Anders Breivik est pénalement responsable, selon une contre-expertise psychiatrique

Publication: 10/04/2012 07:03 Mis à jour: 10/04/2012 08:21

Anders Breivik
Anders Behring Breivik ne souffre pas de psychose et il est donc pénalement responsable, a conclu mardi une contre-expertise psychiatrique.

OSLO, 10 avr 2012 - Une contre-expertise psychiatrique a semé le trouble mardi sur le sort d'Anders Behring Breivik, en estimant que l'auteur des attaques qui ont fait 77 morts en Norvège était pénalement responsable contrairement aux conclusions d'une première expertise.

"Nous avons conclu que l'accusé n'était pas psychotique au moment des faits", a déclaré le psychiatre Agnar Aspaas lors d'un point de presse organisé après la remise du rapport au tribunal d'Oslo, à six jours seulement de l'ouverture du procès de l'extrémiste de droite.

Cette nouvelle évaluation prend le contre-pied d'une première expertise officielle qui avait estimé l'an dernier que le tueur souffrait de "schizophrénie paranoïde", ce qui plaidait pour son internement psychiatrique, potentiellement à vie, plutôt qu'une peine de prison.

Commandée par la justice norvégienne après le tollé soulevé par la première évaluation, la contre-expertise est, elle aussi, provisoire et n'a qu'une valeur consultative.

En dernier ressort, il reviendra aux juges, dans leur verdict attendu en juillet, de trancher l'épineuse question de la responsabilité pénale de Breivik, laquelle déterminera son sort: la prison ou l'asile.

Dans les deux cas, Breivik pourrait rester enfermé entre quatre murs jusqu'à sa mort.

Même si la peine de prison maximale pour "actes de terrorisme" est de 21 ans en Norvège, un mécanisme de rétention de sûreté permet de prolonger indéfiniment la détention d'un prisonnier tant qu'il est considéré comme dangereux.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait tué 77 personnes, essentiellement des adolescents, en ouvrant le feu sur des centaines de jeunes travaillistes réunis en camp d'été sur l'île d'Utoeya juste après avoir fait exploser une bombe près du siège du gouvernement.

"Il y a un risque élevé de récidive", ont précisé M. Aspaas et son confrère Terje Toerrissen dans un communiqué du tribunal d'Oslo résumant leurs conclusions.

"Nous sommes aussi sûrs (de nos conclusions, ndlr) que cela est possible", a précisé M. Toerrissen, en ajoutant que les deux experts avaient disposé "d'autant, voire de plus de matériel" que leurs confrères pour évaluer la santé mentale de Breivik.

Leur épais rapport s'appuie notamment sur 11 entretiens avec l'accusé, trois semaines d'observations permanentes et les procès-verbaux des auditions par la police.

Même si elles sont susceptibles d'être modifiées à la fin du procès, sur la foi du comportement de Breivik pendant la procédure, ses conclusions devraient conforter la ligne de défense des avocats de l'extrémiste qui, à sa demande, vont oeuvrer pour faire reconnaître la responsabilité pénale de leur client.

Breivik estime en effet qu'être déclaré irresponsable invaliderait son idéologie islamophobe et hostile au multiculturalisme résumée dans le manifeste qu'il avait diffusé le jour des attaques.

Dans une lettre envoyée la semaine dernière à des journaux norvégiens, il a affirmé qu'un internement psychiatrique serait "pire que la mort" et que l'avis des premiers experts-psychiatres constituait "l'humiliation ultime".

Dans un étonnant inversement des rôles habituels, le parquet, lui, s'est dit prêt le mois dernier à retenir l'irresponsabilité pénale de Breivik, tout en se réservant la possibilité de changer sa position à la lumière de nouvelles preuves éventuelles.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |