Damas dit commencer à appliquer le plan Annan, pas de cessez-le-feu constaté

Publication: 10/04/2012 04:25 Mis à jour: 10/04/2012 07:39

L'armée syrienne bombardait mardi plusieurs localités en dépit des promesses de Damas de mettre en oeuvre le plan de l'émissaire international Kofi Annan à la date du 10 avril et de ses assurances sur le début d'un retrait de ses troupes.

A Moscou, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a assuré que la Syrie avait commencé à mettre en oeuvre le plan Annan, appelant toutefois son allié à être "plus actif" et "plus ferme" dans son application, lors d'une conférence de presse avec son homologue Walid Mouallem.

"Nous avons discuté avec le ministre Mouallem des détails de l'application du plan (Annan). On nous a informé du début de l'application de ce plan par la direction syrienne", a déclaré M. Lavrov.

"Nous avons déjà effectué le retrait de nos unités militaires dans certaines provinces", a poursuivi M. Mouallem. "Le cessez-le-feu doit commencer avec l'arrivée d'observateurs internationaux", a-t-il ajouté.

La visite de M. Mouallem à Moscou coïncide avec l'expiration du délai fixé par l'ONU pour un retrait de l'armée syrienne en vue d'un cessez-le-feu total jeudi.

Par ailleurs, M. Mouallem a une nouvelle fois accusé la Turquie d'armer et de soutenir les rebelles, alors que la tension est brusquement montée lundi entre les deux voisins après que des tirs en provenance de Syrie ont fait des blessés sur le sol turc.

Cet incident, le premier du genre en Turquie, s'est doublé de la mort d'un caméraman libanais, en reportage à la frontière avec la Syrie.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a haussé le ton mardi, estimant qu'"il s'est produit une très claire violation de la frontière". "Nous prendrons évidemment les mesures nécessaires", a-t-il ajouté, sans préciser lesquelles.

Le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a interrompu une visite en Chine et devait rentrer immédiatement en Turquie à cause de cette brusque montée de la tension entre les deux pays.

"La Turquie soutient les groupes armés illégaux syriens, leur fournit des armes (...) et contribue à la pénétration illégale de militants en Syrie", a rétorqué M. Mouallem, estimant que "cela contredit le plan Annan".

Selon Ankara, quelque 25.000 Syriens se sont réfugiés sur son territoire depuis l'éclatement d'une contestation hostile au président Bachar al-Assad le 15 mars 2011.

M. Annan est d'ailleurs arrivé en Turquie pour y visiter des camps de réfugiés syriens. Il doit ensuite envoyer un courrier au Conseil de sécurité de l'ONU concernant son plan, a annoncé son porte-parole.

Sur le terrain, l'armée bombardait une localité de la province d'Alep (nord) et des quartiers la ville de Homs (centre), alors que le plan de paix de M. Annan prévoyait le retrait des chars et des troupes du régime de Bachar al-Assad, qui tente d'écraser dans le sang la révolte depuis plus d'un an.

De violents combats se déroulaient entre armée et rebelles dans la province de Deraa (sud) et six soldats ont été tués dans une attaque dans la région de Hassaka (nord-est).

Quelques heures avant l'expiration du délai fixé par l'ONU, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon avait lancé un dernier appel au régime pour qu'il cesse ses attaques, alors que 105 personnes, en grande majorité des civils ont été tuées lundi selon l'OSDH.

"La chronologie pour la cessation complète de la violence entérinée par le Conseil de sécurité (de l'ONU) doit être respectée par tous sans aucune condition", a ajouté M. Ban, faisant référence aux nouvelles exigences formulées récemment par Damas.

Avant même la reprise des violences, les Etats-Unis ont estimé lundi que Damas n'a fait "aucun signe jusqu'ici" pour montrer le respect de ses engagements en vue d'un cessez-le-feu.

Le régime de Bachar al-Assad avait accepté le plan Annan, avant d'exiger comme préalable des garanties écrites sur l'arrêt des violences commises selon lui par les rebelles, qu'il assimile à des "terroristes".

Les insurgés ont renvoyé la balle au régime, se disant prêts à respecter le cessez-le-feu si Damas faisait de même.

Selon les militants et des analystes, le pouvoir à Damas adopte une politique dilatoire pour gagner davantage de temps face aux pressions.

Lors d'une manifestation nocturne dans le quartier damascène de Jobar, des manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles était écrit: "Donnez-lui encore des délais, il y a des enfants qui n'ont pas encore été tués".

"La tactique du régime, c'est +on dit 'oui' mais on pense 'non'+. Ils acceptent le plan Annan puis commencent à rajouter des petits détails, des clauses supplémentaires", affirme à l'AFP Fabrice Balanche, directeur du centre français de recherche Gremmo.

En renvoyant la balle aux rebelles, "Bachar al-Assad peut ainsi dire +Moi j'accepte le plan, ce sont les autres qui refusent+", ajoute-t-il.

Les experts estiment toutefois que cette tactique n'est pas viable à terme. Pour Salman Shaikh, directeur du centre Brookings Doha, Damas "ne peut pas continuer à mentir à jamais. Le plan Annan a échoué mais le régime est encore plus isolé. (Il) pense qu'il gagne du temps mais il est assis sur un volcan".

Selon l'OSDH, les violences ont fait plus de 10.000 morts depuis la mi-mars 2011 et plus de 100.000 personnes sont ou ont été détenues pendant cette période.

bur-sbh/sw

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