Bubba Watson, vainqueur avec la manière dimanche du Masters d'Augusta, pratique un style de jeu à l'instinct qui tranche avec l'académisme et la prudence de certains de ses pairs.
"Mon caddie a toujours appelé ça +Bubba golf+, c'est mon jeu, celui que j'aime", a dit l'Américain de 33 ans après son premier titre du Grand Chelem.
Comme le regretté champion espagnol Severiano Ballesteros ou l'attachant Phil "Lefty" Mickelson, gaucher comme lui, Watson a le don de se mettre dans des situations impossibles et de s'en sortir par on ne sait quel miracle.
Le monde a eu un aperçu de ce golf +made in Bubba+ lors du deuxième et dernier trou du play-off qui l'a opposé au Sud-Africain Louis Oosthuizen.
Muni de son driver rose fluo, Watson a balancé son coup de départ à droite dans les arbres, sacrifiant presque ses chances de victoire. Heureusement pour lui, Oosthuizen n'a pas beaucoup mieux drivé et son approche est ensuite allée s'échouer en bas du green, laissant à Watson un mince espoir.
Alors que sa balle était posée sur un tapis d'aiguilles de pins dans les bois et que sa vue du green était bloquée par les hauts pins de Georgie, l'Américain a utilisé une percée entre les arbres et tapé un fer avec un effet gauche-droite (hook) déroutant pour trouver le green dans une immense clameur.
Un zest de folie, une once de magie et le tour était joué: Watson entrait dans la légende du Masters. Bubba golf !
"J'ai vu un espace entre les arbres, je suis plutôt bon pour les +hook+" a-t-il dit avec un naturel désarmant, ajoutant qu'avec son jeu risque-tout, il avait "l'habitude de se retrouver dans les bois ou dans le rough".
Après un pitch mal assuré, Oosthuizen a dû se contenter d'un bogey sur ce par 4 et Watson a eu deux putts pour finir dans le par et enfiler la prestigieuse veste verte de membre du Augusta National Golf Club.
"Toujours à l'attaque", tel est le credo de Watson, qui a appris à jouer avec son père, pas avec un instructeur ou un ancien pro. "Je n'aime pas chercher le milieu des greens. Je veux frapper le coup incroyable. Qui n'aime pas ça ? C'est pour ça qu'on joue au golf, pour sortir ce coup stupéfiant."
Club en mains, l'imagination de ce natif de Floride, sudiste pur jus, n'est jamais passé inaperçue. Tiger Woods, très décevant à Augusta (40e ex aequo), lui a rendu hommage, laissant entendre que ses dons d'amuseur dépassaient aussi le cadre du parcours. "Félicitations @bubbawatson. Créativité fantastique. Est-ce que le dîner des champions sera aussi créatif l'an prochain ?", a écrit Woods sur le réseau social Twitter à propos du repas qui depuis soixante ans précède chaque Masters et dont le menu est choisi par le champion sortant.
"Je joue juste au golf, a souligné le décontracté Watson. J'essaie juste de m'amuser et de faire l'idiot."
En larmes après sa victoire, il a été submergé par l'émotion. Pas l'énergie négative qui lui a parfois joué de vilains tours sur les parcours dans le passé mais un trop-plein d'images positives, celle de son papa-mentor, décédé d'un cancer en 2010, et qui l'a "regardé depuis le paradis" ou de son premier enfant, adopté fin mars à l'âge d'un mois après quatre ans d'attente.
Le petit Caleb attend son père en Floride, veillé par sa maman, une ancienne joueuse professionnelle de basket-ball rencontrée à l'Université de Georgie.
"Je n'ai toujours pas changé une couche", avoue Watson. Rien de plus facile pour un homme qui se sert parfois d'un club comme d'une baguette magique.
bpe-js/grd
Publication: 9/04/2012 03:04 Mis à jour: 9/04/2012 06:09