Syrie: un caméraman libanais tué à la frontière, Beyrouth veut une enquête

Publication: 9/04/2012 12:12 Mis à jour: 9/04/2012 15:25

Un caméraman libanais a été tué lundi à la frontière libano-syrienne, "par des tirs de l'armée syrienne" selon la chaîne privée Al Jadeed pour laquelle il travaillait, poussant Beyrouth à réclamer à Damas une enquête sur cette "agression".

Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, dont le gouvernement est dominé par le Hezbollah, allié du régime syrien, a condamné dans un communiqué "les tirs du côté syrien sur l'équipe de journalistes libanais".

"Nous allons informer la partie syrienne que nous condamnons cet acte inacceptable et réclamons une enquête sur cette agression", poursuit le texte.

De son côté, l'agence officielle syrienne Sana a affirmé que le journaliste avait été tué au cours d'un échange de tirs entre des soldats syriens et des "terroristes", terme utilisé par le régime pour désigner opposants et rebelles, qui tentaient de s'infiltrer en Syrie.

Selon la Sana, "alors que l'équipe d'Al Jadeed se trouvait au poste-frontière, des tirs nourris ont éclaté, en provenance de groupes terroristes armés qui tentent chaque jour de s'infiltrer en Syrie (...) et les forces syriennes ont riposté".

"Le caméraman de la chaîne Al Jadeed, Ali Chaabane, a été tué par des tirs de l'armée syrienne sur la voiture d'Al Jadeed", pouvait-on lire sur un bandeau au bas de l'écran de cette télévision libanaise.

Le journaliste Hussein Khreiss, qui se trouvait avec le caméraman au moment des faits, a affirmé en direct que "les tirs venaient du territoire syrien".

"Nous avions salué les gardes-frontières syriens, peu après nous avons entendu des tirs nourris", a-t-il indiqué, ajoutant qu'Ali Chaabane, 32 ans, n'avait pu sortir de leur voiture, dans laquelle il a péri.

Le Liban jouxte notamment la région de Homs, bastion de la rébellion en Syrie, théâtre de pilonnages intensifs et de violents combats entre soldats et déserteurs.

C'est la première fois qu'un journaliste est tué à la frontière entre les deux pays.

Le chef de l'opposition libanaise hostile au régime de Damas, l'ex-Premier ministre Saad Hariri, a dénoncé une "attaque abominable des forces armées syriennes" contre les journalistes qu'il a qualifié d'"atteinte à la souveraineté du Liban".

Le Premier ministre Mikati a souligné que le journaliste se trouvait "dans une zone frontalière en territoire libanais", et a de ce fait demandé à l'armée libanaise d'ouvrir une autre "enquête urgente sur cet incident pour déterminer ses circonstances".

Le président libanais Michel Sleimane, jugé neutre à l'égard du voisin syrien, en a également appelé à la justice, invitant dans un communiqué "la partie syrienne à déterminer les responsabilités et prévenir la répétition de telles attaques à l'avenir".

Le Liban et la Syrie partagent 330 kilomètres de frontières, dont le tracé doit encore être officiellement défini.

Plusieurs incidents ont eu lieu le long de cette frontière depuis l'éclatement mi-mars 2011 d'une révolte en Syrie. Des habitants ont notamment rapporté que des roquettes étaient tombées en territoire libanais il y a une semaine.

Au moins trois personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées depuis octobre, lors d'incursions de l'armée syrienne au Liban.

La Syrie a posé des mines le long de cette frontière pour empêcher l'entrée d'armes ou de combattants rebelles.

Des milliers de Syriens se sont réfugiés au Liban depuis mars 2011.

Damas, qui a exercé une tutelle sur son petit voisin pendant plusieurs décennies, conserve plusieurs alliés dans ce pays, notamment le mouvement chiite Hezbollah qui domine le gouvernement.

sbh-ram/cnp/feb

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