Ottawa ferme deux pénitenciers, l'un au Québec et l'autre en Ontario

Publication: 19/04/2012 11:56 Mis à jour: 20/04/2012 10:57

OTTAWA - Ottawa ferme deux pénitenciers fédéraux, l'un à Laval et l'autre à Kingston en Ontario, pour réaliser des économies.

Les gardiens qui travaillent dans ces prisons disent que le gouvernement a mal fait ses calculs et ne semble pas avoir un plan pour la suite des choses.

L'Établissement Leclerc, à Laval, est parmi les sacrifiés. Il faudra, d'ici deux ans, trouver une autre adresse pour les quelque 400 détenus qui y logent en ce moment. Or, plusieurs de ces détenus sont membres du crime organisé.

«De transférer des gens qui ont un dossier lourd et qui ont une influence importante sur les détenus, ça a un impact», s'est inquiété jeudi le président du Syndicat des agents correctionnels du Canada, Pierre Mallette.

«Faut prendre le temps d'avoir un plan et analyser comme il faut. (...) La population du Leclerc, ça ne veut pas dire que c'est une population qui peut s'adapter à la population de Cowansville. Il y a plein d'impacts reliés à la gestion des populations», a-t-il fait valoir, lors d'un point de presse où il a reproché aux Services correctionnels et au gouvernement de n'avoir aucun plan pour les déménagements de tous ces détenus dans les prochains mois.

Ainsi, même si Ottawa a entrepris la construction de quelques centaines de nouvelles cellules dans des institutions existantes, M. Mallette dit que son employeur n'a pu lui garantir que ces cellules seront prêtes d'ici deux ans, la date prévue pour la fermeture annoncée jeudi.

Au même micro, quelques minutes plus tôt, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, avait brossé un tableau beaucoup plus rose de la situation.

«Déménager ces détenus vers d'autres institutions augmentera la sécurité et assurera une meilleure utilisation de l'argent des contribuables canadiens qui travaillent fort», a dit le ministre.

Il calcule que la fermeture de l'Établissement Leclerc, du Pénitencier de Kingston et du Centre régional de traitement (CRT) qui s'y rattache se traduira par des économies de 120 millions $ par année.

Le CRT a derrière ses portes quelque 130 détenus qui souffrent de troubles psychiatriques. Et parmi les quelque 450 détenus au pénitencier de Kingston se trouve le meurtrier Paul Bernardo. Le ministre Toews assure qu'on trouvera des prisons adéquates pour transférer tous ces gens.

«Non, non, il n'y aura pas d'occupation double parce que (...) déjà, il y a des cellules disponibles», a promis le sénateur conservateur Jean-Guy Dagenais qui accompagnait le ministre pour son annonce.

Là aussi, le syndicat des agents correctionnels doute de la parole du gouvernement.

«C'est clair qu'ils feront davantage d'occupations doubles», a affirmé Jason Godin, président régional de l'Ontario pour le Syndicat des agents correctionnels. Il a souligné que déjà, en Ontario, 10 pour cent des cellules comptent deux locataires.

Avec cette décision de fermer deux pénitenciers, le ministre Toews croit faire mentir ceux qui prévoyaient une augmentation du nombre de prisonniers et de prisons à cause des lois qu'adopte son gouvernement.

La députée néo-démocrate François Boivin a souligné que l'effet des lois du gouvernement conservateur n'a pas encore eu le temps de se faire sentir.

«Ça sent tellement mauvais d'improvisation que c'en est ridicule pour un gouvernement qui se prétend le gouvernement de la loi et de l'ordre», a-t-elle ironisé au cours d'un point de presse.

«Le gouvernement actuel "tough on crime"(...), ça veut dire quoi "tough on crime"? C'est-tu juste un show ou c'est une réalité?», s'est pour sa part indigné M. Mallette.

Comme ses collègues agents des services frontaliers avant lui, le représentant des agents correctionnels s'est dit surpris de voir son service visé par ce gouvernement conservateur, surtout que deux semaines plus tôt, son employeur lui assurait que les services correctionnels seraient épargnés.

«Que le gouvernement décide de nous annoncer ça comme ça aujourd'hui, ça fait mal. (...) On se sent trahis par eux autres», a-t-il lancé.

Ces fermetures font suite aux réductions imposées par le budget fédéral du 29 mars dernier.

Le ministère de la Sécurité publique, responsable des services correctionnels, voit son budget diminuer de 179 millions $ dès cette année. Les économies doivent atteindre les 688 millions $ en 2014-2015.

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  • 15 choses à craindre de C-10

    Les partis d'opposition, les organisations qui travaillent dans le milieu carcéral, le Barreau du Québec tout comme l'Association du Barreau canadiens: plusieurs groupes ont exprimé leur désaccord face au projet de loi C-10, une loi omnibus qui va modifier la justice criminelle en durcissant les peines et en imposant des peines minimales. Voici une synthèse de leurs objections. (CP/Alamy)

  • 15. Des peines plus lourdes pour les jeunes contrevenants

    Les changements à la loi sur les jeunes criminels imposeront des sentences plus sévères contre les jeunes contrevenants coupables de crimes violents ou les jeunes récidivistes. Il sera plus facile de garder ces jeunes en détention avant le procès. C-10 élargit aussi la définition d'un crime violent en ajoutant la notion de «créer créant une probabilité marquée qu'il en résulte des lésions corporelles» plutôt qu'une infraction dans laquelle l'adolescent « cause des lésions corporelles graves ou tente d'en causer ». La nouvelle législation forcera aussi la Couronne à envisager des peines pour adulte pour les contrevenants coupables de crimes violents, et imposera aux juges d'examiner la possibilité de lever l'interdiction d'identifier les jeunes condamnés, et ce, même s'ils sont jugés comme mineurs. (Alamy)

  • 14. Jeunes contrevenants - La divulgation des noms

    La publication des noms des jeunes contrevenants pourrait leur porter préjudice pour le reste de leur vie. Le Québec a d'ailleurs réclamé que les provinces puissent se retirer de cet aspect de la loi. (Flickr)

  • 13. Jeunes contrevenants - Des peines inutilement longues

    De longs séjours passés derrière les barreaux, en mauvaise compagnie, risquent de transformer les jeunes contrevenants en criminels endurcis et de miner leur potentiel de réhabilitation. (Alamy)

  • 12. Jeunes contrevenants - Les minorités ethniques pénalisées à outrance

    Les Canadiens d'origine autochtone ou de couleur noire risquent de pâtir des nouvelles mesures qui faciliteront leur emprisonnement. Ceux-ci sont déjà surreprésentés au sein de la population carcérale. (Alamy)

  • 11. Jeunes contrevenants - Oubliez la réhabilitation

    Les changements apportés à la loi mettront l'accent sur la « protection de la société ». Mais selon les critiques, faciliter l'emprisonnement des adolescents n'aidera en rien à les éloigner d'un mode de vie criminel. Le Québec a tenté sans succès d'obtenir des amendements, afin de poursuivre ses programmes de réhabilitation dont le succès a été démontré au fil du temps. (Alamy)

  • 10. Moins de libérations conditionnelles

    Les modifications au Code criminel vont éliminer la possibilité de libérations conditionnelles et de peines avec sursis (purgées dans la communauté ou à domicile) pour une panoplie de crimes incluant l'agression sexuelle, l'incendie criminel, le trafic de stupéfiants, le meurtre, le kidnapping, ainsi que toute fraude ou vol de plus de 5000 $. Le double crédit pour le temps passé en détention avant le procès sera éliminé lui aussi. (Getty)

  • 9. Moins de libérations conditionnelles - Hausse des coûts d'incarcération

    Les différentes mesures qui seront bientôt adoptées coûteront plusieurs millions de dollars par année. Selon le directeur parlementaire du budget Kevin Page, l'abolition des libérations conditionnelles fera grimper les coûts d'incarcération de 2600 $ à 41 000 $ par contrevenant. (Alamy)

  • 8. Moins de libérations conditionnelles - Engorgement du système judiciaire

    Les accusés choisiront de subir un procès en plus grand nombre. En effet, peu d'entre eux plaideront coupable, sachant que les libérations conditionnelles sont abolies. Le système judiciaire, déjà passablement engorgé, le deviendra encore plus. Dans les cas où les libérations conditionnelles sont encore possibles, le nombre d'audiences est voué à augmenter. Un nombre plus élevé d'incarcérations résultera en un nombre record de personnes éligibles. La Commission des libérations conditionnelles du Canada, la Commission québécoise et les autres organismes provinciaux équivalents devront obtenir des budgets plus élevés. Selon Kevin Page, une demande de libération conditionnelle coûte actuellement 4289 $ par personne. (Alamy)

  • 7. Peines minimales obligatoires

    Les peines minimales obligatoires sont l'aspect le plus décrié des nouvelles mesures imposées par le gouvernement conservateur. Elles seront appliquées en matière d'agression sexuelle, de trafic de drogue, de crimes violents et de violence envers les enfants. Toutefois, les statistiques en provenance des États-Unis démontrent qu'elles ont créé plus de problèmes qu'elles n'en ont réglé. Jumelées avec des peines plus longues et l'abolition des libérations conditionnelles, elles risquent de congestionner les systèmes judiciaire et carcéral d'une manière insoutenable à long terme. (Jupiter Images)

  • 6. Peines minimales obligatoires - Hausse des coûts d'incarcération

    Le coût des poursuites et de l'incarcération est voué à augmenter, ce qui fera diminuer le budget disponible pour les mesures de réhabilitation. (Alamy)

  • 5. Peines minimales obligatoires - Surpopulation des pénitenciers

    Les pénitenciers existants sont déjà remplis à pleine capacité. Les nouvelles mesures entraîneront leur surpeuplement, à moins que de nouveaux établissements soient construits rapidement. (Alamy)

  • 4. Peines minimales obligatoires - Les juges privés de leur pouvoir discrétionnaire

    Les juges ne pourront plus tenir compte du profil de l'accusé et des circonstances du crime. Ils devront imposer des peines identiques, peu importe la situation. Par conséquent, les autochtones ne pourront plus bénéficier de mesures disciplinaires alternatives. (Alamy)

  • 3. Peines minimales obligatoires - Des sanctions démesurées pour les délits mineurs en matière de drogues

    Les petits trafiquants de drogue seront pénalisés durement. Cependant, la loi aura peu d'effet sur les producteurs et les chefs de réseau liés au crime organisé. (Alamy)

  • 2. Peines minimales obligatoires - Des résultats mitigés

    Les prisonniers auront peu de chances d'être réhabilités et risqueront de récidiver davantage. De nombreuses études démontrent que des peines plus sévères n'ont pas l'effet dissuasif escompté et n'entraînent pas une baisse du taux de criminalité. Par conséquent, les changements apportés à la loi n'atteindront pas leurs objectifs. (Alamy)

  • 1. Peines minimales obligatoires - La Charte? Quelle Charte?

    La nouvelle législation en matière de criminalité risque de susciter une vague de contestation judiciaire s'appuyant sur la Charte canadienne des droits et libertés. De manière générale, certains articles menacent la liberté et la sécurité de la personne. D'autres menacent plus particulièrement « la protection contre tous traitements ou peines cruels et inusités », ainsi que « le droit à la même protection de la loi, indépendamment de toute discrimination ». (Alamy)

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |