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Anders Breivik livre un récit qui donne froid dans le dos

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Anders Behring Breivik a raconté vendredi devant le tribunal d'Oslo en détails et sans aucun signe d'émotion comment il a froidement abattu 69 personnes à bout portant l'été dernier sur l'île d'Utoeya, un carnage qu'il dit n'avoir pu commettre qu'après avoir refoulé tout ressentiment.

"J'ai levé mon arme et je lui ai tiré dans la tête", a raconté Breivik au sujet de sa première victime, un vigile, sur l'île proche d'Oslo.

Jugé pour "actes de terrorisme", il a continué à décrire son équipée meurtrière.

"Certains faisaient le mort, c'est pour cette raison que je tirais des coups de grâce", a-t-il ajouté.

"J'étais presque terrorisé (...) Je n'avais vraiment pas envie de le faire", a-t-il affirmé en racontant son arrivée sur l'île, déguisé en policier et lourdement armé.

Dans les minutes qui ont suivi, il tirait ses premiers coups de feu et abattait le vigile, un policier qui n'était pas en service et le chef du camp d'Utoeya.

En l'entendant, des rescapés et des familles de victimes pleurent, se prennent dans les bras ou quittent le prétoire, à bout de nerfs.

Le plus éprouvant pour eux, dans ce témoignage, n'est pas tant le fond que "la façon dont (Breivik) raconte ce qu'il a fait", a souligné un des avocats des familles, Frode Elgesem.

"Quand on a vécu un tel événement, on a un seuil de tolérance à l'horreur assez élevé", a expliqué un rescapé d'Utoeya, Tore Sinding Bekkedal, 23 ans.

Les familles "sont perturbées (...) mais ce qui est important, c'est que l'atmosphère dans ce palais de justice est restée digne", a insisté Me Elgesem.

Avant de se lancer dans une description insoutenable du massacre d'Utoeya, Breivik a affirmé être quelqu'un de "très sympathique", rejetant toute idée de folie.

Étonnamment impassible depuis le début de son procès lundi, l'extrémiste de droite aujourd'hui âgé de 33 ans a longuement détaillé comment il s'était préparé dès 2006.

"Je suis quelqu'un de très sympathique en temps normal", a assuré Breivik en ajoutant avoir dû refouler ses émotions, notamment en pratiquant la méditation, et couper ses liens sociaux, il y a six ans, en vue de commettre le massacre.

"Il faut déshumaniser l'ennemi (...) Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas réussi" à commettre ce carnage, a-t-il dit.

Le 22 juillet 2011, avant de se rendre sur Utoeya, Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien dans le centre d'Oslo, faisant huit autres victimes, soit un total de 77 en une journée.

Il reconnaît les faits mais refuse de plaider coupable, estimant avoir agi en "légitime défense" pour protéger son pays contre le multiculturalisme.

Vendredi, les avocats de la partie civile l'ont interrogé sur son apathie apparente et la façon détachée et "technique" avec laquelle il explique son geste.

Son ton et ses propos --il qualifie régulièrement les adolescents morts sur Utoeya de "cibles légitimes"-- ont profondément heurté de nombreux proches des victimes.

"C'est assez effrayant d'entendre qu'une vie humaine est un détail pour lui", a commenté à la radio-télévision NRK le psychiatre Paal Groendahl qui n'est pas impliqué dans l'évaluation officielle de Breivik.

Interrogé sur son attitude si distante et froide, Breivik a répondu: "Je m'effondrerais mentalement si j'enlevais les boucliers mentaux que j'ai dressés".

"Je ne peux mesurer la peine que j'ai causée à d'autres", a-t-il dit. Mais "le 22 juillet ne tourne pas autour des familles des victimes ni autour de moi. Cela tourne autour de l'avenir de l'Europe et de la Norvège", a-t-il ajouté sous le regard des experts-psychiatres officiels assis devant lui.

La question de la santé mentale de Breivik est centrale dans ce procès qui doit durer dix semaines.

Déclaré pénalement irresponsable, il risque l'internement psychiatrique à vie. Responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait ensuite être prolongée aussi longtemps qu'il sera considéré comme dangereux.

"Je ne suis pas un cas psychiatrique et je suis pénalement responsable", a assuré Breivik pour qui un diagnostic psychiatrique le déclarant irresponsable reviendrait à invalider son manifeste idéologique de 1.500 pages diffusé le jour des attaques.

"Quand on voit quelque chose de si extrême, on peut penser que c'est de la folie, mais il faut différencier extrémisme politique et folie dans le sens clinique du terme", a-t-il ajouté.

Il a expliqué avoir décidé de mener cette "opération-suicide" --il pensait mourir-- après avoir épuisé "toutes les voies pacifiques" pour promouvoir sa cause nationaliste, une tentative qui s'est heurtée, selon lui, à "la censure" des médias acquis au multiculturalisme.

Il a aussi dit avoir longuement étudié les mouvements révolutionnaires à travers le monde, tels que les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, guérilla marxiste) l'ETA (organisation séparatiste basque) ou encore l'IRA (Armée républicaine irlandaise), mais avoir trouvé le plus d'inspiration auprès d'Al-Qaïda.

"L'avantage avec Al-Qaïda, c'est qu'ils glorifient le martyre", a-t-il dit, ajoutant "C'est la clé du succès pour un combat de résistance".

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