Un maire, un pasteur, la Première dame du Honduras, le gouvernement du Mexique, les opposants à la loi sur l'immigration clandestine en Arizona se mobilisent tous azimuts, à la veille de son examen devant la Cour suprême, pour dénoncer un texte qu'ils jugent "anti-américain".
"Si la Cour suprême décide de confirmer la loi de l'Arizona, ce serait un moment très sombre dans la jurisprudence américaine", a déclaré à l'AFP Anthony Romero, directeur exécutif de l'Union américaine sur les libertés civiles (Aclu). "Pour la première fois, la police sera autorisée à arrêter quelqu'un en se basant seulement sur la couleur de sa peau".
Derrière l'Aclu, une coalition d'organisations de défense des droits de l'homme et des immigrés a déposé un argumentaire en soutien au gouvernement américain pour réclamer que la loi controversée soit retoquée.
"Ce n'est pas une loi sur l'immigration mais une insulte aux droits de l'homme, qui légitimise le contrôle au faciès", a déclaré Lisa Navarette, du National Council of La Raza, membre de la coalition, lors d'une conférence de presse.
Cette loi est entrée en vigueur en juillet 2010 en Arizona, Etat du sud-ouest frontalier avec le Mexique, qui compte 400.000 immigrés clandestins. Mais elle a été purgée par la justice de ses dispositions controversées, dont des contrôles d'identité aléatoires.
Dans un pays d'immigration, "c'est simplement anti-américain", a fustigé Marielena Hincapié, directrice du National Immigration Law Center, qui, au sein de cette coalition, a déposé la première plainte contre la loi sur l'Arizona, avant de se mobiliser contre des lois similaires votées dans cinq autres Etats.
"Nos législateurs ont compris que nous avons besoin d'une seule loi sur l'immigration, qui soit uniforme et nationale", a-t-elle dit, afin que nous soyons tous "traités avec égalité, quelque soit notre couleur de peau ou notre accent".
"Depuis que la loi SB-070 a été signée, il y a eu un exode massif d'Arizona", a témoigné Luz Santiago, pasteur d'Arizona, "trois lycées ont fermé par manque d'inscriptions, les centres commerciaux sont vides, les appartements sont inhabités, les enfants craignent d'aller à l'école de peur de ne pas trouver leurs parents à leur retour (...) C'est un triste moment pour notre pays".
Le maire républicain d'une petite ville de Géorgie (sud-est), où une loi similaire a été adoptée, a invoqué les "pères fondateurs" des Etats-Unis pour "appeler à se lever pour protéger les familles, les entreprises, la main d'oeuvre". "Nous avons progressé économiquement grâce à la population latino-américaine", a ainsi déclaré Paul Bridges, qui s'est joint à la requête des organisations.
Au total, 23 argumentaires en soutien à l'administration Obama demandent à la Cour suprême de rejeter les points controversés de la loi.
Le Mexique et 17 autres pays estiment que la loi de l'Arizona pourrait mettre en danger leurs relations diplomatiques avec les Etats-Unis.
"Le Mexique ne peut pas poursuivre des négociations efficaces avec les Etats-Unis quand les décisions de politique étrangère du gouvernement fédéral sont sapées par des Etats individuels", selon un de ces argumentaires.
"Il est donc essentiel pour ces gouvernements et pour les Etats-Unis que les intérêts de chaque pays soient exprimés d'une seule voix", ajoute la requête distincte signée notamment par l'Argentine, le Salvador, la Bolivie, le Brésil, le Guatemala, Panama et le Honduras.
La Première dame du Honduras a décidé d'assister à l'audience de mercredi, pendant laquelle les opposants sont appelés à manifester devant la Cour suprême.
Selon un sondage, 56% des Américains jugent que l'immigration doit être gérée au niveau fédéral.
chv/sam
AFPQC | Par AFP Publication: 24/04/2012 17:23 Mis à jour: 25/04/2012 15:25