La ville de Homs pilonnée avant l'arrivée des observateurs en Syrie (VIDÉO)

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DAMAS, 15 avr 2012 (AFP) - Le cessez-le-feu en Syrie a été de nouveau mis à mal dimanche par de violents bombardements de Homs (centre), le jour de l'arrivée prévue des premiers observateurs de l'ONU conformément à la première résolution du Conseil de sécurité après 13 mois de crise.

Le régime a attribué ces violences aux "groupes terroristes" en dénonçant une intensification "hystérique" de leurs attaques et en prévenant qu'il y mettrait fin.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les forces gouvernementales ont tué cinq civils, dont trois à Homs, dans le bombardement le plus violent depuis l'entrée en vigueur de la trêve jeudi, renforçant les doutes des Occidentaux sur le renoncement du régime à la répression.

32 morts depuis le début du cessez-le-feu

Le quartier de Khaldiyé à Homs a été touché par "une moyenne de trois obus par minute", a précisé l'OSDH (voir vidéo ci-dessous)., ajoutant qu'un civil a été tué par les "chabbihas", milices pro-régime, dans la province de Hama (centre) et la cinquième victime a été tuée à Douma, près de Damas.

"Le dictateur se moque de Kofi Annan et de l'ONU", commentaient des militants sur une vidéo montrant selon eux le bombardement du quartier, en référence au plan de sortie de crise de M. Annan, l'émissaire de la Ligue arabe et des Nations unies.

Les forces gouvernementales ont également bombardé une localité rebelle de la province d'Idleb (nord-ouest) et affronté à l'aube des insurgés dans la province d'Alep (nord), selon l'OSDH.

L'agence officielle Sana a pour sa part annoncé la mort d'un membre des forces de sécurité sous les balles de "terroristes" à Harem, dans la province d'Idleb.

L'entrée en vigueur du cessez-le-feu jeudi matin a marqué une rupture avec les derniers mois, où les morts se comptaient quotidiennement par dizaines. Mais les violences n'ont pas cessé pour autant, faisant au moins 32 morts dans les trois premiers jours.

"Ce regain de violence fait douter à nouveau sérieusement de la volonté du régime" de respecter le cessez-le-feu, a commenté l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Susan Rice, tandis que son homologue français Gérard Araud évoquait les "doutes" sur "la réalité de l'engagement du régime".

L'armée n'a en effet toujours pas retiré ses chars des villes, alors que le plan Annan prévoyait qu'elle le fasse 48 heures avant le cessez-le-feu.

Dimanche, un responsable militaire syrien cité par l'agence officielle Sana a dénoncé de nouvelles attaques "terroristes": "Parallèlement au vote de la résolution du Conseil de sécurité (sur) l'envoi d'observateurs internationaux, les groupes terroristes armés ont intensifié de manière hystérique leurs attaques contre les soldats, les forces de l'ordre et les civils".

"Les autorités compétentes, soucieuses de protéger la sécurité de la nation et des citoyens, empêcheront les groupes terroristes de poursuivre leurs attaques criminelles et les tueries", a prévenu ce responsable.

Cette poursuite des hostilités rend périlleuse la mission des 30 observateurs militaires non armés mandatés par la résolution 2042 adoptée samedi à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

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Cinq ou six d'entre eux ont pris l'avion immédiatement après le vote et doivent arriver à Damas dans la journée de dimanche. Les autres devraient les rejoindre dans les prochains jours. Au total, la mission devrait compter 250 hommes, mais son déploiement nécessitera une nouvelle résolution.

Les Comités locaux de coordination (LCC), qui animent la contestation sur le terrain, ont appelé à la création d'une "hot-line" entre les militants sur place et les observateurs pour faciliter la surveillance, et demandé la présence d'au moins trois observateurs à chaque manifestation, "les Syriens se sentant plus en sécurité" en présence des Casques bleus.

La première tâche de la mission préparatoire sera cependant "d'établir un quartier général opérationnel" à Damas, a expliqué Kieran Dwyer, un porte-parole de l'ONU.

Les observateurs prendront ensuite contact avec les forces gouvernementales et celles de l'opposition pour expliquer leur mission et mettre en place "un système de contrôle", avant d'établir des bases dans d'autres villes du pays.

Scepticisme

"La présence d'observateurs va réduire les tueries sans aucun doute, mais comment 30 observateurs peuvent-ils travailler sur toute la Syrie?", s'est interrogé Samir Nachar, un responsable du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

Le CNS a aussi mis en garde contre "la politique d'atermoiements et de falsification des vérités adoptée par le régime".

Contrairement aux mois précédents, les médias d'Etat rapportent depuis jeudi une grande partie des incidents signalés par les militants, les attribuant systématiquement à des "groupes terroristes armés" accusés de vouloir "saboter le plan Annan".

Depuis le début de la révolte le 15 mars 2011, les violences ont fait plus de 10 000 morts selon l'OSDH.

Ban Ki-moon "très inquiet"

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon s'est déclaré "très inquiet" dimanche de la situation sur le terrain en Syrie où le cessez-le-feu a été de nouveau mis à mal par de violents bombardements de Homs (centre).

"De nouveau, je suis très inquiet de ce qui se passe depuis hier et aujourd'hui" en Syrie, a dit M. Ban à Bruxelles à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre belge, Elio Di Rupo.

"Le gouvernement syrien a bombardé la ville de Homs et d'autres lieux et nous avons déjà enregistré des victimes et des morts dans la population civile", a dénoncé M. Ban.

Le secrétaire général des Nations unies s'exprimait alors que de violents bombardements ont touché la ville de Homs et que sont attendus les premiers observateurs de l'ONU après 13 mois de crise.

"Les premiers observateurs de l'ONU devraient être maintenant à Damas et devraient pouvoir commencer leurs travaux lundi", a dit M. Ban.

"Il est très important que le gouvernement syrien prenne toutes les mesures nécessaires pour que soit préservée la cessation des violences", a-t-il insisté.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les forces gouvernementales ont tué cinq civils, dont trois à Homs, dans le bombardement le plus violent depuis l'entrée en vigueur de la trêve jeudi, renforçant les doutes des Occidentaux sur le renoncement du régime à la répression.

LES BOMBARDEMENTS À HOMS, DIMANCHE

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