Anders Behring Breivik, du gamin ordinaire au tueur sanguinaire

AFPQC  |  Par Publication: 16/04/2012 01:31 Mis à jour: 16/04/2012 07:58

Sous ses airs d'homme courtois et somme toute banal, Anders Behring Breivik, dont le procès s'est ouvert lundi à Oslo, est devenu un des tueurs les plus sanguinaires de l'Histoire par haine de l'islam et du multiculturalisme.

Grand blond soucieux de son allure, l'extrémiste de droite a reconnu avoir tué 77 personnes le 22 juillet 2011 en ouvrant le feu contre un rassemblement de jeunes travaillistes après avoir fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien.

Ce carnage se voulait "une attaque préventive contre des traîtres à la patrie", a-t-il expliqué lors d'une comparution début février.

Une patrie opulente et tranquille qui l'a vu naître le 13 février 1979 puis grandir sans qu'à aucun moment son entourage détecte le drame qui allait se jouer.

De son propre aveu, Breivik connaît une enfance ordinaire, avec un père diplomate et une mère infirmière qui se séparent peu de temps après sa naissance.

"J'ai eu une éducation privilégiée avec des personnes responsables et intelligentes autour de moi", écrira le tueur dans la partie autobiographique du manifeste qu'il diffuse le jour du massacre.

(La suite ci-dessous)

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  • Ouverture du procès de Breivik

    (AFP PHOTO / POOL / Hakon Mosvold Larsen)

  • Ouverture du procès de Breivik

    (ODD ANDERSEN / AFP)

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    (ODD ANDERSEN / AFP)

  • Ouverture du procès de Breivik

    À l'extérieur du tribunal, une rose a été placée sur la clôture en souvenir des victimes des tueries. (ODD ANDERSEN / AFP)

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    (AFP PHOTO / POOL / Heiko Junge)

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    Anders Breivik a pleuré lors de la diffusion de sa vidéo préparée avant ses attaques. (AFP PHOTO / POOL / Heiko Junge)

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    (AFP PHOTO / POOL / Heiko Junge)

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    (AFP PHOTO / POOL / Heiko Junge)

Il grandit avec sa mère et sa demi-soeur dans un foyer de la classe moyenne qui, dit-il, n'a jamais connu de problème d'argent, son seul grief étant d'avoir eu "beaucoup trop de liberté".

Dès son plus jeune âge, les services sociaux sont cependant avertis d'une possible carence de soins.

"Anders est un enfant passif qui fuit un peu le contact, un peu anxieux (...) au sourire feint et désarmant", écrit un psychologue, alors que le garçonnet n'a que quatre ans. "Idéalement, il devrait être placé dans une famille d'accueil stable", ajoute-t-il dans ce rapport éventé par les médias norvégiens.

Le message n'est pas suivi d'effets et le père, de son côté, échoue en justice à obtenir la garde de son fils.

Passé cet épisode, l'enfance d'Anders Behring Breivik semble suivre un chemin linéaire et sans problème particulier.

"C'était un garçon ordinaire, mais renfermé. Il ne s'intéressait pas à la politique à cette époque", confiera son père aux médias norvégiens.

Le diplomate suspend toutefois tout contact avec son adolescent de fils quand celui-ci, en pleine période hip hop, est pris à dessiner des graffitis.

Ses anciens camarades décrivent Anders Behring Breivik comme quelqu'un de discret, peinant parfois à trouver sa place, pas exactement le leader naturel qu'il prétend être à l'envi.

Il quitte le lycée à 18 ans, sans terminer sa scolarité, supposément pour embrasser une carrière politique: il vient alors d'adhérer au mouvement jeunes du parti du Progrès (FrP), formation de la droite populiste anti-immigration où il endosse des responsabilités locales. Puis il rejoindra le FrP.

Il s'en éloigne une dizaine d'années plus tard, jugeant le parti trop ouvert aux "attentes multiculturelles" et aux "idéaux suicidaires de l'humanisme".

Si ses critiques de l'islam, du multiculturalisme et du marxisme sont omniprésentes sur l'internet, une arène où il est très actif, Breivik s'estime "plutôt tolérant" et "relax" dans son autoportrait.

"Parce que j'ai toujours été exposé à des décennies d'endoctrinement multiculturel, je ressens le besoin de souligner qu'en fait je ne suis pas raciste et que je ne l'ai jamais été", écrit-il, précisant avoir eu "des dizaines d'amis non-Norvégiens dans (ses) jeunes années".

Sur son profil Facebook, Breivik se dit "conservateur", "chrétien" et fan de jeux vidéo tels que "World of Warcraft" et "Modern Warfare 2" qui, affirmera-t-il plus tard, l'ont aidé à s'entraîner à la tuerie.

Le 22 juillet sur l'île d'Utoeya, il abat froidement 69 personnes, essentiellement des adolescents, ce qui en fait à ce jour l'auteur de la fusillade la plus sanglante commise par un seul homme.

Juste avant, il tue huit autres personnes en faisant exploser une camionnette piégée dans le quartier des ministères à Oslo.

Des actes "atroces mais nécessaires", selon lui, et qu'il semble avoir perpétrés seul après les avoir mûris très longuement.

Si l'on en croit son manifeste, Anders Behring Breivik se lance en 2002 dans sa croisade idéologique au sein des "Chevaliers Templiers" --une organisation dont la police ne parviendra jamais à prouver l'existence-- et décide de passer à l'acte dès l'automne 2009.

Cet homme, à la courtoisie déconcertante, s'active dès lors à préparer dans les moindres détails les attaques les plus sanglantes commises sur le sol norvégien depuis la seconde guerre mondiale, en s'attachant à ne pas éveiller les soupçons.

L'exemple-type du "loup solitaire" qui vit reclus dans l'appartement de sa mère avant d'emménager dans une ferme de location pour pouvoir acquérir en toute discrétion les engrais nécessaires à la confection de sa bombe.

"Pour moi, il avait l'air de monsieur-tout-le-monde. Le gars passe partout", témoignera un voisin de sa mère auprès de l'AFP au lendemain du carnage. "Le Norvégien bien propre sur lui que personne ne peut suspecter".

Une telle préméditation, une telle minutie et une telle aptitude à passer entre les mailles du filet sont-elles compatibles avec une psychose qui rendrait le tueur pénalement irresponsable comme l'ont conclu deux experts-psychiatres mandatés par la justice?

De nombreuses voix estiment que non, tout comme une seconde expertise psychiatrique ordonnée par la justice et selon laquelle Breivik était sain d'esprit lorsqu'il a commis son massacre. Ce sera in fine aux juges du tribunal d'Oslo qu'il reviendra de trancher.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |