Le Collège de Valleyfield annule les cours sous la pression des étudiants

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GREVE ETUDIANTE FETE LINE BEAUCHAMP
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MONTRÉAL - Le mouvement de grève étudiante amorce une nouvelle phase alors que se multiplient les injonctions visant à assurer l'accès aux cours aux étudiants, conformément au mot d'ordre émis mercredi par la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, d'offrir des cours malgré les votes de grève.

L'offre de cours a pour effet de confirmer que les étudiants boycottent ces cours et ne sont pas véritablement en grève au sens de la loi. Dès lors, la décision de retourner en classe en devient une de nature individuelle et ne repose plus sur la décision d'une majorité.

L'Université de Montréal, dont 17 000 des 40 000 étudiants sont en grève, a obtenu jeudi de la Cour supérieure une injonction interdisant aux étudiants de bloquer l'accès aux terrains, pavillons et salles de cours ou de se livrer à de l'intimidation.

La Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAÉCUM) a très mal accueilli cette décision, même si elle assure qu'elle s'y conformera en tous points. «Que la ministre serre la vis au point où le rectorat de l'Université de Montréal amène en Cour ses propres étudiants, c'est honteux!», a déclaré sa secrétaire générale, Stéfanie Tougas, dans un communiqué.

Quelques centaines d'étudiants ont manifesté dans l'après-midi contre l'injonction. La police de Montréal a indiqué que la manifestation s'était terminée vers 18h, sans arrestation, rapportant toutefois des «méfaits» dans des pavillons de l'Université de Montréal.

Peu après 16h, des étudiants sont d'abord entrés dans le pavillon Jean-Brillant. Selon la police, ils ont quitté une quarantaine de minutes plus tard à l'arrivée de l'escouade anti-émeute. Les manifestants se sont ensuite rendus sur le chemin de la Côte-des-Neiges, au coin du boulevard Édouard-Montpetit. Toujours selon la police, des projectiles de peinture ont alors été lancés sur les édifices abritant les bureaux du ministre des Finances, Raymond Bachand.

L'Université de Montréal a dénoncé «vivement» les actes de «vandalisme» commis sur son campus, «quels qu'en soient les auteurs». L'administration parle dans un communiqué de 700 manifestants entrés «par effraction» dans le Hall d'honneur du pavillon Roger-Gaudry, et de la vandalisation de «plusieurs espaces».

Il est mentionné que les manifestants ont été dispersés par la Sûreté de l'Université de Montréal, appuyée par la police de Montréal.

L'administration soutient qu'une fenêtre a été brisée, de la peinture a été répandue dans le grand amphithéâtre et des câbles Internet ont été sectionnés au pavillon Jean-Brillant récemment rénové.

L'Université de Montréal dit souhaiter que la situation sur le campus revienne à la normale le plus rapidement possible et dit faire le nécessaire pour «minimiser les impacts des perturbations actuelles».

En tout, quelque 80 000 des 285 000 étudiants inscrits dans les universités du Québec, soit environ 28 pour cent, sont en grève. Au niveau collégial, le mouvement touche 22 des 48 cégeps de la province.

Les universités les plus touchées par le mouvement, outre l'Université de Montréal, sont les Universités du Québec à Montréal (23 000 étudiants en grève sur 37 000), en Outaouais (5000 grévistes sur 6000 étudiants), à Rimouski (les 3000 du campus de Rimouski) ainsi que les universités de Sherbrooke (6500 sur 37 000) et Laval (5000 sur 44 000).

«Il y a déjà un certain nombre d'établissements universitaires qui ont eu recours à l'injonction et l'ensemble d'entre eux font en sorte d'établir des mécanismes (...) qui vont assurer la sauvegarde de la session tout en maintenant la qualité de la formation», a indiqué le président de la Conférence des recteurs et principaux d'universités du Québec (CREPUQ), Daniel Zizian.

Parmi ces mécanismes, l'UQAM a préparé un nouveau calendrier qui prévoit de prolonger la session jusqu'au 22 juin et de reporter le trimestre d'été si jamais les étudiants décidaient de rentrer en classe avant le début de mai.

Du côté des tribunaux, une autre injonction a été obtenue par le Conservatoire de musique de Montréal, dont les étudiants sont en grève. L'UQAM était venue près de réclamer une injonction semblable récemment mais s'était entendue avec les représentants étudiants pour que l'accès ne soit pas entravé. Plusieurs étudiants opposés à la grève se sont également adressés aux tribunaux pour obtenir une garantie d'accès à leurs cours, notamment à l'Université Laval et à l'Université du Québec en Outaouais.

Du côté collégial, la Fédération des cégeps du Québec (FCQ) reconnaît que le point de non-retour pour l'annulation de la session, fixé à la mi-avril, est imminent, mais la décision de recommencer ou non l'enseignement demeure délicate malgré le mot d'ordre de Québec.

«Les cégeps sont placés devant un dilemme, a expliqué la directrice des communications de la FCQ, Caroline Tessier. D'une part, ils doivent répondre aux besoins des étudiants qui ont voté contre le boycott des cours et qui souhaitent effectivement recevoir l'enseignement auquel ils ont droit mais, de l'autre côté, ils ont des obligations par rapport à la sécurité des personnes et des biens. C'est toujours en fonction de ces deux éléments que la situation est jugée par chacun des cégeps chaque jour.»

Jeudi matin, le Collège de Valleyfield a finalement annulé les cours pour la journée après avoir annoncé, cette semaine, qu'il les reprendrait malgré le boycott décrété par des étudiants en grève.

Le directeur général du Collège, Guy Laperrière, et des élèves voulant retourner en classe ont été confrontés à des piquets de grève d'étudiants autour de l'immeuble et à des professeurs qui ne semblaient guère disposés à les franchir.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Léo Bureau-Blouin, a promis que les étudiants se dresseraient devant chaque institution qui tenterait de suivre ce mot d'ordre là où les étudiants se sont majoritairement prononcés en faveur de la grève.

«On pense être en mesure de faire respecter les mandats de grève mais la directive de la ministre risque d'envenimer la situation, a-t-il dit. À Valleyfield, ça s'est globalement bien déroulé parce que le Collège avait invité les étudiants à ne pas franchir les piquets de grève, mais si cette situation se reproduit partout, on va vraiment se retrouver avec une crise politique majeure au Québec. Mais si c'est le jeu que veut jouer la ministre, on va se défendre.»

Par ailleurs, à Montréal, des manifestants ont tenté de bloquer l'accès à l'Université Concordia mais ont rapidement été confrontés à des étudiants de l'institution qui avaient la ferme intention d'aller suivre leurs cours. L'Université Concordia n'est pas en grève.

L'événement a donné lieu à des échauffourées et des échanges de coups sous les yeux des policiers, qui ont mis quelques minutes avant d'intervenir. Cette intervention, qui a finalement nécessité l'utilisation de gaz irritants, n'a donné lieu à aucune arrestation.

Ailleurs, les étudiants de l'Université de Sherbrooke ont également manifesté en grand nombre, certains rendant l'accès au campus difficile en matinée.

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