La ministre des Finances nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a indiqué lundi qu'elle espérait remédier aux problèmes qu'elle a constatés à la Banque mondiale, dont son "inertie", en devenant la présidente de l'institution.
"Il y a des choses qui m'agacent vraiment" à la Banque mondiale, a affirmé la candidate, lors d'un débat organisé à Washington par le centre de réflexion Center for Global Development (CGD) et le Washington Post.
Mme Okonjo-Iweala a derrière elle 25 ans de carrière à la Banque mondiale, entrecoupées par des fonctions ministérielles dans son pays. Quand elle a quitté l'institution en 2011 pour rentrer dans son pays, elle en était la directrice générale, soit le numéro deux.
"Il faut avoir le courage de dire: écoutez, certaines choses que nous avons toujours faites de cette manière doivent changer", a-t-elle expliqué.
"Le président doit être un leader, doit avoir la vision, le courage. Cela nécessite beaucoup de courage. Comme vous savez la Banque existe depuis 60 ans, et il y a une bonne dose d'inertie", a-t-elle ajouté, sans craindre de critiquer l'institution.
Elle a ainsi révélé qu'elle avait établi une liste de onze griefs glanés au fil des ans.
"Par exemple les statistiques. Beaucoup de pays en développement n'ont pas bâti de base statistique solide. Et nous ne pouvons pas vraiment faire de bon développement" sans une telle base, a souligné Mme Okonjo-Iweala.
Elle a cité aussi le manque de vision de l'Association internationale de développement (IDA), bras de la Banque mondiale qui s'occupe des pays les plus pauvres, et qui perd progressivement ses clients: "Les donateurs ont des ressources qui se restreignent. Et ils se fatiguent. Il nous faut être créatifs sur ce que sera l'IDA à l'avenir".
"Nous n'avons pas encore trouvé les outils pour gérer l'intégration régionale. Pourquoi?", s'est-elle interrogée.
"La finance immobilière, le marché du logement, la construction, qui est un créateur d'emplois, une solution à des problèmes sociaux, une façon de bâtir une base d'actifs pour les pauvres: il y a là une grande lacune, nous n'en avons pas fait assez", a remarqué la ministre.
"Voilà à peu près quatre ou cinq choses sur ma liste de onze", a-t-elle lancé.
Elle a indiqué qu'elle ferait de l'emploi sa priorité si elle était choisie comme présidente. Selon elle, "nous avons un problème particulier auxquels sont confrontés les pays à bas revenus, les économies émergentes et les pays avancés. C'est le problème de la création d'emplois. Où que l'on regarde, la question, c'est l'emploi".
Mais "je pense que la Banque a besoin de plus de fonds propres" pour mener à bien cette mission et d'autres comme la lutte contre le changement climatique, a-t-elle précisé.
Mme Okonjo-Iweala a été la première des trois candidats entendus par le conseil d'administration, lundi pendant trois heures et demie.
L'économiste colombien José Antonio Ocampo doit lui succéder mardi matin, puis le médecin américain Jim Yong Kim mercredi matin. Le premier a accepté l'invitation du CGD et du Washington Post pour s'exprimer publiquement mardi après-midi, le second l'a décliné.
Le conseil d'administration veut choisir entre ces candidats d'ici au 20 avril.
La Nigériane a une nouvelle fois critiqué l'accord tacite entre Américains et Européens pour se partager la tête des deux institutions de Bretton Woods, Banque mondiale et Fonds monétaire international: elle l'a jugé "dépassé de soixante ans".
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Publication: 9/04/2012 15:17 Mis à jour: 9/04/2012 18:25