Les femmes sympathiques de Jimmy Beaulieu (ENTREVUE)

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JIMMY BEAULIEU
Le bédéiste Jimmy Beaulieu. | Le HuffpostQc

(QUÉBEC) Ses origines l'ont influencé. Sa maison d'édition s'appelait ''Mécanique Générale'', son père était mécanicien. Et si ses BD sont érotico-sensuelles, «c'est parce que les hivers étaient long à l'île d'Orléans, on avait juste ça à faire l'hiver penser au cul,» dit-il en rigolant. Il s'appelle Jimmy Beaulieu, ses bandes dessinées sont ''soft'' pornographiques.

L'ambassadeur coquin

Comme Félix Leclerc, il est une espèce d'ambassadeur. En Europe on lui fait remarquer sans arrêt, que les filles qu'il ''couche'' sur papier sont québécoises. «Flatteur» c'est donc la preuve qu'il a son style. «C'est vrai, dans l'esprit, la nonchalance, la femme jamais trop précieuse aux formes plus rondes, disponible, un certain dynamisme, un entrain.» Tellement que les français lui reproche d'être féministe. Qu'à cela ne tienne, son harem va rester québécois... Pas question de pousser un peu moins sur le crayon pour amincir la cuisse.

La Québécoise a les jambes écartées, remonte sa petite culotte de dos sous le regard de sa copine qui la dévore des yeux. Voilà le style. Un peu moins que Sade, un peu plus qu'un Roman Arlequin. Mais quel est l'objectif, l'art d'exciter les sens par la bande dessinée? «Un peu, mais c'est vraiment pour calmer mon côté hyperactif» lance Beaulieu. «Je passe 80% de mon temps à faire de l'administration c'est un peu chiant, y a un espèce de besoin de charnel, de vie, de sensualité, et sur papier ce qui sort, c'est des pitounes ; y en a qui boivent du whisky! Moi je dessine des pitounes.» Dessiner des pitounes ça calme les hormones? «Oui ça me calme, d'où le titre... Le temps des siestes.»

Il y a tout de même une suite logique dans l'exutoire abstrait. «Pour moi y a comme un arc quasi dramatique, c'est une personne qui a du mal à en oublier une autre, à la fin elle passe à autre chose. Pour reprendre un ami, c'est comme un survol en profondeur. On est dans des trucs de romantisme sentimentaux profonds, mais on les survole avec pudeur sur fond d'images candides érotiques.»

Trop osé? Le bédéiste avoue que certains libraires ont refusé les exemplaires, mais «ce n'est pas fait pour plaire à tout le monde. J'avoue que ce livre-là est plus radical, mais c'est un test pour voir si le monde va suivre, et jusqu'à maintenant, la réception est vraiment excellente, mes lecteurs sont habitués à cette porno-poétique.»

Festival de la BD

Jimmy Beaulieu traine depuis 25 ans au Salon international du livre de Québec. En tant que client, puis libraire,éditeur et auteur, et chaque édition lui permet de se ressourcer à même ses collègues bédéistes. « Il n'y a pas de compétition entre nous» lance-t-il à la blague, «on est tous pauvres.»

Les festivals de bandes dessinées sont pour lui l'occasion de croiser le fer avec les lecteurs et de leur coucher un petit croquis érotico-sympathique en guise de signature. Un exercice parfois douloureux, avoue-t-il. Car il arrive que la dédicace soit superbe, et qu'il faille la laisser partir avec le lecteur et son livre; «Ah merde! Celle-là, je l'aurais bien scannée, je l'aurais bien publiée, mise sur mon site, mais ça fait partie de la ''game'', deux ou trois traits de trop qui nous font mal au cœur mais qui font plaisir aux lecteurs, un rituel absurde qui me plait!»