Ottawa ferme deux pénitenciers, l'un au Québec et l'autre en Ontario

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OTTAWA - Ottawa ferme deux pénitenciers fédéraux, l'un à Laval et l'autre à Kingston en Ontario, pour réaliser des économies.

Les gardiens qui travaillent dans ces prisons disent que le gouvernement a mal fait ses calculs et ne semble pas avoir un plan pour la suite des choses.

L'Établissement Leclerc, à Laval, est parmi les sacrifiés. Il faudra, d'ici deux ans, trouver une autre adresse pour les quelque 400 détenus qui y logent en ce moment. Or, plusieurs de ces détenus sont membres du crime organisé.

«De transférer des gens qui ont un dossier lourd et qui ont une influence importante sur les détenus, ça a un impact», s'est inquiété jeudi le président du Syndicat des agents correctionnels du Canada, Pierre Mallette.

«Faut prendre le temps d'avoir un plan et analyser comme il faut. (...) La population du Leclerc, ça ne veut pas dire que c'est une population qui peut s'adapter à la population de Cowansville. Il y a plein d'impacts reliés à la gestion des populations», a-t-il fait valoir, lors d'un point de presse où il a reproché aux Services correctionnels et au gouvernement de n'avoir aucun plan pour les déménagements de tous ces détenus dans les prochains mois.

Ainsi, même si Ottawa a entrepris la construction de quelques centaines de nouvelles cellules dans des institutions existantes, M. Mallette dit que son employeur n'a pu lui garantir que ces cellules seront prêtes d'ici deux ans, la date prévue pour la fermeture annoncée jeudi.

Au même micro, quelques minutes plus tôt, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, avait brossé un tableau beaucoup plus rose de la situation.

«Déménager ces détenus vers d'autres institutions augmentera la sécurité et assurera une meilleure utilisation de l'argent des contribuables canadiens qui travaillent fort», a dit le ministre.

Il calcule que la fermeture de l'Établissement Leclerc, du Pénitencier de Kingston et du Centre régional de traitement (CRT) qui s'y rattache se traduira par des économies de 120 millions $ par année.

Le CRT a derrière ses portes quelque 130 détenus qui souffrent de troubles psychiatriques. Et parmi les quelque 450 détenus au pénitencier de Kingston se trouve le meurtrier Paul Bernardo. Le ministre Toews assure qu'on trouvera des prisons adéquates pour transférer tous ces gens.

«Non, non, il n'y aura pas d'occupation double parce que (...) déjà, il y a des cellules disponibles», a promis le sénateur conservateur Jean-Guy Dagenais qui accompagnait le ministre pour son annonce.

Là aussi, le syndicat des agents correctionnels doute de la parole du gouvernement.

«C'est clair qu'ils feront davantage d'occupations doubles», a affirmé Jason Godin, président régional de l'Ontario pour le Syndicat des agents correctionnels. Il a souligné que déjà, en Ontario, 10 pour cent des cellules comptent deux locataires.

Avec cette décision de fermer deux pénitenciers, le ministre Toews croit faire mentir ceux qui prévoyaient une augmentation du nombre de prisonniers et de prisons à cause des lois qu'adopte son gouvernement.

La députée néo-démocrate François Boivin a souligné que l'effet des lois du gouvernement conservateur n'a pas encore eu le temps de se faire sentir.

«Ça sent tellement mauvais d'improvisation que c'en est ridicule pour un gouvernement qui se prétend le gouvernement de la loi et de l'ordre», a-t-elle ironisé au cours d'un point de presse.

«Le gouvernement actuel "tough on crime"(...), ça veut dire quoi "tough on crime"? C'est-tu juste un show ou c'est une réalité?», s'est pour sa part indigné M. Mallette.

Comme ses collègues agents des services frontaliers avant lui, le représentant des agents correctionnels s'est dit surpris de voir son service visé par ce gouvernement conservateur, surtout que deux semaines plus tôt, son employeur lui assurait que les services correctionnels seraient épargnés.

«Que le gouvernement décide de nous annoncer ça comme ça aujourd'hui, ça fait mal. (...) On se sent trahis par eux autres», a-t-il lancé.

Ces fermetures font suite aux réductions imposées par le budget fédéral du 29 mars dernier.

Le ministère de la Sécurité publique, responsable des services correctionnels, voit son budget diminuer de 179 millions $ dès cette année. Les économies doivent atteindre les 688 millions $ en 2014-2015.

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