Élection présidentielle en France: Hollande et Sarkozy s'adressent aux électeurs de l'extrême droite (PHOTOS/VIDÉOS)

AFPQC  |  Publication: 23/04/2012 15:30 Mis à jour: 23/04/2012 16:49

PARIS, 23 avr 2012 (AFP) - Le socialiste François Hollande, en tête au premier tour de la présidentielle en France, et le sortant Nicolas Sarkozy, se sont directement adressés lundi aux électeurs de l'extrême droite qui seront déterminants au second tour, après le score historique de leur candidate.

Pour le second tour le 6 mai, François Hollande part "confiant" avec 28,6% des voix selon les résultats définitifs et Nicolas Sarkozy avec un handicap (27,2% des suffrages) et peu de réserves de voix.

Lundi, les deux hommes ont adopté le même ton pour la dernière ligne droite: récupérer le vote des électeurs de la candidate du Front national, Marine Le Pen, arrivée troisième avec un score de 17,9%.

"Il y a des électeurs qui ont pu aller vers ce vote par colère. C'est ceux-là que je veux entendre", a lancé M. Hollande. "Nous les avons entendus et notre façon de les respecter sera de leur répondre par des engagements précis", a dit M. Sarkozy.

Jugé "préoccupant" par la chancelière allemande Angela Merkel, le score de Marine Le Pen place de fait ses électeurs en position d'arbitre.

Bien placé, le candidat socialiste a maintenu sa stratégie de "rassemblement", après avoir engrangé les soutiens des candidats de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (11,1%) et des Verts Eva Joly (2,31%) qui ont appelé à "battre Sarkozy". Il devrait faire quasiment le plein de ces voix.

Pour le second tour, il est crédité de 53 à 54% des intentions de vote, selon des sondages. Mais François Hollande, parti en campagne en outsider il y a un an avec l'image d'un homme mou et sans expérience, continue de se montrer prudent sur l'issue du scrutin qui, espère-t-il, donnera à la France son premier président de gauche depuis 17 ans.

"Nous sommes confiants mais c'est aux Français de choisir leur destin", a-t-il répété. Pour le candidat socialiste, l'objectif est de faire revenir dans le giron de la gauche le vote des classes populaires déçues, parties dans les années 80 se réfugier dans les bras de l'extrême droite.

A ces ouvriers, retraités, jeunes "qui ne savent plus vers qui se tourner et sont allés vers le vent mauvais du vote extrême (...), je dois leur dire: nous allons nous relever tous ensemble", a-t-il à nouveau lancé lors d'un meeting à Quimper (ouest).

Pour Nicolas Sarkozy, qui a raté son pari de se positionner en tête au premier tour, l'enjeu est vital. Pour l'emporter, le président sortant, plombé par son impopularité et la crise, doit absolument récupérer la grande majorité des électeurs de l'extrême droite dont certains avaient voté pour lui en 2007.

"Je veux m'adresser aux Français qui n'en peuvent plus. Je veux leur dire que je les respecte. Je n'ai pas à donner de leçons de morale (...). Je veux m'adresser à tous ceux dont on méprise la douleur, à tous ceux à qui on ne donne jamais la parole (...). Je veux parler aux petits, aux sans-grade, aux ruraux, aux petits retraités", a-t-il expliqué lundi soir, lors d'un meeting à Tours (centre).

"Les Français nous ont dit: nous ne voulons plus d'une Europe qui ne nous protège pas (...). L'Europe qui ne régule pas ses flux migratoires, qui ne défend pas ses frontières, qui ouvre ses marchés sans contrepartie, c'est fini", a ajouté Nicolas Sarkozy.

Le camp présidentiel pourrait être tenté d'intensifier son discours déjà dur sur l'immigration et la sécurité.

Le ministre du Travail Xavier Bertrand a ainsi estimé lundi que la France "n'a pas envie d'avoir de l'immigration en plus ou le vote des étrangers aux élections locales". Elle veut garder son "mode de vie", a-t-il ajouté.

Marine Le Pen annoncera sa position le 1er mai, mais elle a déjà donné des indications allant dans le sens d'une non-consigne de vote.

"Je considère depuis longtemps Nicolas Sarkozy et François Hollande sur la même ligne sur des sujets qui m'apparaissent absolument essentiels, dont le premier est évidemment la souveraineté de notre pays (...). Je ne crois plus en la sincérité de Nicolas Sarkozy", a-t-elle déclaré lundi soir.

"Les gens sont libres, ils font ce qu'ils veulent, mais est-ce qu'on peut choisir entre un Sarkozy et un Hollande quand on voit dans quel état ils ont laissé le pays ?", avait dit auparavant son directeur de campagne Florian Philippot.

Le score de Marine Le Pen au premier tour est le plus élevé jamais réalisé par sa famille politique dans une présidentielle et les sondages de report de voix ne donnent pas une image très nette de l'attitude de ses électeurs au second tour.

Selon les enquêtes réalisées dimanche soir, au maximum les deux tiers disent qu'ils voteraient Nicolas Sarkozy, alors qu'il aurait besoin "d'un report de 80%", selon le politologue Pascal Perrineau.

Le Front National veut capitaliser sur son succès avec pour objectif les élections législatives des 10 et 17 juin. "Rien ne sera plus jamais comme avant", a prévenu dimanche Marine Le Pen.

Dans une moindre mesure, les deux finalistes courtisaient également les électeurs du centriste François Bayrou (9,13%).

M. Bayrou, qui en 2007 avait refusé de trancher entre la droite et la gauche, va s'adresser aux deux candidats et se déterminer en fonction de leurs réponses.

Mais certains de ses proches, dont l'ancien écologiste Jean-Luc Bennahmias, ont fait savoir lundi qu'ils voteraient Hollande.

Les prochains moments forts de la campagne seront le 1er mai, jour de la fête du travail où M. Sarkozy devrait tenir meeting tandis que les syndicats de gauche défileront comme à l'accoutumée, puis le 2 mai, date probable du débat télévisé entre les deux candidats. D'ici là, les deux hommes doivent s'exprimer séparément à la télévision cette semaine.

LES MANCHETTES DES JOURNAUX FRANÇAIS

Les électeurs du FN arbitreront le 2nd tour

Les électeurs de l'extrême droite se retrouvent arbitres du second tour de l'élection présidentielle en France le 6 mai, après le score historique dimanche de Marine Le Pen (17,9%), qui devrait appeler à ne voter ni pour le président sortant ni pour son adversaire socialiste.

La dirigeante du Front national a obtenu 6,4 millions de voix, près d'un million de plus que le meilleur score jamais atteint par son père Jean-Marie lorsqu'il avait affronté Jacques Chirac au second tour en 2002.

Elle a enregistré des scores particulièrement élevés dans la place forte de l'extrême droite, le Sud-Est, où le discours du Front national (FN) contre l'immigration, l'islam et l'insécurité fait recette depuis 25 ans. Un discours qu'elle a renouvelé pendant la campagne en mettant surtout en avant les valeurs de la laïcité et de la République, afin de "dédiaboliser" son parti.

Elle est aussi souvent arrivée en seconde position derrière François Hollande sur les anciennes terres industrielles du Nord et de l'Est où elle est bien implantée maintenant auprès d'un électorat plus populaire et également sensible à son discours protectionniste et anti-européen.

Enfin elle a fait une percée dimanche dans des zones semi-rurales, comme dans l'est de la région parisienne, où elle dépasse 40% dans des villages à moins de 50 km de la capitale.

Son électorat s'élargit, avec une forte proportion d'ouvriers, d'employés, de jeunes non diplômés, mais aussi de classes moyennes qui ont peur du "déclassement social".

Pour avoir une chance de l'emporter, Nicolas Sarkozy doit donc récupérer la grande majorité de ces électeurs, dont une partie avaient voté pour lui en 2007, séduits par son discours sur le travail et le pouvoir d'achat, mais qui ont été fortement déçus par son quinquennat.

Selon les sondages réalisés dimanche soir, au maximum les deux tiers des électeurs de Marine Le Pen disent qu'ils voteraient Nicolas Sarkozy, alors que le candidat de la droite aurait besoin "d'un report de 80%", analyse le politologue Pascal Perrineau.

Et près de 20% pourraient voter François Hollande qui a dit vouloir "entendre" des "électeurs qui ont pu aller sur ce vote par colère". "Le Front national a été alimenté par la crise, les promesses non tenues, par la faillite morale", a renchéri la dirigeante du Parti socialiste Martine Aubry.

Mais Marine Le Pen a déjà clairement laissé entendre qu'elle n'appellerait à voter ni pour le président sortant ni pour M. Hollande. "Je n'ai rien à vendre, rien à négocier" a-t-elle asséné lundi soir sur la chaîne de télévision France 2.

"Je ne crois plus en la sincérité de Nicolas Sarkozy, c'est toujours des postures, des promesses, les mêmes mots, mais ça se voit maintenant", a-t-elle ajouté.

"Nous sommes désormais la seule véritable opposition à la gauche", avait-elle clamé dimanche soir.

Elle a indiqué qu'elle livrerait son "analyse" de la situation aux militants de son parti le 1er mai à l'occasion du défilé traditionnel du Front National à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc.

Les dirigeants du Front national misent sur une défaite du président pour tenter de faire exploser le parti présidentiel UMP (Union pour un mouvement populaire) aux législatives des 10 et 17 juin et recomposer la droite. "Sarkozy a perdu", lançait dès dimanche soir Jean-Marie Le Pen, père de la candidate et chef historique de l'extrême droite.

Même si le scrutin majoritaire lui est particulièrement défavorable (le parti n'a aucun député actuellement), le Front national espère conquérir des sièges. "Dans 353 circonscriptions nous pourrons nous maintenir" si le score y est le même que dimanche, a fait valoir Mme Le Pen. Dans une circonscription sur cinq elle a même dépassé le score de la droite et peut espérer sortir le FN du ghetto où son rôle protestataire l'a cantonné jusqu'ici.

Marine Le Pen sera candidate à Hénin-Baumont (nord) où elle a recueilli 35% des voix.













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Publié par Geoffrey Dirat  |