vigilance à l'égard de ceux qui souffrent devant les duretés du quotidien et l'affaiblissement de la patrie, alors je vous entends et je vous tends la main», écrivait-il.

Très décriées par Nicolas Sarkozy, les propositions de François Hollande sur l'immigration visent à régulariser les immigrants sans papiers selon des critères stables et identiques sur tout le territoire, avec reconduite à la frontière des personnes qui n'auront pas été admises, le tout sans se fixer d'objectifs chiffrés.

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