Syrie: le régime n'entend pas retirer ses troupes des villes dans l'immédiat

Publication: 8/04/2012 09:44 Mis à jour: 8/04/2012 09:52

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(FREDERIC LAFARGUE / AFP)

DAMAS, 8 avr 2012 (AFP) - Le régime du président syrien Bachar al-Assad a annoncé dimanche qu'il ne retirerait pas ses troupes des villes à moins de "garanties écrites" de l'opposition, à deux jours de la date limite fixée par l'ONU.

Kofi Annan, émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe sur la Syrie, a réagi en se disant "choqué par (la) montée de la violence et des atrocités dans plusieurs villes et villages de Syrie" et en rappelant dans un communiqué le gouvernement syrien à ses engagements.

Les violences ont en effet connu une recrudescence ces derniers jours à travers le pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, qui a recensé au moins 128 morts, dont 86 civils, pour la seule journée de samedi et rapporté de nouveaux bombardements et combats meurtriers dimanche.

"Dire que la Syrie va retirer ses forces des villes à la date du 10 avril est inexact, Kofi Annan n'ayant pas encore présenté de garanties écrites sur l'acceptation par les groupes terroristes armés de l'arrêt de toute forme de violences et sur leur volonté de livrer leurs armes", a affirmé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

"M. Annan n'a pas non plus présenté d'engagements écrits des gouvernements du Qatar, de l'Arabie saoudite et de la Turquie sur l'arrêt de leur financement des groupes terroristes", ajoute le ministère syrien, tout en se disant prêt à poursuivre sa coopération avec l'émissaire international.

Ces trois pays ont fortement appuyé l'opposition syrienne ces derniers mois, l'Arabie saoudite et le Qatar se déclarant même favorables à l'envoi d'armes aux rebelles.

Le plan de sortie de crise présenté par M. Annan, que Damas avait accepté le 2 avril et l'ONU entériné jeudi, prévoit que l'armée se retire des villes mardi matin afin de permettre un arrêt total des violences 48 heures plus tard.

"La Syrie ne va pas répéter ce qui s'était passé lors de la présence des observateurs arabes, quand les forces armées étaient sorties des villes, ce qui avait permis aux groupes terroristes armés de se réorganiser et de se réarmer pour contrôler des quartiers entiers", insiste le texte.

La Ligue arabe avait déployé fin décembre des observateurs censés superviser l'application d'un autre plan de sortie de crise, mais ils n'avaient pu que constater une recrudescence des violences.

L'opposition syrienne, considérée par le régime comme des "groupes terroristes armés", s'était d'ailleurs montrée sceptique sur les intentions du pouvoir.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a appelé dimanche le Conseil de sécurité de l'ONU à "intervenir de toute urgence pour arrêter la catastrophe humanitaire engendrée par le régime (...) en adoptant une résolution (contraignante) sous l'article 7 pour assurer la défense des civils", dans un communiqué.

"Croire aux promesses de ce régime barbare (...), c'est lui permettre d'avancer dans son plan criminel pour déchirer la Syrie et baigner ce pays dans le sang", ajoute le CNS.

Face à l'afflux massif de Syriens fuyant les violences, la Turquie, qui héberge déjà plus de 24.500 réfugiés, a menacé de prendre des "mesures" si le régime de Damas ne cessait pas les violences à la date butoir de mardi.

Selon la presse turque, plusieurs scénarios ont été envisagés, en particulier la création d'une zone tampon le long de la frontière. Mais cette option, qui implique l'engagement de troupes turques ou d'autres pays en territoire syrien, signifierait une internationalisation du conflit dans une région déjà sous haute tension.

A Rome, le pape Benoît XVI a supplié dimanche que "cesse l'effusion de sang" en Syrie, où selon l'OSDH plus de 10.000 personnes ont perdu la vie et au moins 100.000 connu la prison depuis le début de la révolte contre le régime en mars 2011.

"En Syrie, particulièrement, que cesse l'effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale", a déclaré le pape dans son message pascal "Urbi et Orbi" ("à la ville et au monde").

Dimanche matin, les violences ont fait au moins 7 morts à travers le pays, dont cinq déserteurs tués dans des combats contre l'armée régulière sur le flanc du mont Hermon, selon des militants.

Dans un communiqué, l'OSDH a une nouvelle fois accusé le régime de détruire délibérément des habitations: "Lorsque l'armée syrienne sait qu'une personne recherchée se trouve dans une maison, elle ne l'arrête pas mais elle bombarde la maison et ceux qui s'y trouvent".

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Publié par Myriam Lefebvre  |