Financement des partis : Lino Zambito se vide le coeur, Nathalie Normandeau sur la défensive

Publication: 12/04/2012 17:12 Mis à jour: 12/04/2012 19:22

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Lino Zambito (Radio-Canada.ca)

(Radio-Canada.ca)

L'un des acteurs du scandale du contrat de l'usine d'épuration des eaux à Boisbriand refuse d'être le bouc émissaire de tout un système. Lino Zambito, propriétaire de construction Infrabec qui fait face à une dizaine d'accusations, veut aujourd'hui dénoncer le financement des partis politiques qui mène, selon lui, à bien des dérives dans la construction.

Construction Infrabec a obtenu le contrat de 28 millions de dollars pour la construction de l'usine d'épuration des eaux de Boisbriand.

« C'est une mascarade. C'est une pièce de théâtre. La loi leur permet de dépenser 100 000 $, mais les élections en coûtent 200 000 à 300 000 $. C'est de l'hypocrisie », dit-il.

Selon lui, l'industrie de la construction subit une pression pour financer les partis politiques.

« Les firmes d'ingénieurs, ce sont les gens qui sont les plus proches au pouvoir. [...] On vous approche pour demander si vous êtes prêts à leur donner un coup de main. Pour essayer que eux rencontrent leurs obligations », explique M. Zambito.

Ces firmes surveillent les chantiers et approuvent les réclamations supplémentaires, les « extras ».

« Si moindrement tu es brillant et tu sais lire entre les lignes [...] on te fait comprendre : "Aide-moi, puis je t'aiderai", c'est aussi simple que ça », ajoute l'entrepreneur.

Roche et Zambito organisent une soirée de financement pour Nathalie Normandeau

La firme Roche, qui a obtenu le contrat des plans de l'usine, et M. Zambito ont organisé cinq soirées de financement pour l'ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, recueillant des centaines de milliers de dollars pour le Parti libéral.

EN IMAGES: (La suite du texte dessous)
Québec: Enquête sur la construction

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.

« C'est arrivé parfois que j'ai fait passer des projets, alors que ça ne "fittait" pas dans la petite case, là. Comme ministre, on essaie de faire preuve de la plus grande souplesse et créativité possible. J'assume totalement ce que j'ai fait », affirme Mme Normandeau, jointe au téléphone.

Selon des documents, qui font partie de la preuve que la police a recueillie dans le dossier Boisbriand et que Radio-Canada a obtenus, l'ex-ministre des Affaires municipales a accordé, contre l'avis de ses fonctionnaires, une subvention de 11 millions de dollars pour l'usine de Boisbriand.

À la suite des questions de Radio-Canada, l'ancienne ministre a admis qu'elle avait accepté des billets pour des spectacles de Céline Dion et Madonna offerts par Lino Zambito.

« Je veux réitérer fortement le fait que, un, je n'avais pas de liens spéciaux avec M. Zambito et, deuxièmement, ça n'a influencé en aucun temps mon travail de ministre », se défend-elle.

Lino Zambito dit qu'il serait disposé à témoigner à la commission Charbonneau si cela ne l'incrimine pas en vue de son procès.

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Publié par Myriam Lefebvre  |