Titanic: 100 ans après, la légende de l'orgueilleux paquebot reprend vie (VIDÉOS)

AFPQC  |  Par Publication: 14/04/2012 10:14 Mis à jour: 14/04/2012 20:56

Fleurs jetées à la mer qui avait englouti le Titanic, fusées de détresse sur le port canadien d'Halifax où reposent de nombreuses victimes: 100 ans après le naufrage, la légende de l'orgueilleux paquebot reprend vie.

Le naufrage et ses quelque 1500 morts avait été symbolique à plus d'un titre: arrogance de l'homme moderne punie par la nature, ségrégation entre les millionnaires en première classe et les immigrants et matelots logés près de la cale, sauvetage des femmes et sacrifice des hommes, voire, pour certains, annonce du déclin de l'empire britannique.

Aussi, sa commémoration a-t-elle pris l'allure d'un événement international, des côtes irlandaises et britanniques à celles de l'Amérique du Nord, pour atteindre son point culminant dans la nuit de samedi à dimanche sur les lieux mêmes de la catastrophe dans l'Atlantique nord, à environ 800 km au sud-est d'Halifax.

Un siècle, heure pour heure, après la rencontre fatale avec un iceberg, plus de 1700 passagers de deux bateaux de croisière, le Balmoral, venant de Southampton, comme le Titanic, et le Journey, parti de New York, vont assister à la reconstitution de certains moments de la nuit fatale, comme l'annonce de la collision par le capitaine et l'appel de détresse.

Hormis ces passionnés privilégiés, dont certains sont experts de l'histoire du naufrage et d'autres descendants de passagers du Titanic, des milliers de personnes se sont senties personnellement concernées par la commémoration.

Wendy Burkhart et Jerry Evans, un couple de Colombie-Britannique, a traversé le continent pour assister aux cérémonies à Halifax. "Il y a une connexion entre notre famille et le Titanic", explique Wendy, avant d'ajouter: "Mes arrière-grands-parents, ma grand-mère et sa soeur avaient réservé des places sur le Titanic pour aller au Canada où ils voulaient s'établir. Mais il y a eu une querelle dans la famille et ils ont décidé de partir en automne, sans attendre le printemps".

L'histoire est transmise de génération en génération dans sa famille et contribue à sa cohésion, affirme-t-elle.

Son autre lien avec le Titanic est moins direct: son mari, jeune, lui a paru ressembler à l'acteur Leonardo DiCaprio dans le film de James Cameron, ce qui l'a décidé à l'épouser.

Quant aux habitants du port canadien d'Halifax, ils se sentent tout aussi impliqués que ceux de Belfast, où le Titanic avait été construit, ou de Southampton, d'où il a pris la mer pour son voyage inaugural avec plus de 700 habitants de la région comme membres d'équipage.

C'est d'Halifax que sont partis les vaisseaux chargés de retrouver les corps des victimes et c'est là que sont enterrées 150 d'entre elles.

Depuis des mois, autorités, artistes, scientifiques et musées se sont préparés à marquer dignement l'anniversaire du drame. "Ce n'est pas un carnaval", a insisté le directeur de la société sans but lucratif Titanic 100, Ken Pinto.

Des étudiantes font revivre des passagères... et leur costumes

(AFP) - A l'approche du centenaire du naufrage du Titanic, des étudiantes de design de l'université Dalhousie d'Halifax ont trouvé un moyen inédit de rendre hommage aux victimes, en organisant un défilé de mode cru 1912.

Chacune a choisi une passagère du paquebot, étudié sa vie, écrit sa biographie et finalement créé une robe soit ressemblant à celle qu'elle avait vraiment portée soit qu'elle aurait pu porter.

Cousues mains, certaines étaient ornées de milliers de perles de strass ou de faux diamants.
Intitulé "Titanic 2012: A Recollection of Style", le défilé de vendredi soir était ponctué par la lecture des biographies des dames, lues par une professeure de design, Lynn Sorge-English.

Une étudiante, Mandy Dawe, a été fascinée par la riche Américaine Daisy Spedden, de Tuxedo Park, dans l'Etat de New York, qui revenait de France avec toute sa famille, dont son fils de sept ans Douglas. Tous ont survécu, y compris l'ours polaire en peluche de Douglas. En 1913, Daisy Spedden a écrit un livre pour enfants racontant le voyage de Douglas et de son nounours sur le Titanic.

Rosalie Ferris a choisi l'unique survivante originaire de la province canadienne de Nouvelle-Ecosse, Hilda Slayter, qui voyageait avec sa robe de mariée en prévision de son mariage en juin 1912. Elle a perdu sa robe, mais elle s'est mariée à la date prévue avec un aristocrate anglais. Sa robe "parisienne" recréée par Rosalie brille de trois mille faux diamants cousus main.

Deux Canadiennes moins jeunes, Jenny Milligan, de Bear River, et Wanda White, de Halifax, passionnées par l'Histoire et les costumes du début du siècle dernier, sont venues assister au défilé en robes d'époque qu'elles avaient confectionnées elles-mêmes.

"Mon style est en fait plus proche de ce qui était à la mode en 1909, a dit Jenny, mais à mon âge je ne suis plus la dernière mode comme avant".


Veillée commémorative

Samedi soir, un rassemblement au Musée Maritime de l'Atlantique, qui abrite une exposition permanente consacrée au Titanic, devait être suivi par une procession aux flambeaux.

Une "Veillée du Titanic", animée par une vingtaine d'artistes, acteurs et musiciens, devait évoquer différents aspects du drame, et notamment le courage de l'orchestre du paquebot qui avait continué à jouer malgré le danger, réduisant la panique à bord.

A 00h27, Halifax devait observer un moment de silence, symbolisant l'arrivée du dernier message du Titanic transmis par la télégraphie sans fil. Puis des fusées éclairantes doivent monter vers le ciel, reproduisant l'appel de détresse du navire.

Victime de milliards de bactéries

Dans vingt ou trente ans, il ne restera plus rien du Titanic, grignoté par des bactéries, "sauf un tas de rouille", estime la scientifique canadienne Henrietta Mann, qui a consacré à la question quatre années de recherches.

La grande expédition scientifique sous-marine de 1991 a permis de ramener à la surface des "rusticles", d'étranges excroissances en forme de glaçons qui ont poussé sur la coque de l'immense paquebot. Mme Mann, biologiste et géologue travaillant pour l'université Dalhousie d'Halifax (est), en a obtenu des spécimens auprès de l'Institut Bedford d'océanologie et les a étudiés sous microscope électronique.

Elle a constaté qu'ils ne résultaient pas d'un processus chimique, qui fait rouiller le fer, mais biologique, même si le produit final ressemble un peu à la rouille classique.

Le terme de "rusticle" a été forgé par analogie avec "rust" et "icicle", rouille et glaçon en anglais, par le chercheur américain Robert Ballard qui les avait vus le premier. Certains rusticles atteignent la taille d'un homme, dit la biologiste.

Des milliards de bactéries d'une vingtaine d'espèces - dont elle a découvert une nouvelle, la Halomonas Titanicae, "mâchent" l'acier et le transforment en cristaux de fer, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leur organisme.

Invisibles à l'oeil nu - elles mesurent 1,6 micromètre - les bactéries se multiplient et vont vite en besogne.

Certes, dit Henrietta Mann à l'AFP, "le Titanic c'est près de 50.000 tonnes d'acier, et je ne connais pas exactement la vitesse du processus". Mais elle dit comparer attentivement les images tournées par les chercheurs descendus à l'endroit où le bateau repose par 3.800 mètres de fond, et tente d'évaluer sa progression.

"Dans vingt ou trente ans, il n'en restera qu'un tas de rouille", affirme-t-elle.

La disparition future du Titanic marquera, certes, une perte pour le patrimoine matériel de l'humanité, pense Henrietta Mann. Mais en même temps elle apporte un espoir: toute la ferraille que l'homme rejette à la mer, des anciennes plate-formes d'exploration pétrolière aux cargos pourris, ne deviendra pas une immense décharge pour l'éternité. Les bactéries mangeuses d'acier s'en chargeront.

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Le business du Titanic

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Publié par Geoffrey Dirat  |