Polémique aux USA sur l'arrestation et le menottage d'écoliers turbulents

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Les enseignants américains font de plus en plus souvent appel à la police pour ramener l'ordre dans leurs classes. (Photo Archives)
Les enseignants américains font de plus en plus souvent appel à la police pour ramener l'ordre dans leurs classes. (Photo Archives)

MILLEDGEVILLE, États-Unis - Les enseignants américains font de plus en plus souvent appel à la police pour ramener l'ordre dans les classes. Ce phénomène suscite un vaste débat national, régulièrement alimenté par de nouveaux abus, comme l'arrestation récente d'une fillette de six ans, menottée et emmenée au poste pour un accès de colère.

Autre cas signalé récemment au Nouveau-Mexique: un enseignant a demandé à une élève de 13 ans d'arrêter de bavarder avec un camarade et de changer de place. Elle a refusé et l'enseignant a appelé la police.

Les enfants sont arrêtés parce qu'on leur reproche d'avoir un comportement d'enfant, note Shannon Kennedy, une avocate spécialiste des droits civiques, qui a engagé un recours collectif contre la police d'Albuquerque en raison de l'arrestation de centaines d'enfants pour des infractions mineures au cours de ces dernières années, notamment la possession de téléphones portables en classe, la destruction d'un livre d'histoire et le gonflement d'un préservatif pendant un cours.

D'après des défenseurs des droits civiques et des experts juridiques, des enseignants et des directeurs scolaires appellent trop souvent la police pour des faits mineurs. Mais d'autres enseignants disent que la présence policière croissante, qui répond aux politiques de tolérance zéro des années 1990 et aux tragédies comme celle du massacre de Columbine, est nécessaire pour garantir la sécurité des professeurs et des élèves.

Du harcèlement sexuel aux enfants qui lancent des objets en classe, «il y a davantage de manque de respect (...), de désintérêt de la part des enfants qui s'en fichent complètement», souligne Ellen Bernstein, présidente du syndicat des enseignants d'Albuquerque.

Des experts insistent sur plusieurs facteurs qui entraînent ces arrestations: certains policiers interviennent sans y être spécifiquement formés; les responsables d'établissements ne savent plus quoi faire pour obtenir l'attention de parents indifférents; et les enseignants, accablés, n'ont pas conscience que le fait d'appeler la police pour désamorcer une situation peut entraîner des conséquences judiciaires graves.

«Je me suis inquiété du fait que pendant un bon moment, les écoles se sont un peu trop appuyées sur les policiers pour régler des problèmes de discipline», souligne Darrel Stephens, un ancien chef de la police de Charlotte, en Caroline du Nord.

Il existe peu de données nationales pour soutenir ces affirmations. Aucun chiffre n'est collecté aux États-Unis concernant la fréquence des sollicitations de la police par les établissements scolaires. Pour les élèves, les conséquences d'une arrestation peuvent être très variables. Certains sont inculpés. D'autres sont libérés sans qu'aucune accusation ne soit portée contre eux.

À Milledgeville, en Géorgie, la petite Salecia Johnson, âgée de 6 ans, a été accusée d'avoir lancé des livres et des jouets dans sa classe lors d'un accès de colère vendredi dernier. D'après la police, elle a aussi fait tomber une petite étagère sur la jambe du directeur et a tenté de casser un cadre de verre.

La police n'a pas expliqué l'origine de la colère de la fillette. Une responsable de l'établissement, Geneva Braziel, a qualifié le comportement de l'élève de «violent et perturbateur», affirmant que l'intervention de la police avait été nécessaire pour garantir la sécurité de l'enfant, de ses camarades et du personnel de l'école.

Salecia a été menottée et conduite au poste de police. Elle ne sera toutefois pas inculpée, ont assuré les autorités. Mais la fillette a été suspendue de l'école jusqu'en août.

Sa tante, Candace Ruff, a affirmé mardi que la fillette s'était plainte des menottes. «Elle a dit qu'elles lui avaient vraiment fait mal aux poignets», a-t-elle souligné.

Selon une source policière, la politique de la police est de menotter tout le monde pour des questions de sécurité, quel que soit l'âge de la personne.

«Nous n'aimerions pas que cela arrive à un autre enfant, parce que c'est horrible», a déclaré la tante de Salecia.

À Albuquerque, au Nouveau Mexique, plus de 900 élèves ont eu affaire à la justice pendant l'année scolaire 2009-2010 et de ce nombre, plus de 500 ont été menottés et arrêtés, selon les autorités. Les interpellations auraient toutefois baissé de 53 pour cent depuis qu'un recours collectif a été intenté en 2010, ce qui a amené les autorités judiciaires à demander plus de prudence... avant de procéder à des arrestations.

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