Unité à six, maintien de l'Iran dans la discussion, double défi pour l'Occident

AFPQC  |  Par Publication: 16/04/2012 06:00 Mis à jour: 16/04/2012 09:09

Les Occidentaux du groupe des six puissances chargées du nucléaire iranien font face à un double défi après la réunion "glaciale mais sans hostilité" d'Istanbul: préserver leur unité et garder à bord des Iraniens parfois surprenants.

Samedi, "la délégation iranienne est arrivée par une porte, nous par une autre. Ils avaient un calicot dont on s'est demandé ce qu'ils allaient en faire. Ils l'ont déployé derrière eux, il était inscrit dessus +nuclear weapons for none, nuclear energy for all+ (armes nucléaires pour personne, énergie nucléaire pour tous)", raconte un participant.

Dans la salle, des hauts fonctionnaires américains, russes, chinois, français, anglais et allemands font face aux Iraniens. A la différence de la dernière rencontre début 2011, Téhéran n'a pas utilisé deux outils qui avaient bloqué la discussion, une demande de levée préalable des sanctions et l'affirmation du droit iranien à l'enrichissement d'uranium.

Qualifiée de "positive" ou de "pas négative", c'est selon, la rencontre s'est achevée sur un nouveau rendez-vous le 23 mai à Bagdad pour "entrer dans le vif" de négociations sur le programme nucléaire iranien, à visée militaire pour les six, à objectif civil pour Téhéran.

D'ici là, selon des diplomates occidentaux, les six vont devoir travailler à définir des positions communes en fonction des approches iraniennes, tout en se montrant souples - sans transiger sur le fond - pour garder l'Iran dans le processus qui s'ouvre.

Des réunions d'experts à six et avec la partie iranienne doivent définir d'ici fin mai l'ordre du jour des futures discussions.

"On ne va pas à Bagdad pour parler de discussions futures, pour leur faire gagner du temps. On y va pour négocier. Ils vont nous dire +qu'est-ce que vous nous donnez ?+ et on leur posera la même question", prédit un diplomate occidental.

Du côté des Six, de nouvelles sanctions peuvent être gelées, des mesures existantes allégées. Du côté iranien, une autorisation d'une visite d'inspecteurs de l'AIEA ne suffira pas, ajoute-t-il.

Sur le double défi auquel est confronté l'Occident, le déroulement de la rencontre de samedi est instructif alors que continue de planer la menace d'une attaque israélienne de sites nucléaires iraniens.

A Istanbul, deux bilatérales, Russie-Iran et Chine-Iran, ont ouvert le bal, indique une source proche du dossier. Une demande similaire des Etats-Unis a été rejetée par Téhéran. Parmi les Six, la règle de conduite est "la transparence" et à l'issue de chaque bilatérale, un compte-rendu est fait aux autres. Jusqu'à présent, "ça fonctionne", assure un diplomate.

La réunion plénière a suivi. "L'ambiance était glaciale et professionnelle mais sans hostilité particulière", décrit un diplomate occidental. "On ne se dit même pas bonjour. Ils s'asseoient, nous aussi, quelques sourires..."

Les six se sont répartis les rôles. La Russie a débuté en rappelant les exigences de l'ONU, la France a enchaîné et ainsi de suite.

A la différence de début 2011, le représentant iranien n'a pas demandé à prier pour les ingénieurs nucléaires iraniens abattus par de supposés espions étrangers, ni voulu décrire la situation économique dans son pays frappé de sanctions, selon la même source.

Il a évoqué des "occasions manquées" avec la communauté internationale, le besoin des enfants cancéreux de son pays d'être soignés par des isotopes faisant appel à la technologie nucléaire. Il semblait s'adresser beaucoup à sa délégation qui prenait des notes, précise le diplomate.

Si un "canal" a été ouvert samedi, tout reste à faire avant un résultat. Dimanche, le président américain Barack Obama a affirmé qu'"aucune concession" n'avait été faite à l'Iran et lundi le chef de la diplomatie iranienne Ali Akbar Salehi a laissé entendre que l'Iran pourrait ne discuter que du niveau d'enrichissement de son uranium alors que l'ONU réclame son arrêt.

prh/hr/aub

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