1000 professeurs réclament la démission de Line Beauchamp, son bureau saccagé

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MINISTRE LINE BEAUCHAMP
Grève étudiante: une personne arrêtée pour saccage au bureau de Line Beauchamp | PC

MONTRÉAL - Un groupe d'enseignants opposés à la hausse des droits de scolarité et disant représenter un millier de leurs collègues de tous les niveaux d'enseignement réclame la démission de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

Les enseignants, dont les représentant tenaient vendredi une conférence de presse au Collège Ahuntsic, à Montréal, reprochent surtout à la ministre de leur avoir transféré la responsabilité de mettre fin au conflit, en refusant le dialogue avec les étudiants et en exigeant la reprise des cours.

«Ce n'est pas à nous de décider si le conflit doit se terminer, a indiqué un de leurs porte-parole, Sébastien Paquin-Charbonneau, professeur de science politique au Collège Ahuntsic. Ce n'est pas sur nos épaules (qu'on doit faire) reposer la fin de ce conflit, qui est carrément une tentative de forcer une fin de conflit, avec l'essoufflement du mouvement étudiant, avec les injonctions et avec un retour forcé.

«D'un côté, nous avons un contrat de travail dans lequel on peut nous dire clairement 'vous devez rentrer travailler à telle heure, tel jour'. Et de l'autre côté, nous avons des votes qui sont pris par des assemblées générales étudiantes qui sont, elles aussi, légales. (...) La ministre vient de transférer sur nos épaules un poids immense, c'est-à-dire le poids de décider si on traverse ou non ligne de piquetage», a-t-il ajouté.

Selon ces enseignants, le refus de la ministre Beauchamp d'ouvrir un dialogue l'a placée dans une position où elle ne peut plus reculer sans perdre la face politiquement, et il est donc nécessaire qu'elle quitte ses fonctions pour être remplacée par un interlocuteur valable.

D'autre part, les enseignants estiment que le climat de tension qui risque d'être créé par une obligation de donner les cours et, donc, de franchir les piquets de grève des étudiants ne permettra pas l'exercice de leurs fonctions dans des conditions acceptables.

«Les événements récents nous montrent, que ce soit à Valleyfield, Concordia ou l'Université de Montréal, qu'on ne peut pas avoir à l'heure actuelle un climat propice à l'enseignement de qualité qui nous permettrait de faire notre travail», a déploré Lilian Wolfelsberger, enseignant au Collège de Saint-Jean-sur-Richelieu.

La ministre Beauchamp continue par ailleurs d'être elle-même la cible des étudiants. Vendredi matin, ses bureaux de circonscription à Montréal-Nord ont été saccagés par une quinzaine de manifestants qui s'y étaient introduits par effraction.

Vers 8 h 30, deux vitrines de portes de son bureau ont été fracassées et les manifestants, qui avaient ainsi pu accéder aux bureaux, se sont livrés à de nombreux actes de vandalisme.

Les manifestants avaient pris la fuite lorsque les policiers se sont présentés sur place, mais ces derniers ont tout de même procédé à l'arrestation «pour introduction par effraction» de la seule personne qui était toujours sur les lieux, soit le journaliste Philippe Teisceira-Lessard, du quotidien La Presse. Les policiers ont du même coup saisi son téléphone, avec lequel il aurait pris des photos.

«Nous allons regarder les images mais si ce jeune homme n'a absolument rien fait à l'intérieur et n'a fait que son travail, les images qu'il a faites pourront le disculper», a indiqué l'agent Daniel Lacoursière, du Service de police de la ville de Montréal (SPVM).

Certains des manifestants qui avaient fui ont été rattrapés un peu plus loin et six personnes ont été arrêtées, dont un photographe de La Presse, qui a été relâché par la suite.

Philippe Teisceira-Lessard a également été remis en liberté mais sous condition, pendant que l'enquête à son sujet se poursuit.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Brian Myles, est sorti de ses gonds face à cette démarche policière, faisant valoir que le journaliste ne faisait que son travail.

«On enquête sur un journaliste, on le dit sur une scène de crime, on le soupçonne d'entrée par effraction... C'est du pur délire!» s'est insurgé M. Myles, qui qualifie d'abusive la saisie du matériel de M. Teisceira-Lessard.

«Les policiers nous parlent souvent de leur pouvoir discrétionnaire mais, pour appliquer ce pouvoir, il faut faire preuve de discernement et dans le cas qui nous occupe, il y a un manque flagrant de discernement», a-t-il poursuivi.

À Québec, pendant ce temps, la ministre Beauchamp a fait savoir, par la voix de sa porte-parole, qu'elle dénonçait «tout acte de vandalisme et d'intimidation». Elle estime que les actes de saccage commis à son bureau dépassent le mouvement étudiant pour ressembler davantage à des gestes de «perturbation sociale».

Quant à lui, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, exhorte tous les leaders d'opinion à prendre position publiquement pour dénoncer toute forme de violence.

«Tous les leaders de la société actuellement doivent se prononcer pour dénoncer la violence, quelle que soit leur position» sur les hausses de droits de scolarité, a-t-il commenté lors d'un entretien téléphonique, pointant du doigt les éléments qui se sont joints aux contestataires étudiants pour créer un climat de perturbation.

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