Construction: Tony Accurso arrêté, le maire de Mascouche le sera sous peu

Publication: 17/04/2012 08:00 Mis à jour: 17/04/2012 16:36

(Radio-Canada) L'Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté 14 personnes mardi lors du démantèlement d'un réseau de partage de contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal. L'entrepreneur Tony Accurso, le maire Richard Marcotte et l'entrepreneur Normand Trudel figurent parmi les prévenus.

Plus de 120 policiers ont procédé à ces arrestations ainsi qu'à huit perquisitions menées notamment à l'hôtel de ville de Mascouche, à la résidence du maire Richard Marcotte et dans les locaux de la firme Transport et Excavation Mascouche (TEM), propriété de l'homme d'affaires Normand Trudel.

L'homme d'affaires Tony Accurso, mêlé à différents scandales relatifs à l'industrie de la construction, a quant à lui été arrêté à sa résidence de Deux-Montagnes.

Selon la Sûreté du Québec, le maire Richard Marcotte n'a pas été encore arrêté dans cette affaire. Actuellement en vacances à Cuba, il sera interpellé dès son retour au pays.

Les 14 personnes visées par des mandats d'arrestation devront répondre à 47 chefs d'accusation, dont fraude, fraude envers le gouvernement, abus de confiance, trafic d'influence, actes de corruption, complot et utilisation de documents contrefaits.

Des accusations ont aussi été portées contre les entreprises BPR Triax Inc. Ainsi que Transport et Excavation Mascouche.

Le dépôt de cette série d'accusations a été rendu possible à la suite d'une enquête amorcée en octobre 2010, a expliqué mardi l'inspecteur Denis Morin du Service des enquêtes sur la corruption de la Sûreté du Québec.

Les personnes arrêtées:

Antonio Accurso, Normand Trudel, Luc Tremblay, André De Maisonneuve, Rosaire Fontaine, Jacques Audette, Gaétan Bianca Mano, Claude Duchesne, Serge Duplessis, Pierre Lamarche, Jean Leroux, Pierre Raymond et Louis-George Boudreault. Le maire Richard Marcotte sera arrêté à son retour de vacances.

Pour ce qui est de Tony Accurso, il est détenu au quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal où il a été interrogé mardi en début de journée.

Tony Accurso pourrait être lié de différentes façons aux évènements survenus à Mascouche depuis quelques mois. On sait notamment qu'il aurait déjà accueilli le maire Marcotte sur son yacht et qu'il finance l'entreprise Transport et Excavation Mascouche.

Rappelons qu'en décembre 2010, deux de ses entreprises, Constuctions Louisbourg et Simard-Beaudry, se sont reconnues coupables d'une fraude fiscale de 4 millions de dollars à l'endroit du gouvernement fédéral.

Tony Accurso, ainsi que les autres personnes arrêtées lors de l'opération, devrait être libéré rapidement en attendant sa comparution devant un tribunal.

Pas de surprise dans les rangs de l'opposition mascouchoise

Stéphane Handfield, chef de Vision démocratique Mascouche, et opposant au maire Marcotte, a indiqué que l'opération menée mardi ne surprend personne, car des rumeurs persistantes évoquaient cette possibilité depuis plusieurs semaines.

« On est pas surpris, mais on ne se réjouit pas de la situation, il n'y a rien de réjouissant à voir des centaines de policiers sur le terrain. » — Stéphane Handfield

Lui qui a déjà demandé la démission du maire Marcotte indique avec prudence qu'il faut attendre de voir si des mises en accusation auront lieu dans le dossier. Mais selon lui, le maire a déjà perdu la crédibilité nécessaire pour siéger au conseil municipal.

Par ailleurs, en entrevue au Réseau de l'information, la conseillère municipale Lise Gagnon a dit être incertaine de ce qui se produira après l'arrestation du maire Marcotte.

Elle se demande notamment s'il pourrait être destitué sans avoir été condamné. Elle souligne cependant que la municipalité a un maire adjoint et une direction générale qui peuvent assurer la gestion des affaires courantes.

Série de révélations troublantes

En novembre 2010, le maire Marcotte avait fait l'objet d'allégations de conflits d'intérêts, après que l'émission Enquête eut révélé qu'il avait obtenu des avantages personnels auprès de l'entrepreneur Normand Trudel.

Transport et Excavation Mascouche, qui a obtenu des contrats municipaux d'une valeur de près de 40 millions de dollars en 2008 et 2009, aurait réalisé gratuitement des travaux de plusieurs milliers de dollars à la résidence personnelle du maire Marcotte, et aurait posé pour lui des pancartes électorales lors de sa campagne.

Un autre entrepreneur, Jean-Guy Ouellet, avait affirmé que le maire Marcotte « lui avait laissé sous-entendre que, pour travailler à Mascouche, on devrait participer au financement du parti politique », et lui avait même demandé de lui fournir « une maison gratuitement ».

Quelques semaines plus tard, une enquête du journal La Presse avait révélé que Transport & Excavation Mascouche avait reçu plus de 400 000 $ pour déneiger les 617 bornes d'incendie de la ville, ce qui revient à 650 $ l'unité. Ailleurs au Québec, ces déneigements s'effectuent selon un tarif variant entre 45 $ et 85 $ de l'heure.

Le maire Marcotte siège comme indépendant depuis qu'il a été expulsé des rangs de son parti, quelques jours après les premiers reportages d'Enquête. Une coalition de citoyens a aussi écrit au ministre des Affaires municipales pour exiger qu'il soit destitué, mais en vain.

Le maire Marcotte a toujours nié avoir mal agi et est demeuré en place, malgré une grogne populaire qui est demeurée palpable lors des séances publiques du conseil municipal de Mascouche.

LES REPORTAGES DE L'ÉMISSION ENQUÊTE


LA LONGUE MARCHE VERS UNE ENQUÊTE SUR LA CONSTRUCTION
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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |